spot_img
spot_img
spot_img
spot_img

Centre universitaire polytechnique de Dori : « Plusieurs raisons nous amènent à craindre le pire pour cette reprise des cours », Dr Bénewendé Mathias Nitièma

Dans sa parution numéro 474 du 25 juillet 2022, L’Evénement a fait cas de la fermeture du Centre universitaire polytechnique de Dori. Le chargé de mission de ladite université le Pr Ibrahim Ly, a réagi dans la parution du 10 août. Le Pr Ly a indiqué que « le CUD n’était pas fermé mais que les cours avaient plutôt été momentanément suspendus », soulignant « qu’aucune note des autorités ne dit que l’université est fermée ». Le comité de la Fédération des Syndicats des travailleurs de l’éducation et de la recherche donne sa lecture au Centre universitaire polytechnique de Dori. Le secrétaire général du comité F Synter estime que s’il est vrai qu’aucune note officielle ne fait état de la fermeture de l’établissement, aucun enseignant permanent n’a non plus, donné cours depuis le 15 mars 2022, date de ladite suspension. Dans cette interview réalisée par correspondance, Dr Bénewendé Mathias Nitièma livre la position de l’organisation syndicale sur l’impact de la situation sécuritaire sur le fonctionnement du centre universitaire. Il s’interroge par ailleurs sur les garanties sécuritaires mises en place à la reprise annoncée pour le 03 octobre prochain.

En quelle année universitaire (académique) est le centre universitaire polytechnique de Dori ?

Le Centre universitaire a accueilli ses premiers étudiants en 2018-2019. A la prochaine rentrée universitaire, il sera à sa cinquième année. Sans prendre en compte, la promotion de la prochaine rentrée, toutes les années académiques sont sur le campus, y compris la première promotion recrutée en 2018-2019. Les cours se tiennent dans des locaux d’emprunt. Depuis sa création, aucune salle de cours n’a été construite. C’est sans doute cela qui a occasionné le chevauchement des années académiques dans les filières comme Mine et Santé et production animale.

Quel est l’impact de la situation sécuritaire sur le fonctionnement du centre universitaire polytechnique de Dori ?

La situation sécuritaire impacte négativement le fonctionnement du Centre Universitaire de Dori. Depuis fin octobre 2021, la situation sécuritaire était déjà alarmante au Sahel en général et à Dori en particulier. Nous avons tenu une assemblée générale en novembre 2021. A l’issue de laquelle, une lettre faisant le point des enjeux sécuritaires a été adressée au président de l’Université Thomas Sankara (Ndlr, le CUP Dori relève de cette université). La correspondance a été envoyée en fin novembre 2021. Ce n’est qu’en mars 2022 que nous avons reçu la réponse du président rejetant toutes les propositions qui ont été faites par le syndicat. Nous avions signifié à l’autorité que la menace sécuritaire est réelle. A titre d’exemple, il y a eu des contrôles d’identité par des hommes armés non identifiés sur les grands axes qui mènent vers Dori. Une fois, dans le quartier Wendou qui abrite le Centre Universitaire ce contrôle par des individus armés a été fait.

Il y a eu des attaques du poste de contrôle, à la sortie de Dori en allant à Ouaga et le poste de Goudebo, à la sortie de la ville, sur la route de Gorom-Gorom. Le 13 mars 2022, la société de transport 2NI sautait sur une mine aux encablures de Taparko, faisant un bilan de deux morts et de plusieurs blessés graves et légers. Le même jour, une équipe du 13e escadron de la gendarmerie mobile de Dori, a été la cible d’une embuscade tendue par des hommes armés sur le même axe.

Le bilan lourd était de 13 gendarmes tués et de cinq blessés. Après ce drame, et au regard de la dégradation continue de la situation sécuritaire, le syndicat a adressé une lettre au président de l’UTS d’alors, l’informant de la suspension des activités académiques jusqu’à nouvel ordre. Cette lettre date du 15 mars 2022.

Dans sa parution du 25 juillet 2022, L’Evénement a fait cas de la fermeture du centre universitaire. Quand est-il exactement ?

Pour le moment, il n’y a pas de note officielle de l’autorité fermant le centre universitaire. L’ouverture ou la fermeture d’un établissement d’enseignement supérieur passe par un arrêté du ministre en charge de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.

Le chargé de mission avait réagi pour indiquer que l’université n’était pas fermée. Mais il s’agit plutôt selon lui d’une suspension partielle des cours. Quelle est votre réaction ?

Pour l’instant, on ne peut parler de fermeture du Centre Universitaire parce qu’il n’y a pas de note officielle venant de l’autorité qui l’atteste. Mais dire que les cours sont suspendus partiellement veut dire en clair que certains cours continuent de se dérouler. Cela n’est pas vrai car il ne peut pas donner la preuve qu’il y a eu des enseignants qui ont quitté Ouagadougou pour aller dispenser des cours à Dori. A ce que je sache, aucun enseignant permanent ne l’a fait depuis la suspension des cours. S’il a des preuves, qu’il nous les montre.

Le Professeur Ly évoque la tenue de cours en ligne. Qu’en est-il réellement ?

Les cours en ligne sont une proposition du syndicat. Nous avions proposé dans notre lettre au président de l’UTS d’alors, trois options : l’organisation des cours en ligne, la délocalisation de l’Université en attendant des jours meilleurs à Dori, ou la réorientation des étudiants vers d’autres universités en fonction des filières et l’affectation des enseignants dans des universités à situation sécuritaire stable.

Nous avions convenu dispenser des cours en ligne après la session du Bac pour évacuer les modules restants. Le Chargé de mission nous disait que le ministre était favorable à cette option. Un collègue a même fait un essai de cours en ligne avec ses étudiants. C’est peut-être pour cela que le Chargé de mission parle de la tenue des cours en ligne.  ’administration devrait prendre attache avec l’Université Thomas Sankara et nous revenir. Depuis la dernière rencontre, nous sommes restés sans réponse. Ce n’est que tout dernièrement, plus précisément, le 28 août dernier que le Directeur des études nous informe par un message sur WhatsApp de la reprise des cours à Dori le 03 Octobre 2022. Il dit dans son message que les enseignants seront héliportés.

L’héliportage des enseignants avait été proposé lors d’une rencontre. Mais, après les démarches effectuées auprès des autorités militaires, selon le Chargé de mission, cette option a été écartée parce que, semble-t-il, présentait trop de risques. Et les étudiants ? Ne sont-ils pas exposés aux mêmes risques ? Quelles sont les garanties sécuritaires mises en place ?

Certains émettent l’idée de délocaliser l’université. Quel est votre avis ?            

La délocalisation de l’Université fait partie de nos propositions. Nous l’avons fait au regard de la situation sécuritaire difficile. Toute autre tentative serait de l’entêtement. La délocalisation permettra aux étudiants du Sahel et d’ailleurs d’être à l’abri du danger qui plane. Nous savons tous que les apprentissages ne peuvent se faire que dans un climat paisible, loin des sifflements des balles des fusils. Plusieurs raisons objectives nous amènent à craindre le pire pour cette reprise des cours à Dori.

Elles sont nombreuses mais nous mentionnerons quelques-unes : enlèvements ciblés des fonctionnaires de l’Etat et des particuliers, au service tout comme à domicile ont eu lieu dans la ville de Dori, impossibilité pour ces milliers d’étudiants de rallier Dori car l’axe Kaya-Dori est l’un des plus dangereux au Burkina (pont de Naré dynamité à deux reprises) par les Hommes armés non identifiés (Hani). Plusieurs actes sont enregistrés depuis. Il s’agit du contrôle des identités des passagers par les Hani sur l’axe, de l’enfouissement d’engins explosifs sur la voie et de la diffusion de tracts en arabe sur le bitume à Wendou, quartier où se tiennent les cours du Centre universitaire.

Il y a aussi un risque de fusillade des enseignants et des étudiants sur le site du CU (excentré de la ville, à six kilomètres de Dori, et se trouvant dans le bastion des Hani), la réticence des enseignants vacataires à rejoindre Dori pour leurs cours, le décrochage et l’abandon de beaucoup d’étudiants s’ils devaient retourner dans le contexte actuel à Dori pour les cours.

A cela, il faut ajouter le manque d’eau et d’électricité dans la ville de Dori, la difficulté à se ravitailler en carburant dans les stations d’essence et la défaillance des réseaux de téléphonie mobile et de l’internet pour la recherche des étudiants.

3 Commentaires

  1. Bsr très ravi de lire l’analyse de notre emminente Dr. Vraiment de mon point de vu,il serait très difficile pour les étudiants á rejoindre Dori même si les Docteurs seront heliportés par quel voix et moyen les étudiants feront pour arrivé á Dori même si nous arrivons á Dori nous allons faire pour prendre cours dans cette situation comme le disait notre Cher Dr Nitiema, c’est dans dans un lieu stable et paisible que nous pouvons étudier .merci

  2. La situation actuelle mérite que les différents acteurs se retrouvent et se parlent sans complaisance pour la continuité des activités dans les conditions les meilleures. Il faut que nos autorités évitent de faire du surplace, la situation décrite est suffisamment inquiétante pour qu’on annonce, par le détour d’un communiqué, la reprise des cours sans de sérieuses garanties.

  3. Très bonne analyse cher docteur.Depuis le 15 Mars ladite date de fermeture de l’Université,nous n’avons vu ou attendu parler d’une Garantie de sécurité proposée.Selon eux,ce grand temps que sont passé les étudiants à la maison n’est qu’un bon repos et il est le temps maintenant de revenir.Le 13 Mars la société de Transport 2N1 sautait sur une mine causant la perte en vie humaine et des blessés.Ces personnes éloignées de nous avaient le même sang comme nous les étudiants y compris les docteurs.Ça pourrait être aussi des étudiants ou enseignants.En ce moment on allait attendre que les paroles ordurières et des dits agacés.Nous même qui sommes toujours en vie,le Chargé de Mission parle des choses qui semblent être des mensonges.Au moment où on suspendait les cours,lui-même était où?L’intérêt est important à avoir mais celui dit personnel transforme l’être humain.Le 03 Octobre les étudiants seront là encore en circulant pêle-mêle d’une telle situation?Sans en avoir confiance avec leurs abris.Svp nous sommes tous des humains,la mort est indispensable mais elle n’est pas à acheter.Dans cette saison hivernale,combien de fois les HANI ont les ponts routiers du RN3?Qu’en pensez-vous de ces autorités du Centre Universitaire de Dori? Que la paix revienne au BURKINA FASO!Que le Bon Dieu nous prenne en garde ! AMEN

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Publicité

- Advertisement -spot_img

Publicité

- Advertisement -spot_img

Publicité

- Advertisement -spot_img

A ne pas manquer

Vous ne pouvez pas copier le contenu de cette page