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Transition politique au Burkina Faso : Opportunité d’une réelle émancipation ou prémices d’une fatale damnation ?

photo.jpgL’insurrection populaire des 28, 29, 30 et 31 Octobre 2014, nous rappelle à souhait que le peuple burkinabè est exceptionnel en matière de luttes émancipatrices. En voici quelques exemples probants :
– La République de Haute –Volta, devenue Burkina Faso fut le premier pays d’Afrique noire postcolonial où un soulèvement populaire a renversé un régime au penchant autocratique : janvier 1966 ;
– Le Burkina Faso, ex-république de Haute-Volta, est le premier pays d’Afrique noire francophone, sous le règne des ‘’républiques bananières’’ où, un président de la république, de surcroît militaire, organise un scrutin présidentiel pour se voir contraint au ballottage : novembre 1978 ;
– Le Burkina Faso, pays des hommes intègres, reste un cas singulier en Afrique où une révolution populaire a été déclenchée et réussie avec à sa tête des officiers subalternes. Cette ‘’Révolution Démocratique et Populaire’’ qui, nonobstant quelques vicissitudes internes et externes qui lui ont été précocement fatales, a néanmoins suscité admiration et espoir à travers le monde entier : Aout 1983 ;
– Le Burkina est enfin, et ce n’est pas tout, l’un des rares pays au monde où un peuple insurgé a réussi la prouesse de mettre brutalement fin au long règne d’un régime militaro-bureaucratique sanguinaire, sans basculer dans le chaos : Octobre 2014 ;
Ces quatre évènements sociopolitiques illustrent parfaitement l’aptitude du peuple burkinabè pour la conquête de ses libertés fondamentales et méritent bien que nous en tirions quelques remarques significatives et instructives :
1 – Ces soulèvements populaires ont été de réels exploits sociopolitiques grâce à l’union sacrée qui a prévalu entre partis politiques de l’opposition et organisation de la société civile (O.S.C) dont l’ampleur de la synergie d’action a contraint à l’abdication, les régimes visés ; il est significatif par ailleurs de noter que cette union sacrée a été effective et agissante quand il s’agit de destituer un régime mais nulle dès lors qu’il est question de faire front pour relever le défi de l’alternance démocratique au pouvoir.
2 – Le mode opératoire est, à peu de chose près, le même : au terme d’imposants meetings populaires exaltants à la place de la Révolution, ou de la Nation ( au choix), rythmés par d’incessants va- et- vient à l’intérieur de la caserne du camp Guillaume Ouédraogo, l’Armée est solennellement invitée « à prendre ses responsabilités » ; l’Armée qui, l’on s’en doute a souterrainement manœuvré avec la complicité de ses alliés de certains partis politiques et d’organisations de la société civile (O.S.C) pour qu’il en soit ainsi, désigne son homme lige pour s’accaparer du gouvernail de l’Etat. Celui-ci, dans une adresse autoritaire appelant au calme et à la reprise normale du travail va, selon la situation et les objectifs secrètement visés, proclamer la suspension ou la dissolution de certaines institutions et textes de loi. Enfin, il promettra la formation très prochaine d’un gouvernement d’union et l’organisation à terme, « d’élections démocratiques, libres et transparentes » pour le retour à « une vie constitutionnelle normale  ». Le tour est joué. Voici comment et par quel stratagème, la GRANDE MUETTE est parvenue avec la complicité de certaines chapelles sociopolitiques à conserver la réalité du pouvoir, dans notre pays depuis ce jour historique du 03 janvier 1966, soit près d’un demi-siècle.
3 – Alors, si véritablement « plus rien ne sera comme avant  », autrement dit, si les sacrifices consentis les 28,29,30 et 31 Octobre 2014 consacrent une rupture franche et définitive avec les errements du passé, nous estimons que le moment est bien venu de tirer toutes les leçons et toutes les conséquences de l’ensemble des luttes historiques accomplies par notre peuple tout au long des décennies écoulées, de manière à asseoir une bonne fois pour toutes, les fondements solides d’une démocratie durable au service de la paix et du développement. L’enjeu est vital et vaut la peine que l’on y investisse et l’intelligence et les sacrifices nécessaires, ici et maintenant.
Une fois encore, l’opportunité nous est donnée d’opérer le changement salutaire que notre peuple appelle de tous ses vœux. Dans cette optique, notre pays est sur le point de parachever une transition politique amorcée en Octobre 2014 et dont l’objectif premier est la mise en place d’un gouvernement civil, démocratiquement élu.
Cet objectif qui reste un impératif commun pour tous les Burkinabè attachés à leur pays et à la paix doit être absolument atteint. En effet, il serait dommage, voire hautement préjudiciable que les fruits de ces luttes héroïques de notre peuple, arrachés au prix de moult sacrifices, plutôt que de contribuer substantiellement à la rédemption de notre pays et de notre peuple, soient lamentablement voués au compte des faits divers macabres de l’histoire et au cycle banal des occasions manquées.
« Opportunité d’une réelle émancipation de notre peuple ou prémices d’une fatale damnation ?  », telle est la question que nous posons avec effroi.
Et pour cause, l’atmosphère somme toute délétère qui règne au sommet de l’Etat, depuis un certain temps et qui n’a pas l’air de s’être totalement dissipée malgré la solution préconisée par le président du Faso, a de quoi nous inquiéter et nous interpeller.
Il est désespérant et même déplorable de constater que des partis politiques et des O.S.C, et pas des moindres, censés avoir une analyse judicieuse et prospective de la situation, en viennent aussi banalement à offrir leur caution à des actes et comportements qui visent manifestement à faire échec à la transition, à quelques encablures de son échéance normale. Il eût été plus prudent et sage, à défaut de réconcilier les protagonistes, de ne pas prendre d’emblée parti car le tribu d’une telle perfidie, pourrait être lourd à payer tôt ou tard.
Quoi qu’il en soit, nous osons croire et nous souhaitons que les mandataires et farouches partisans du régime déchu, à quelque niveau où ils se trouvent et quels que soient leurs ressentiments légitimes, comprennent et acceptent humblement le verdict de l’histoire de notre peuple, car assurément « plus rien ne saurait être comme avant  ». Revenons aux préoccupations du moment pour rappeler que l’histoire récente de notre pays nous certifie, que les multiples promesses et entreprises visant le retour à « une vie constitutionnelle normale  » sont restées de vaines promesses politiques et ce, depuis 1966.
Du reste, à qui fera-t-on croire qu’un homme, longtemps enivré par les privilèges du pouvoir d’Etat, accepterait de son propre gré de renoncer du jour au lendemain, à la vie du « château  » ?
Pour autant, il serait erroné de poser le problème de l’alternance au pouvoir de façon dichotomique en termes de militaires contres civils. La question essentielle et pertinente de l’heure n’est pas que l’Armée dût regagner la caserne pour laisser les seuls civils faire de la politique leur affaire exclusive.
La vraie, la seule question qui mérite une réponse judicieuse est celle de savoir si aujourd’hui, la classe politique de notre pays dans sa configuration et ses mœurs actuelles est à même de relever comme il se doit, le défi de l’alternance démocratique au pouvoir. Ce n’est pas que pris individuellement, ces partis manquent de ressources nécessaires pour assumer les charges du pouvoir d’Etat. C’est plutôt la règle du jeu et les pratiques rituelles en vigueur qui restent des facteurs limitants. Notre intention n’est pas de faire le procès des partis politiques mais forces est de constater qu’en termes de foi idéologique et de rationalité organisationnelle, la pléthore de partis politiques et les pratiques devenues récurrentes et blâmables entre partis politiques, en disent long sur le niveau de vertu et d’idéal qui animent une bonne partie de cette classe politique .
Dans un contexte global où la lutte pour la conquête du pouvoir d’Etat est de plus en plus aux antipodes de la compétitivité par les projets de société, pour devenir carrément une guerre des égos, tout peut arriver ; même le pire ; c’est là le principal motif de nos inquiétudes quant aux probabilités de l’avènement d’une démocratie véritable dans notre pays à court terme. En effet, il n’est pas exclu que certains compétiteurs, à court d’arguments consistants pour séduire les électeurs et assurer leurs victoires dans les urnes, se décident cyniquement, comme ce lépreux qui ne peut traire la vache, de souiller le lait et de renverser la calebasse. Ce sont les risques vraisemblables encourus dans notre marche vers l’instauration d’une démocratie civilisée. Attendons de voir ce que nous réservent les prochaines joutes électorales comme confrontations et contestations de résultats des urnes.
Comment ne pas être pessimiste pour l’avenir quand on se remémore les reniements idéologiques, les trahisons sordides et les compromissions abjectes dont se sont rendus coupables, certains responsables de partis politiques, et d’organisations de la société civile tout au long de ces décennies écoulées, à des moments décisifs où se joue le destin de notre peuple ! Nous osons espérer que l’écho du cri de l’oiseau de mauvais augure n’ira pas au-delà de l’arbre sur le quel il est perché. C’est pourquoi nous terminons notre propos par quelques suggestions qui, pour saugrenues qu’elles puissent paraître de prime abord, ne constituent pas moins des esquisses viables de solutions réalistes pour la préservation de la paix et de la sécurité dans notre pays.
* Premièrement, nous proposons la réhabilitation et l’institutionnalisation du COLLEGE DE SAGES, assorties bien évidemment de réaménagements subséquents dans sa composition, son effectif, ses attributions et son fonctionnement. Cette institution est appelée d’une part, à suppléer les organes de la transition au terme de son mandat de sorte à éviter un vide institutionnel et d’autre part, à conserver et capitaliser le patrimoine de cette même Transition en guise de dévolution successorale.
* Ce collègue sera appelé également à jouer le rôle de médiation et de règlement de conflits sociopolitiques éventuels au plan national.
Deuxièmement il est proposé l’organisation et la tenue d’états généraux consacrés aux partis politiques et assimilés de notre pays. Tout comme cela a été le cas pour la justice, l’Enseignement et pourquoi pas pour l’Armée éventuellement. Les partis politiques méritent bien des états généraux.
Ces états généraux peuvent être également étendus aux organisations de la société civile dont certaines ne sont rien d’autre que des « organisations secrètement constituées » ou des «organisations spontanément créées» pour prendre goulûment par à la vaste campagne de pillage de deniers publics et de l’aide décentralisée. Pour ce qui concerne les partis politiques en particulier, il n’est pas difficile d’entrevoir l’intérêt d’un tel symposium dont la finalité est de :
– Bien redéfinir, préciser et codifier les règles du jeu politique ;
– Mettre définitivement un terme à certaines pratiques et comportements ignobles tels le nomadisme et le débauchage de militants par corruption et chantage qui plombent la démocratie et sapent cruellement certaines formations politiques dans leur fonctionnement courant et dans la mise en œuvre de leurs projets et programmes d’activités.
– Formuler des recommandations visant la préservation et la consolidation de la démocratie, notamment, l’organisation d’un référendum consacré à la proscription des coups d’état militaires et condamnant pénalement, leurs auteurs et commanditaires en tant que crime contre l’humanité.
Des spécialistes existent bien dans notre pays pour élaborer les termes de référence de telles rencontres d’échanges et de décisions et d’en organiser la tenue avec panache.

Nako Issaka
Conseiller des Affaires Economiques à la retarite

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