La justice vent débout contre la presse !

Publié le mardi 7 janvier 2014

Deux procès intentés par des procureurs contre la presse. Une condamnation déjà purgée et un jugement en instance de délibération, c’est inédit pour inquiéter.

La justice burkinabè avait été jusque là, malgré l’imperfection de la loi sur l’Information, le rempart pour les journalistes et la liberté de la presse. Le fait qu’il n’était pas aisé, sauf dans les cas politiques emblématiques, de convaincre les juges de la commission d’une diffamation, dissuadait plus d’un plaignant. Les avocats de façon générale conseillaient les arrangements plutôt que les procès.

Une photo du procureur Sidi Becaye postée sur facebook par le confrère du reporter (DR)


Les choses pourraient changer avec l’entrée en scène des procureurs. On peut bien sûr continuer à faire confiance aux juges et à leur discernement, mais dans l’ordonnancement de notre justice, les procureurs sont un maillon très fort. Ils peuvent, plus que le juge, vous envoyer croupir en prison, puisque ce sont eux qui ont l’opportunité des poursuites. Ils ont aussi l’avantage d’être « les chiens de garde » de l’exécutif au sein de la justice. On pourrait à ce titre penser un instant que l’exécutif a peut-être fait passer le message. Passer par la justice pour faire le sale boulot. Sauf qu’il y a tout de même un problème. Les juges ont-ils le droit de détourner la justice à leur profit ?

Certains procureurs sont de véritables cas !

 Notre confrère a été attrait en justice par l’ex procureur de Léo Sidi Bécaye Sawadogo qui se dit avoir été diffamé par une enquête conduite par le journal à Léo sur une présomption de corruption et publié dans Le Reporter du 1er au 14 septembre 2013, numéro 125 sous le titre « Grand Banditisme et Impunité à Léo : Le procureur, la gendarmerie, les bandits et le cultivateur ». Sauf que sur le procureur, ou disons l’ex procureur de Léo, il faudra plus qu’un procès pour taire les rumeurs insistantes sur la propension du procureur Sawadogo à « demander et à accepter de l’argent contre l’élargissement des délinquants ». C’est pas dans une seule affaire, mais dans plusieurs.

L’Evénement a conduit en mai 2013, une enquête semblable à Léo sur une présomption de même nature contre le même Bécaye Sidi Sawadogo. L’Evénement informé de l’affaire avait saisi le procureur pour lui exposer les faits avant de se déplacer sur place, à Léo pour s’entretenir directement avec les différentes parties. Nous avions en son temps fait venir les plaignants dans le bureau du procureur pour tirer l’affaire au clair. Dans le bureau du procureur, le plaignant avait maintenu ses allégations selon lesquelles « il avait, accompagné d’un Moré (considéré comme le chef peulh de la localité, mais qui travaille comme indic) remis une somme d’argent au procureur. Il a pris les liasses, ne les a pas compté, à tiré le tiroir de son bureau pour les y mettre ».

De retour nous avions saisi en son temps, le procureur général Honorine Médah, pour lui exposer les faits et demandé qu’elle puisse organiser une autre confrontation dans son bureau sur la même affaire. Les victimes étaient prêtes à témoigner. Ce qui n’a jamais pu se faire, faute de calendrier qui concorde. Maintenant que l’ancienne PG est à la tête de l’inspection du ministère n’est-ce pas le moment de diligenter une enquête sur le sujet et d’en tirer toutes les conséquences ?

Les procès n’y feront rien

 Dans les plaidoiries du parquet dans cette affaire, contre Le Reporte, nous avons été estomaqué d’entendre demander une suspension de parution du journal sur 15 jours. A priori c’est anecdotique, le journal étant un Bimensuel, 15 jours correspondent à une seule parution suspendue. Mais en cette matière on sait où ça commence on sait rarement où ça s’arrête. Une suspension de parution est un acte suffisamment grave pour qu’on y recourt aussi facilement comme cela semble maintenant la tradition depuis le procès contre L’Ouragan. La suspension c’est la meilleure façon d’euthanasier un titre de presse. Est-ce l’intention ? Pour sûr ce sera contre productif. La justice ne peut pas se retourner contre la presse. Elle lui est aussi indispensable que l’oxygène pour tout être vivant. Il est impossible d’imaginer une justice indépendante sans une presse libre et indépendante. Dans une démocratie qui fonctionne, ces deux institutions fonctionnent même en tandem.

NAB 


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