Zabré un an après

Publié le mardi 7 janvier 2014

Où en est-on de cette sordide histoire qui a traumatisé, comme jamais auparavant, les Burkinabè ? La justice suit son cours, dit-on du côté du palais de justice de Tenkodogo. Mais le temps, comme à son habitude, pourrait faire son effet. Il a même déjà commencé.

La Chambre d’accusation vient d’ordonner la libération du chef de Sangou. Ce triste personnage qui semble avoir fait de la « fulaphobie » son mode de vie est pour beaucoup, responsable de ce qui est arrivé à Zabré. La chambre d’accusation de la Cour d’appel est allée, contre la décision du juge d’instruction. Ce dernier saisit par les avocats du chef avait refusé de lui accorder la liberté. Un autre aspect curieux, dans la démarche de la chambre d’accusation, elle ne semble pas avoir prévenu les conseils de la famille de Sambo. Est-ce le début de la fin du dossier ?

Selon des informations concordantes, le juge d’instruction, comme nous l’avons du reste écrit souvent, « fait son travail de façon professionnelle ». Son souci dit-on est de constituer un dossier solide pour le jugement. En ce genre d’affaire, la méticulosité de l’instruction est un gage de bonne justice pour les victimes. Même si, tenaillés par la douleur et les rumeurs incessantes qui disent parfois tout et son contraire, les ayants droits de la famille de Sambo, commencent à trouver le temps long. Avec la décision « intra muros » de la chambre d’accusation, leurs angoisses ne vont pas s’apaiser.

Celle-ci est la première fosse commune des conflits inter communautaires au Burkina Faso (ph, Evénement)


Il faut avoir à l’esprit les images terribles de toute une famille exécutée froidement et ignoblement brûlée. Dans les victimes, une enfant, une adolescente de 14 ans environ, venue passer ses congés de Noël chez son oncle. Puis deux vieillards, un couple (le patriarche et sa femme) d’environ 80 ans, dont tous s’accordent pour dire qu’ils étaient sans histoire, égorgés et brûlés. Les juges de la chambre d’accusation ne sont évidemment pas tenus par ces faits sordides. Il est quand même important de noter que le conditionnement mental qui a permis que des gens en viennent à penser qu’ils peuvent attenter à la vie de leurs semblables, contre qui ils n’ont absolument aucun reproche, est le fait de propos haineux et volontairement xénophobes que des chefs comme celui de Sangou ont pu distiller ou suggérer. Il y a donc une obligation de la justice de ne pas tolérer la propagation des propos « haineux et déshumanisants » contre les communautés nationales. En ordonnant la libération d’un tel personnage, les grands juges n’ont pas rendu service à l’instruction de ce dossier. 

L’atmosphère est toujours malsaine

 A Zabré, à l’approche du premier anniversaire de ce drame, l’atmosphère est toujours malsaine. Les cœurs n’ont pas désarmé, mais la vigoureuse réaction de la justice et de l’administration a contribué à dissuader plus d’un va-t-en guerre. Courant janvier 2013 et les mois qui ont suivi, plusieurs dizaine de personnes ont été mises aux arrêts et pour l’essentiel, elles sont encore dans les geôles à Tenkodogo. Mais l’action qui a le plus marqué les esprits et a contribué à ramener les gens à la raison a été l’arrestation et l’incarcération des deux chefs qui ont été identifiés comme les véritables fauteurs de troubles. C’est le chef de Sangou et celui de Gasgou. Ce n’est pas par hasard que les hordes qui ont convergé sur Zabré, ce triste jour de décembre, sont venues essentiellement de Sangou et de Gasgou. Les chefs arrêtés et écroués, cela a fait réfléchir plus d’un. Surtout que malgré les interventions multiples, la justice et les responsables politiques avaient tenu bon et ferme.

Il reste le travail psychologique nécessaire à faire et qui attend d’être fait. Ce qui s’est passé à Zabré est trop grave, trop horrible. C’est l’abomination même. Il est donc important qu’un travail psychologique se fasse sur cette question. Un an après, aucune ONG des droits humains n’a proposé de réaliser une telle action sur le terrain. N’est-ce pas là une action « éminemment droit de l’hommiste ? »

La maxime de l’UNESCO reste plus que jamais d’actualité dans cette horrible affaire : « c’est dans l’esprit des gens que naissent les guerres. C’est dans l’esprit qu’il faut semer les graines de la paix  ». En l’appliquant au contexte de Zabré, on pourrait dire que « ces abominations sont nées dans les têtes. C’est dans les têtes qu’il faut les éradiquer  ». Si ce travail n’est pas fait, l’action de la justice pourrait ne pas être bien comprise, de part et d’autre quand elle interviendra un jour. 

Newton Ahmed BARRY


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