FOCAL, Comment contrer Blaise en 2015 !

Publié le lundi 16 décembre 2013

Alors qu’il vient d’annoncer qu’il sera candidat en 2015, Blaise Compaoré devra faire face aux « Citoyens de l’alternance » réunis au sein du FOCAL (Forum de Citoyennes et Citoyens de l’alternance). Comme s’ils le voyaient venir, les responsables du Forum ont tenu leur troisième assise avec l’injonction d’une « Alternance apaisée, départ obligatoire de Blaise ». A l‘issue des réflexions, les conclavistes ont décliné des plans d’actions pour traduire leur volonté en réalité. Les travaux se sont déroulés du 30 novembre au 1er décembre au Conseil Burkinabè des Chargeurs.

Fatigué du long règne de l’actuel président du Faso, des organisations de la société civile ont décidé de prendre leur responsabilité. Rappelons que c’est depuis 1987 que le président Compaoré a pris la tête de notre pays par le biais d’un macabre coup d’Etat. Bientôt la troisième décennie de pouvoir sans partage sera bouclée. Parti du postulat qu’après les longs règnes s’installent l’anarchie et la violence, le FOCAL entend par ce troisième forum prévenir, mieux, désamorcer d’éventuels troubles graves dans notre pays. Ainsi, c’est sous le thème « Le Burkina Faso de l’après élection présidentielle 2015 », qu’un groupe de citoyens burkinabè venant de différentes structures se sont réunis pour cogiter sur l’avenir de notre patrie. 

Les animateurs du forum (Photo, Evénement)


On notait la présence de responsables de partis politiques, d’associations religieuses, de la société civile burkinabè et un nombre important de jeunes. Deux thématiques sont venues baliser les réflexions. D’abord que faire pour une transition apaisée si le locataire de Kosyam respecte la Constitution en ne se représentant pas ? Ensuite que faire si le président décide de se maintenir au pouvoir au-delà de 2015 ? C’est surtout cette seconde interrogation qui s’est taillée une place de choix dans les débats. Pour certains, aucun signe ne montre que le président Compaoré veut quitter le pouvoir en 2015. Et inutile de se faire des illusions. Les participants ont alors choisi de fourbir leurs armes afin de ne pas se faire avoir. Pour joindre l’utile à l’agréable, les responsable du FOCAL ont fait appel à l’expertise de deux mouvements de la société civile qui ont réussi l’alternance apaisée dans leur pays. Il s’agit du Collectif des Organisations de Défense Des Droits de l’Homme et de la Démocratie (CODDHD) du Niger représenté par son président Kanni Abdoulaye et le mouvement sénégalais ‘y’en a marre’ représenté par le tonitruant rappeur Kilifeu. Tous deux ont exposé de façon captivante et émouvante les luttes dans leurs pays respectifs pour l’avènement d’une alternance sans effusion de sang. La deuxième journée du forum a été décisive. Les participants ont tourné et retourné leurs méninges sur les voies et moyens d’une riposte citoyenne pour empêcher à tout prix toute gymnastique qui permettra au président Compaoré de se maintenir au pouvoir après 2015. Ainsi, des lignes rouges à ne pas franchir ont été clairement énumérées. La première est le déverrouillage de l’article 37 de la Constitution par voie parlementaire ou référendaire. Deuxièmement, une éventuelle mise en place d’une nouvelle constituante pour la rédaction d’une nouvelle Loi Fondamentale. Pour le professeur Luc Marius Ibriga, croiser les bras et ne rien faire en cas de franchissement de ces lignes rouges n’est pas une option citoyenne. « Un citoyen, c’est celui qui, parfaitement averti de ses droits et devoirs, n’entend pas croiser les bras face à ce qu’il considère comme étant des abus de pouvoir, et qui n’hésite pas à se mobiliser avec d’autres pour s’ériger en contre-pouvoir » a-t-il martelé. Lors des échanges pour trouver une stratégie de lutte, nombre d’intervenants n’ont pas pu s’empêcher de déverser leur hargne sur le régime Compaoré. Cloué au pilori, ses dérives autocratiques ont été dénoncées avec véhémence. On a ouï dire que le régime est vieux et n’a plus rien de salutaire à offrir aux populations. En conséquence, les aspirations populaires à un changement de fond en comble sont à leur paroxysme. Ce qui présage que toute tentative du président Compaoré à demeurer au pouvoir après 2015 entraînera de graves problèmes pour le pays. Les citoyens au forum ont stigmatisé l’habitude du régime à manipuler la règle de droit dans le sens de ses capricieux et égoïstes intérêts. En effet, la règle de jeu n’est respectée que si elle ne les dérange pas. Dès qu’elle devient une contrainte, elle doit être changée, en respectant les procédures quand cela les arrange, au mépris des procédures quand celles-ci ne les arrangent pas. « Comment prendre au sérieux ces démocrates par convenance qui ne respectent pas les règles du jeu qu’ils ont eux-mêmes fixées quand ils nous jurent par leurs grands dieux que leur souci c’est de renforcer la démocratie au Burkina ? » s’inquiète Ibriga. Et de poursuivre que c’est contre cette « démocratie à géométrie variable » que le FOCAL se dresse.

Dans son intervention, le professeur Augustin Loada du CGD a relevé cette situation d’incertitude, due au mutisme de Compaoré sur son départ en 2015. On le sait, le président a toujours esquivé les questions sur sa candidature en 2015, prétextant qu’il veut se concentrer sur son programme. Mais de quel programme parle le président ? Son programme extérieur aux frontières de notre pays ou interne ? Tout le monde sait que Compaoré est devenu un expert en médiation. Même si ces médiations sont constamment et ouvertement décriées. Pour avoir séjourné au Mali dans le mois de novembre, nous avons noté que nombre de maliens de toutes catégories confondues sont habités par une certaine ire à l’endroit des Burkinabè. Pour cause, ils sont courroucés par la collusion du président Compaoré avec les rebelles du MNLA qui sont massivement et confortablement installés dans notre pays. C’est pratiquement le même schéma qui a prévalu pour la crise ivoirienne. Les rebelles qui ont conduit Ouattara au pouvoir avaient trouvé leur eldorado dans notre pays. Leur chef Soro Guillaume jouissait de temps d’antenne à la télévision nationale que même l’opposition Burkinabè n’avait pas. Toute chose qui irritait fortement une partie des ivoiriens. Bref, son silence lourd d’incertitude sur les élections présidentielles de 2015 alarme même des ONG de gros calibres telles que International Crisis Group qui, dans son rapport publié en juillet 2013 est persuadé que « c’est en respectant la Constitution et les règles du jeu démocratique que le président pourra prolonger le succès principal de sa longue présidence : la stabilité ».

Comme plan d’action, le professeur Ibriga est formel dans son discours de clôture : « le FOCAL tient à affirmer ici haut et fort qu’il rejette toute mascarade plébiscitaire ayant pour but d’installer le pouvoir à vie au Burkina Faso. Dans ce sens, il opposera le boycott à tout référendum ou tout autre scénario qui permettrait au président Compaoré de rester au pouvoir après 2015. De tels stratagèmes sont inconstitutionnels et illégitimes et, c’est à bon droit, que nous pourrons, sur le fondement de l’article 167 de la Constitution, leur opposer la désobéissance civile  ». Convaincu que le régime Compaoré n’est sensible qu’au rapport de force, les participants ont choisi la non violence comme moyen d’action. Cette méthode comportera des formes de non-coopération qui s’étaleront sur le plan social, économique et politique. Par exemple les citoyens ignoreront complètement les membres du pouvoir, refuseront de payer les impôts et d’acheter certains produits manufacturés ou distribués par les alliés de la coalition dominante.

En guise de réponses au ‘que faire ?’, les participants ont fait plusieurs suggestions et recommandations. Il s’agit entre autres de travailler à l’union des OSC. D’intensifier la mobilisation et l’étendre sur toute l’étendue du territoire national. Quitter les salles de conférence pour investir le terrain c’est-à-dire l’action. Intégrer la diaspora à la lutte. Utiliser le canal des réseaux sociaux. Les participants ont appelé les députés à rejeter tout éventuel projet de loi tendant à la modification de l’article 37. Les juges constitutionnels ont été invités à défendre la Constitution et les institutions. Les organisations internationales telles que l’ONU, l’Union Africaine, la CEDEAO l’Union Européenne et l’ensemble des partenaires économiques et financiers ont aussi été conviés non seulement à user de leur influence pour préserver la paix au Burkina Faso mais à condamner toute tentative de tripatouillage de la Constitution. Un appel est lancé à l’endroit des dépositaires des valeurs sociales notamment les chefs religieux et coutumiers à prendre leur responsabilité devant l’histoire. En outre, les participants se sont dit « naan laara an saara » (expression dioula signifiant si nous nous couchons, nous sommes morts)

Notons que l’exiguïté de la salle de conférence du CBC n’a pas permis aux participants de travailler en commissions. Selon le Pr. Ibriga, l’activité était prévue se tenir sur le site du SIAO comme d’habitude, mais ils ont dû reculer devant le coût excessivement élevé de la facture qui leur a été présentée.

 Hamidou TRAORE 


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