Sénat:Comment en trois couplets Blaise a réglé le sort de l’institution

Publié le mardi 24 septembre 2013

Marche arrière toute et un début d’ouverture politique peut-être. Le bref discours de Blaise ne veut rien dire à priori. Et pourtant en peu de mots, il a dit beaucoup de choses. L’ambiguïté du discours est volontiers chez Blaise. C’est sa marque déposée.

Une chose est sûre, il n’a pas ordonné la continuation de « l’opérationnalisation du Sénat ». Il n’a pas dit non plus de façon ferme et claire « d’y mettre fin ». Mais c’est ce qu’il a dit en réalité.

Quelques phrases et puis comme on dit dans le langage des jeunes, le président a « give up ». Il reste évidemment convaincu que le Sénat est bon pour notre démocratie. Il devrait permettre d’ouvrir le processus législatif à des couches sociales que le jeu de la représentation actuelle exclut de fait. Peut-on vraiment lui en vouloir d’avoir cette conviction ? Non bien sûr. Après cette affirmation de principe, il s’est mis à détricoter ce qui faisait jusque là le fondement de la construction du Sénat. D’abord que le Sénat n’est pas « bien compris  ». Or l’explication qui avait prévalue jusque là, c’était que l’institution du Sénat avait été un acte de « consensus » d’un grand forum politique, le CCRP. Le président admet que finalement le projet est en décalage avec les réalités du pays. « Les burkinabè n’ont pas compris la démarche du président  ». Il ne peut pas dès lors leur imposer une institution dont ils n’ont rien compris de l’importance et de l’utilité. Il est de ce point de vue en rupture avec les recommandations du comité de suivi qui lui avait fait des propositions, non pas dans le sens qu’il vient d’imprimer, mais dans celui « d’un réaménagement et d’une recomposition  ». Blaise a décidé de ne rien faire dans ce sens. Il a renvoyé les doctes partisans du sénat « à mieux se pourvoir », pour parler comme les juges.

Ensuite le président épouse le besoin de la concertation. Mais il voudrait y inclure tout le monde au nom de « l’unité nationale » dont il est le garant. L’exhortation est suffisamment explicitée : « élargir les concertations à toutes les composantes sociales et politiques pour bien asseoir la pertinence de cette institution républicaine ». Il y manque seulement le modus operandi. Ira-t-il jusqu’ à convoquer cette fois un CCRP « plus inclusif  » ? Peut-être pas. Il indique probablement ce qui aurait dû se faire, pour éviter d’en arriver à l’impasse que nous connaissons actuellement. Si c’est la compréhension qu’il faut en avoir, alors les jours de Bongnessan seraient comptés à la tête des Réformes politiques. C’est connu dans un processus comme celui-là, il y a deux issues possibles : ça marche et le conducteur du processus est sanctifié. Le processus ou la loi porte alors le nom de cette personne pour la postérité. Ça échoue et le conducteur est sacrifié et même honni. Ce processus est raté. Bongnessan va sûrement en porter l’entière responsabilité. On imagine difficilement, pour des besoins de crédibilité, que ce soit à lui qu’il incombe de conduire le nouveau processus inclusif sur cette question. Avec lui, l’opposition légale ne viendra pas à la table de concertation. Or de ce caractère inclusif, c’est Blaise Compaoré qui est actuellement demandeur. Il va devoir sacrifier Bongnessan donc.

Enfin, dernier couplet, dont on ne peut faire directement le lien avec les deux premiers qui ont traité directement du Sénat. Il s’agit de l’invitation du président aux acteurs politiques afin de « créer et développer entre eux des échanges constructifs pour un raffermissement continu de la cohésion sociale et un approfondissement de notre processus démocratique ». Comment comprendre l’idée du président ?

Il donne l’impression de ne plus se sentir concerné par « les choses politiques  ». Il se met ici non pas sous le manteau d’une de ses prérogatives constitutionnelles de chef d’Etat, mais un peu comme un « adviser  », un conseiller. S’il devait conseiller « les acteurs politiques », il leur dirait de « développer entre eux des échanges constructifs ». Franchement, exprimée de cette façon l’invitation du président est inédite. Si par le passé, il a été soucieux de besoin de concertation constructive, il ne l’a jamais fait savoir officiellement. Bien au contraire. Le CCRP et plus précisément le Sénat qu’il est obligé de mettre en stand by aujourd’hui a souffert de l’absence « d’échanges constructifs » entre acteurs politiques.

On peut extrapoler sur cette invitation en disant ceci :

Blaise commence à répondre au collège des sages. Cette institution avait fait le constat suivant : « L’absence de dialogue entre les acteurs de la scène politique nationale : entre le pouvoir et l’opposition d’une part, et d’autre part entre le pouvoir et les organisations de la société civile. A divers niveaux, les positions excessives et figées des uns et des autres ne facilitent pas la recherche de solutions consensuelles  »

C’est aussi une certaine façon de réhabiliter Salif Diallo. Il avait dit qu’il fallait une concertation large pour éviter la crise politique qu’il pressentait se profiler à l’horizon depuis 2009. Cela lui avait valu la disgrâce. L’invitation du président vient maintenant. Elle marquera incontestablement un tournant. Elle devrait aussi logiquement appeler à des décisions importantes. Sans vouloir aller vite en besogne, on peut dans l’immédiat imaginer une reconfiguration du parti majoritaire. C’est ce qui se susurre depuis un bout de temps. Parce que l’exhortation du président à des concertations larges et inclusives suppose que les opposants trouvent en face des gens de même gabarit. Il ne s’agit pas de minimiser l’équipe dirigeante actuelle du CDP, sauf qu’elle n’a jamais su s’imposer vraiment. Aussi bien en interne que vis-à-vis des partenaires de l’opposition. Le patron du CFOP a pris la résolution de ne pas discuter avec la direction du CDP, mais de se référer directement à Blaise. On ne voit pas comment il pourrait se dédire ? Sauf à imaginer que se réalise « cette reprise en main  » du CDP maintes fois annoncée et qui tardait à arriver.

Faut-il y voir un signe ? Au moment où le président recevait les recommandations du comité de suivi, le CDP était en conclave. Peu de choses en ont filtré, si ce n’est que les sénateurs régionaux avaient été convoqués pour s’entendre dire «  qu’on ne les laissera pas tomber ». Après le message de Blaise Compaoré chacun d’eux pourra mesurer la consistance de la promesse.

Il se pourrait aussi, mais ce devrait être un effet collatéral, qu’un gouvernement d’union nationale voit le jour d’ici là.

Enfin, ce que semble suggérer le dernier « couplet » du message présidentiel, c’est l’abandon du projet de révision de l’article 37 de la Constitution. On sent dans le message du président une résignation. Sur une question comme celle-là, il faut cependant rester prudent. Actuellement le président est dans le creux de la vague. Alors il n’est pas dit que demain, dans une conjoncture plus favorable, l’envie ne revienne pas.

Par Newton Ahmed BARRY 

Blaise, Salif, Simon et Roch comme au bon vieux temps !

Avant d’annoncer son intention de faire convoquer le comité de suivi sur la question du Sénat, le président se serait d’abord concerté avec le trio, Salif, Roch et Simon. D’aucuns disent et on peut en douter que même Bongnessan n’avait pas été mis au parfum des intentions présidentielles. Est-ce dans la même ignorance qu’il a tenu les premiers responsables du CDP ? C’est possible dit-on. Jusqu’à la publication du message sur le site de lefaso.net, certains sénateurs élus, alertés par des voix bien introduites, avaient sollicité les responsables du parti pour en savoir d’avantage. On leur avait invariablement répondu qu’il n’en était rien. Quand la nouvelle est finalement tombée eux aussi sont tombés de bien haut.

Il semble ensuite que le président après réception des recommandations du comité de suivi a fait parvenir à chacun des trois une copie. Chacun on s’imagine a fait ses suggestions et recommandations. Plus précisément, les trois travaillant en étroite concertation, ont dû produire les mêmes avis. Alors que les conclusions du comité étaient tenues secrètes, Bongnessan était le seul à s’exprimer et à dire que le processus de mise en place du Sénat était maintenu avec des aménagements. On sait depuis qu’il n’en sera rien, le président ayant décidé de ne pas suivre l’équipe de Bongnessan. En tout cas pas dans l’immédiat.

Le président Blaise Compaoré a remis en harnachement ses anciens compagnons. Jusqu’au début de 2000 c’est après concertation avec le trio qu’il prenait ses décisions. Puis avec la nomination de Tertius comme Premier ministre, il avait mis fin au procédé. La suite on la connaît ; le désamour à tour de rôle avec chacun des trois. Salif, puis Roch. Simon sentant le vent tourner avait pris les devants. Est-ce le retour à cette époque de gestion plus collégiale ? C’est possible. Cela voudrait dire aussi, si les choses sont avérées, que c’est la fin de la velléité « de succession dynastique ». 

 

Les trois couplets qui ont sellé le sort du Sénat :

- Le Sénat est une institution d’un grand intérêt pour la démocratie en permettant d’élargir à des composantes non partisanes, la production législative : il mérite, à ce titre, d’être bien compris.

- En tant que Président du Faso et garant de l’unité nationale, j’appelle le Gouvernement à élargir les concertations à toutes les composantes sociales et politiques pour bien asseoir la pertinence de cette institution républicaine.

- Par ailleurs, j’invite les acteurs politiques à créer et à développer entre eux des échanges constructifs pour un raffermissement continu de la cohésion sociale et un approfondissement de notre processus démocratique.

Le diagnostic du collège des sages (30 juillet 1999)

2.1. Principales causes de la crise

Elles trouvent leurs sources dans :

2.1.1. Le dysfonctionnement structurel des institutions républicaines (Exécutif, Législatif, Judiciaire).

2.1.2. Le manque de démocratie réelle tant à l’intérieur des partis qu’au niveau national.

2.1.3. L’absence de dialogue entre les acteurs de la scène politique nationale : entre le pouvoir et l’opposition d’une part, et d’autre part entre le pouvoir et les organisations de la société civile. A divers niveaux, les positions excessives et figées des uns et des autres ne facilitent pas la recherche de solutions consensuelles.

2.1.4. L’absence de consensus sur le contenu des textes fondamentaux régissant la vie politique nationale (procédure de révision de la Constitution, Code électoral, Commission électorale nationale indépendante et Conseil supérieur de l’information (CSI).

 Par Newton Ahmed BARRY


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