Mali : IBK et Blaise sont-ils compatibles ?

Publié le mardi 3 septembre 2013

Le nouveau président malien n’était pas l’homme de Blaise. Pire, on le dit même très proche de Roch Marc Christian Kaboré, ancien président de l’Assemblée nationale et aujourd’hui en froid avec la majorité présidentielle burkinabè, qu’il rappelle par sa bonhommie et pour son goût pour la bombance.

 IBK avait dit, dans une interview à notre confrère Jeune Afrique, à la veille de la campagne présidentielle qu’il avait des liens de famille avec le couple présidentiel burkinabè, peut-être travers les Terrasson, dont un Lycée de Bamako a longtemps porté le nom. Malgré cela, il n’a jamais été le choix de Ouagadougou qui lui préférait Soumaïla Cissé, ancien président de l’UEMOA, qui possède une résidence à Ouagadougou où sa famille réside le plus clair de son temps.

IBK, le nouveau président du Mali (Ph : DR)


Divergences profondes sur la crise Touareg

Ce sont les accords de Ouagadougou, à la dernière minute, qui ont permis que la présidentielle se tienne sur l’ensemble du territoire malien y compris Kidal. Les Touareg du MNLA qui voudraient ouvrir « une ambassade » dans la capitale Burkinabè, ont signé cet accord de Ouagadougou dans lequel il est stipulé que les négociations, sur le fond du problème touareg, devraient commencer au plus tard 60 jours après la formation du nouveau gouvernement. Comment le nouveau gouvernement d’IBK va-t-il mettre cet engagement en œuvre ? Va-t-il permettre la continuation des négociations sous l’égide du médiateur ou va-t-il exiger leur délocalisation à Bamako ? La seconde hypothèse parait plus probable. Les maliens ont toujours été mal à l’aise avec cette promiscuité qui existe entre le gouvernement burkinabè et les touaregs. IBK, élu sur la promesse de la réhabilitation de la fierté malienne, se fera, sans aucun doute, un point d’honneur à ramener « la palabre à la maison, entre les fils du pays ». Il pourrait aussi ramener les algériens dans les négociations, pour contrebalancer le poids de la médiation burkinabè.

Roch a désormais son terrain de repli

 L’arrivée au pouvoir de Issoufou à Niamey avait fait un grand bien à un certain Salif Diallo. Avec IBK à Bamako, Roch pourrait aussi sortir de la claustration dans laquelle il vit depuis son départ de l’assemblée nationale. Jusque là, aucun régime voisin n’avait osé se montrer avec les opposants burkinabè, contrairement à la pratique de Blaise Compaoré qui lui gardait portes et porte monnaie ouverts à tous les opposants des pays voisins. Avec Issoufou à Niamey, les choses avaient commencé à changer. Elles devraient connaitre une accélération avec IBK à Bamako. Même s’ils ne le disent pas officiellement, tous les voisins ont intérêt au changement de régime à Ouagadougou. Blaise Compaoré parti, ce sera comme un coup de pied dans la fourmilière des opposants de tout poil qu’est devenu Ouagadougou. Beaucoup de chefs d’Etat voisins pourront alors, comme l’avait exprimé Gbagbo après le départ de Chirac de L’Elysée, dormir « mieux ». IBK, a ce qu’on dit, est ami avec Mahamadou Issoufou, Faure Gnassimgbé et Alpha Condé. Or sur l’essentiel, tous, pour avoir, à un moment ou à un autre eu besoin des services de Blaise Compaoré, trouvent sa tutelle actuellement pesante, pour ne pas dire plus. 

Pour l’instant à Ouagadougou on remet les plans sur la table. Il y a des enjeux importants à défendre. Certains opérateurs économiques proches de la famille présidentielle avaient poussé des tentacules à Bamako, dans divers secteurs, depuis même le temps de ATT. Une élection de Cissé à la présidence aurait préservé ces intérêts. Avec IBK, il va falloir remettre le métier à l’ouvrage. Le président garde des fidèles dans l’équipe gouvernementale malienne sortante, notamment Lamine Sow et le désormais général Sinko que Djibril Bassolet, le ministre Burkinabè des Affaires étrangères a réussi à séduire. Le second a beaucoup de chance de jouer un rôle important dans l’administration IBK. 

Par Newton Ahmed BARRY


Commenter l'article (1) envoyer l'article par mail envoyer par mail