CINE DROIT LIBRE:La jeunesse africaine a mal à ses dirigeants

Publié le jeudi 18 juillet 2013

La 9e édition du festival Ciné Droit Libre a été tenue du 22 au 28 juin dans notre capitale. Les promoteurs avaient un répertoire de quarante cinq films inédits, les uns plus engagés que les autres, à présenter aux festivaliers. En accord avec le thème « où va l’Afrique ? », nombres de ces films se rejoignaient sur la misère et divers autres calvaires dans lesquels est plongée la majorité écrasante des africains. Un panel autour du thème a été tenu le jeudi 27 juin à l’Université de Ouagadougou.


C’est devant un parterre d’étudiants dans l’enceinte de l’amphithéâtre A600 de l’Université que le thème a été déroulé par un trio de communicateurs. Le professeur Albert Ouédraogo, ex ministre des droits humains ; M. Doumby Facoly, écrivain, homme de culture venu du Mali et le congolais Nissym Lasscony, documentariste, conférencier international, spécialiste de Marcus Garvey. Le professeur Serge Théophile Balima a assuré la modération. Après le tour des communications, on pouvait tout de suite noter une convergence de points de vue des trois panelistes sur nombres de questions. Le congolais, qui est intervenu en premier lieu, s’est beaucoup attardé sur l’Afrique précoloniale. L’Afrique ne nous appartient plus depuis la conférence de Berlin qui a scellé le morcellement de notre continent a-t-il observé. Ainsi donc, s’appuyant sur les témoignages d’éminents historiens occidentaux et africains, il a relevé les exploits de l’Afrique précoloniale. En effet, les sociétés précoloniales africaines pratiquaient des échanges commerciaux dynamiques, battaient monnaie et étaient dotées de centres de rayonnement culturel comme Tombouctou qui déjà au 16e siècle, avait l’un des taux d’alphabétisation les plus élevés au monde. Contrairement aux idées reçues, la vie intellectuelle, culturelle et artistique dans l’Afrique subsaharienne précoloniale était intense dans des domaines aussi variés que les sciences, la médecine, les mathématiques, les arts… Mention spéciale a été faite au fondateur de l’empire Mandingue, Soundjata Keita qui a conçu la première charte des droits de l’Homme connue sous l’appellation du Kouroukan fougan ou Charte du Manden. Dans cet empire, l’analphabétisme était un crime. Mieux, la faim et l’esclavage étaient bannis. Selon le sieur Lascony, les africains précoloniaux avaient tellement à manger qu’ils se servaient du riz pour construire des châteaux qui ont résisté au temps. Ce lustre passé, la peinture d’une Afrique contemporaine marquée par de multiples travers a indigné les panélistes. Dans cette lancée, le professeur Albert Ouédraogo, avant de livrer le contenu de sa réflexion, a d’abord récité une bonne partie du poème « Afrique mon Afrique » de David Diop. Pour lui, si on arrive aujourd’hui à se poser la question de savoir où va l’Afrique ? », cela signifie tout simplement que l’Afrique a échoué. « Nous vivons dans un présent de désespoir » renchéri-t-il. Selon l’ex ministre, les responsables de l’échec du continent sont les « intellectuels ou l’élite africaine occidentalisée qui ont fabriqués des fosses où nos espoirs ont été enterrés ». Cette élite diplômée des grandes universités occidentales n’a pu faire mieux que de conduire l’Afrique à des guerres à ne point finir, a-t-il poursuivi. 

M.Domby Facoly a aussi embouché la même trompette que ses devanciers pour fustiger les turpitudes et l’incompétence des dirigeants africains. Il s’est offusqué de constater que outre les détournements de deniers, la gabegie, la corruption, la courtisanerie, les dirigeants n’ont même pas pu changer le nom de leur monnaie qui est toujours empreint de relent colonial malgré les indépendances. Il s’agit surtout du Franc CFA. Il est vu comme un outil de contrôle politique et économique sur les pays africains de la zone franc. Pour lui, les dirigeants africains travaillent plus pour l’occident que pour les peuples africains.

Au regard de toutes ces tares, les panélistes ont dégagé des perspectives. Entre autre, il s’agit de l’union qui permettra aux africains de parler d’une voie, de la nécessité de l’émergence d’un nouveau type de dirigeants pour qui l’exercice du pouvoir ne serait qu’une charge ayant pour finalité le progrès, la prospérité, la sécurité et la justice ; la mise en place d’une armée solide et opérationnelle à envergure continentale…

La réaction des étudiants a été remarquable. Le désamour d’avec les dirigeants est consommé. Ces derniers ont été traités de tous les noms d’oiseaux. Certains sont allés jusqu’à exprimer leur courroux de voir le professeur accepter d’entrer dans le gouvernement de Blaise Compaoré. Le film « Le président » du camerounais Jean Pierre Bekolo a été aussi une occasion pour les étudiants de cracher sur l’élite politique actuelle.

 Hamidou TRAORE


Commenter l'article (4)