Mise en place du Sénat : « On n’est pas d’accord »

Publié le vendredi 31 mai 2013

Pour dire non au sénat, l’opposition politique burkinabè a reçu le soutien de ses militants et sympathisants. Ils ont été donc nombreux à prendre place devant le chef de file de l’opposition (CFOP/B) pour crier leur ras-le-bol le 21 mai 2013, jour de l’adoption de la loi organique sur le sénat. « C’est le minimum » comme ils l’ont dit.

« Non au Sénat, non à la modification de l’article 37 » « Non au gaspillage de nos ressources publiques » « Les étudiants ont besoin de 5 milliards à l’Université au lieu de 36 milliards pour un Sénat inutile » Autant d’éléments qu’on pouvait lire sur des pancartes et banderoles. Des interventions, on retient  : « sénat égal pouvoir à vie ». D’autres à l’endroit des étudiants : « Vous n’êtes pas à l’Université pour sortir préparer le thé » La foule massive est postée devant le chef de file de l’opposition politique (CFOP/B). Elle est indignée contre la mise en place du Sénat. Vieux, jeunes, hommes et femmes vibrent au rythme de la musique engagée et révolutionnaire en attendant l’arrivée de leurs héros (députés) de l’Assemblée nationale : « contre la férule humiliante il y a déjà 1000 ans…, ou mesdames et messieurs, je vous prie d’approcher. Bien que ce soit la période des vaches maigres, je ne vous mangerais pas »

Le sénat, on n’en veut pas

Aux environs de 17h, la tension monte. Les députés ont boycotté les activités à l’Assemblée nationale. Ils regagnent le CFOP/B où les attend une foule en mouvement. Les mandatés sont accueillis par le chef de file de l’opposition Zéphirin Diabré sous les acclamations du public. On aperçoit un homme habillé en boubou couleur bleu-ciel, coiffé d’un chapeau blanc. C’est Hama Arba Diallo. Entre les manifestants et les députés, va vite naître une parfaite complicité. Une rétroactivité s’impose. « Bonsoir mes camarades » a lancé Arba Diallo à la foule compacte et criarde. Celle-ci répond « bonsoir » Et Arba de continuer  : « Merci d’être venu pour arrêter la fraude que constitue le sénat. Le sénat c’est la fraude. Ce sont des arnaqueurs et nous allons les arrêter » Les cris de l’assistance sont alors assourdissants. « Nous reflétons ce que la majorité de notre peuple veut. Le sénat, on n’en veut pas un point un trait » Et le public de répéter à tue-tête : « on n’en veut pas… » réplique accompagnée de huées. « La dernière fois que je suis venu derrière ce bâtiment (du CFOP/B) c’était en 1966 … » Une voix dans la foule l’interrompt : « mon grand père n’était pas encore né » La foule éclate de rire. Malgré le brouhaha, Hama Arba Diallo poursuit son intervention : « (c’était en 1966) le jour où le peuple est sorti contre le régime de Maurice Yaméogo (soulèvement populaire du 3 janvier 1966) » L’approbation de la foule s’est fait sentir par des cris et des applaudissements. Présentant le Naba de Boussouma, Arba Diallo dit : « celui qui à le bonnet rouge là, on a le même combat, la même direction. C’est la première fois que bonnet blanc et bonnet rouge font la même chose » Des cris nourris envahissent l’espace pour féliciter ce tandem. « C’est un féodal mais il aime son peuple » ajoute Arba Diallo. Mais il sera interrompu dans sa présentation d’Armand Ouali, président du groupe parlementaire de l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Quand il dit, « Armand Ouali, président du groupe parlementaire UPC… » une voix se fait entendre : « il aime le peuple c’est suffisant »

Lorsque le président du CFOP/B, Zéphirin Diabré, scande  : « le sénat…, les corrompus…, les corrupteurs…, la vie chère…, la 4e république » la foule répond unanimement  : « en bas » à chaque mot placé. « Ce que vous avez fait ce soir est un évènement politique majeur » a lancé à la foule Zéphirin Diabré. « C’est le minimum qu’on puisse faire » réplique le public.

La tension devient électrique. Mamadou Kabré, habillé d’un gilet par-dessus une chemise bleu-ciel et un turban autour du cou, tient le micro ; il est devenu par la force des choses, le maître de cérémonie. Lorsque Mamadou Kabré dit : « vous avez le Dr Ablassé Ouédraogo » des cris à percer les oreilles retentissent. « Au moment où il était aux affaires, il a fait la diplomatie de développement pour développer tout le Burkina ». Poursuivant sa présentation des différents députés aux manifestants, il dit  : « vous avez votre jeune frère Sankara Alexandre. Il est des impôts. Il vous dira des choses sur ce qu’on fait sur notre impôt » « Si on a quelqu’un (Péogo Naba) chargé des questions judiciaires au niveau de la cour royale, et on a un avocat de la trempe de Me Bénéwendé Sankara, est-ce que les filous de la république vont s’échapper ? » « Noooon » répond l’auditoire plus que jamais motivé. « Ils passeront tous à la barre » dit M. Kabré appelant du même élan Me Sankara au podium. L’arrivée de celui-ci est donc ponctuée de cris et de sifflements. Quand ce dernier scande : « le sénat » la foule reprend vigoureusement « en bas »

Les manifestants croient que la mise en place du sénat est une opportunité pour « modifier l’article 37 pour permettre à Blaise Compaoré et son clan de régner à vie » A cela Me Sankara rassure. « L’article 37, que ce soit par le sénat ou autre chose, ne sera pas révisé » Cette Fatwa a reçu l’acclamation de la foule assortie de : « vive l’opposition ! Merci camarade ! »

On va marcher…

La mise en place du sénat est adoptée. Mais « la lutte ne fait que commencer » disent donc les anti-sénats. Pour l’opposition regroupée autour de son chef de file (Zéphirin Diabré), « le front est partout » Les opposants du sénat disent être pressés mais leur stratégie leur recommande d’aller à pas feutrés : « Nous sommes pressés, mais nous devons aller lentement » Ils vont utiliser « toutes les voies légales » pour ce faire. D’ores et déjà, ils entendent passer par « le front judiciaire » D’ici là, « nous allons appeler les populations à marcher sur toutes les artères et dans tous les arrondissements de Ouagadougou » Appel sera lancé également pour les autres coins du Burkina à marcher contre « ce sénat inutile et inopportun » selon leur propre terme. En tout cas, le chef de file de l’opposition fait savoir qu’un « mot d’ordre sera lancé courant juin » Zéph (comme on l’appelle) a donc invité les uns et les autres à se préparer pour ce « nouveau voyage » « Commencez à arranger vos chaussures. Nous allons marcher dans ce pays là ». D’où l’usage répétitif de : « On va marcher, on va marcher, on va marcher, marcher, marcher… »

Basidou KINDA

Le temps
L’erreur fatale de l’opposition
 ?

A l’Assemblée nationale, l’opposition a demandé à " voter à scrutin secret "
Mais le président de l’institution, Soungalo Ouattara a refusé ce mode de vote.
La raison est qu’il fallait déposer la requête 72 heures avant l’échéance. La
requête a été donc rejetée pour vice de procédure dans " la forme ". Une chose
que l’opposition reconnaît comme étant une insuffisance à son niveau et dit en
tirer des leçons pour les prochaines fois. Pour l’opposition " à bulletin
secret, la liberté est totale ". En effet, selon des rumeurs, certains élus du
CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) étaient dans une position de
voter contre la loi organique. Cela ne pouvait donc se faire que dans un mode de
" scrutin secret " La loi a finalement été adoptée à 81 pour et 46 contre. En
aurait il été de même si l’opposition avait pu déposer à temps sa requête
 ?
BK


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