Centrafrique : Triste fin pour un général sans étoffe

Publié le lundi 1er avril 2013

Bozizé a fuit Bangui. Il y a exactement 10 ans c’est le même sort qu’il avait fait subir à Patassé. Comme lui il est aujourd’hui refugié.

 

En Centrafrique, c’est le signe indien. Les rebellions chassent les présidents le temps de se faire chasser par une nouvelle rébellion. Le 15 mars 2003 c’était à la tête d’une fraction de l’armée en rébellion contre Ange Félix Patassé, que le général Bozizé entrait à Bangui, sous le regard bienveillant des troupes françaises et de celles des pays de l’Afrique Centrale. Une décennie après c’est le même scénario, mais avec Bozizié, dans le rôle de fuyard.

 

La malédiction des pouvoirs africains

Il y a quelques mois, alors que la rébellion du SELEKA était à la porte de Bangui, la communauté des Etats de l’Afrique Centrale s’était mobilisée pour sauver la tête de Bozizé. En contrepartie les accords de Libreville, conjointement garantis par Déby, Sassou et Ali Odimba imposaient un partage des pouvoirs et un engagement de Bozizé à ne plus se présenter en 2016, à la fin du mandat présidentiel qu’il conduisait. Puis, il s’est ragaillardi avec la présence des troupes Sud-africaines et n’a plus rien voulu savoir. Dans la formation du gouvernement d’union nationale, il fait le forcing pour imposer ses hommes dans les ministères clés. Il se comporte de sorte à humilier son premier ministre Nicolas Tiangaye à qui il flaque deux vices premiers ministres, histoire de lui rappeler qu’il n’est qu’un premier ministre. Les ministres de la rébellion ne sont pas épargnés. Bozizé met un point d’honneur à les ridiculiser. Il voulait que personne ne se trompe : le chef, c’est lui. A force d’entêtement il s’est aliéné tout le monde. Quand les rebelles de la SELEKA ont décidé de reprendre la fronde contre lui, il n’a trouvé personne pour le défendre. Les troupes Sud-africaines qui avaient la charge de sécuriser la capitale et la présidence sont ceux qui ont payé le plus lourd tribut à la chute de Bozizé. Ils ont été les seuls à affronter les rebelles et subi de lourdes pertes. Environ 14 militaires Sud-africains ont été tués dans la prise de la capitale Centrafricaine. Un moment on a même parler de « militaires sud-africains en perdition à Bangui ». Avec la fuite de Bozizé, la politique nationaliste africaine de Jacob Zuma prend du plomb dans l’ail. On se demande comment les Sud-africains vont réagir à l’humiliation de leurs militaires à Bangui.

Bozizé qui a renversé Patassé a fait du « ôtes-toi que je m’y mette ». Il a reproduit la même politique antidémocratique et népotiste qui avait perdu Patassé. Il pensait qu’il n’était pas obligé. La chute de ce général sans étoffe ramène au-devant de la scène, la mentalité africaine du pouvoir ; « si c’est arrivé aux autres c’est parce qu’ils sont moins malins que moi ». Blaise Compaoré disait de Tanja, quand tout le monde le vouait aux gémonies « qu’il lui avait dit qu’il allait dans le mur ». Le même Blaise qui avait dit ça à Tanja rêve de modifier la constitution pour ne pas quitter le pouvoir. Y a-t-il un président avisé pour lui dire à lui qu’il est entrain d’aller droit dans l’abîme ? Les petites gens qui broutent ses feuilles l’ont convaincu qu’il n’est pas comme les autres. Qu’il peut faire et réussir là-où les autres ont échoué. Il a fini par croire qu’il est invulnérable après avoir survécu à moult crises. Sauf que la sagesse bissa enseigne que « le danger vous emporte au moment où vous vous familiarisé avec lui » n

 

NAB


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