Coopération Etats-Unis/Afrique : Le Pentagone et la nouvelle stratégie américaine

Publié le dimanche 30 décembre 2012

Durant la guerre froide et les années qui ont suivi sa fin, l’Afrique occupait peu de place dans la géopolitique américaine. L’attaque terroriste du Wall Trade center le 11 septembre 2001 semble avoir complètement changé la vision des américains. Annoncé en 2007 par le président Georges Bush, le commandement unifié pour l’Afrique est opérationnel depuis octobre 2008. Il est basé à Stuttgart en Allemagne et rayonne aujourd’hui sur la totalité des régions africaines.

 

Le traumatisme causé par le 11 septembre a amené le gouvernement américain à repenser sa géographie militaire. Pour avoir un œil sur le monde, l’Amérique avait placé le globe sous trois commandements : le Central command (centcom) chargé du Moyen-Orient, y compris la Corne de l’Afrique, le Pacific command qui englobait Madagascar et les Iles de l’Océan Indien et enfin l’Euro command qui date de la guerre froide et qui s’occupait de la partie de l’Afrique considérée comme l’appendice des puissances européennes colonisatrices. Pour les stratèges militaires américains, l’heure est venue de revoir la géopolitique militaire en réunissant toutes les régions d’Afrique en un commandement unique, dans un but d’efficacité. L’objectif, c’est d’éviter que des territoires mal gérés ne deviennent des sanctuaires terroristes. Dans cette logique, Africom fut créé en octobre 2008. Toutefois le commandement africain aura une configuration différente des autres considérés comme conventionnels. L’Amérique est en effet confrontée à une crise économique aiguë qui l’oblige à des initiatives plus modestes. Finies les grandes bases militaires trop coûteuses et place aux petites unités auxquelles devront être assignées des objectifs mieux ciblés, de taille modeste mais aux résultats plus probants. La vision américaine n’est pas uniquement sécuritaire. Elle est surtout globale. Si elle identifie les défis sécuritaires que sont le terrorisme, le développement des organisations extrémistes violentes, la piraterie, le trafic illicite d’armes, de stupéfiants et de personnes elle pointe aussi du doigt les causes. Celles-ci ont pour noms : pauvreté, corruption, maladies, dégradation de l’environnement, toutes choses qui rongent la confiance des africains vis-à-vis des institutions nationales et vis-à-vis des autorités politiques. Pour la réflexion stratégique américaine, il y a là un large éventail de menaces à la fois nationales et transnationales, menaces qui pour les américains visent aussi les intérêts régionaux des Etats-Unis.

 

Les « intérêts régionaux » américains en Afrique

 

La sécurité est un concept qui ne se limite pas aux seules questions de terrorisme ou de trafics de tous ordres. Elle inclut également la sécurité économique. L’administration Bush qui a eu l’initiative de la création d’Africom avait estimé que l’accès au pétrole africain serait dorénavant considéré comme relevant de « l’intérêt national stratégique » des Etats-Unis. On sait que sur le terrain de l’énergie, la présence de la Chine est déjà effective sur le continent africain. Et comme l’économie tient le politique, les Etats-Unis considèrent que l’expansion de la Chine en Afrique est une menace. Le contrôle des sources d’énergie étant aujourd’hui un enjeu majeur entre les grandes puissances, on comprend donc que ce secteur soit considéré comme une priorité stratégique par le département d’Etat. Pour autant, la stratégie américaine ne consiste pas à envahir l’Afrique. L’option faite est celle qui consiste à construire des partenariats avec les africains. C’est un partenariat qui doit viser à renforcer les institutions démocratiques, contribuer à la promotion d’un leadership politique capable de comprendre et de faire face aux défis auxquels l’Afrique est confrontée et promouvoir un « coffre-fort » sécuritaire stable permettant aux africains de relever eux-mêmes les défis sécuritaires. Cette stratégie garantit un partage des coûts et des responsabilités tout autant qu’il garantit les intérêts américains. Aux yeux des stratèges du département d’Etat, cela permet d’assurer un rendement élevé avec des investissements modestes. Il est un proverbe africain dont les américains font leur devise : « Si vous voulez allez vite, partez seul ; si vous voulez aller loin partez ensemble ». Ils ont donc choisi d’aller loin avec les Africains. C’est une approche que les américains résument en trois mots : Diplomatie, Développement, Défense ou encore les 3 D.

 

Le lieu du siège d’Africom

fait polémique

 

Les responsables d’Africom démentent que le siège du commandement soit initialement prévu pour s’installer en Afrique. Derrière ce démenti, il y a une campagne qui annonçait l’invasion de GI’S sur le continent africain, avec une liste de probables pays d’accueil. Cette campagne avait obligé nombre de dirigeants africains à des positionnements publics pas du tout favorables à l’installation de bases américaines sur le sol africain. Cette campagne était alimentée par une série d’indices. En 2003, 1500 GI’S s’étaient installés dans une ancienne base française à Djibouti, et il était prévu qu’ils disposent de trois autres bases légères au Sénégal, à Sao Tomé et Principe et en Ouganda. Au cours de la même année, il y a eu, l’Initiative Pour le Sahel(PSI) qui a vu des commandos américains débarquer au Mali, au Niger, au Tchad et en Mauritanie. En 2005, on a parlé d’une autre initiative appelée « Initiative Transaharienne de lutte contre le Terrorisme. Celle-ci a concerné des pays du Mahgreb et quelques pays d’Afrique de l’Ouest. Puis il ya eu en novembre 2007, la réunion à Dakar des chefs d’Etats-majors de 9 pays du Mahgreb et du Sahel autour du commandant adjoint des forces américaines en Europe. Les américains soupçonnaient alors le GSPC de vouloir créer une succursale africaine d’Al Qaïda. Tout ce branle-bas avait fini par susciter commentaires et polémiques sur une soit disante offensive militaire américaine sur l’Afrique. On peut penser que face à cette levée de boucliers, l’administration Bush ait finalement choisi de rétropédaler pour finalement se positionner à Sttutgart en Allemagne. Cette base regroupe en effet les deux commandements de l’Europe et de l’Afrique. Il est indéniable que face à une Afrique encore incertaine, Sttugart offre de meilleures conditions de sécurité à la fois pour la logistique et pour les hommes. 

 

L’armée américaine

veut jouer la transparence

 

Si les armées ont la réputation d’être de grandes muettes, l’armée américaine veut rompre avec cette image qui donne à penser que l’institution militaire est un monde clos où s’élaborent des stratégies aussi obscures que secrètes. Une chose est établie comme une religion dans l’institution militaire américaine, l’armée est subordonnée à l’autorité civile. Elle se veut un instrument au service de la politique de défense de la paix. C’est ce message que les autorités américaines ont voulu faire passer, en invitant des journalistes africains du Burkina et du Niger à visiter Africom. Ces derniers, au nombre de dix ont été l’objet, du 26 au 30 novembre 2012 dernier, d’une attention particulière des autorités militaires et civiles d’Africom, qui à travers un programme marathon, fait d’exposés-débats et de visites de terrain, ont pu se faire une idée des activités menées par le commandement militaire américain pour l’Afrique. L’armée américaine dispose d’un journal, le Stars and Stripes qui, bien que lié au département de la Défense ne revendique pas moins son indépendance éditoriale. Le canard est distribué auprès de la communauté militaire américaine dans le monde. Elle a également une télévision cryptée, l’American Forces Network Europe AFN) également accessible aux familles des militaires américains en Europe. Par delà ces supports, il y a la volonté des autorités militaires américaines de communiquer, tant elles sont conscientes du rôle capital de l’information dans le succès de ses missions. L’armée américaine ne fait pas mystère de ce sa mission première c’est la défendre des intérêts américains dans le monde et en Afrique en particulier. Mais aux yeux des responsables politiques américains, les intérêts américains ne sont pas incompatibles avec les intérêts des pays africains. Ils affirment volontiers que leur pays a en partage avec l’Afrique, des intérêts économiques, politiques et de sécurité. C’est aux africains disent-ils d’identifier les domaines dans lesquels ils entendent promouvoir une coopération fructueuse avec les américains. Pour l’heure, quatre objectifs communs, axés sur la défense, sous-tendent cette coopération : avoir des forces capables et responsables qui fonctionnent avec professionnalisme et intégrité – Avoir des forces armées appuyées et soutenues par des institutions sécuritaires efficaces, légitimes et professionnelles - Avoir la capacité d’employer les moyens à l’échelle nationale et régionale pour dissuader, prévenir et vaincre les menaces transnationales - Avoir enfin la capacité de soutenir les efforts internationaux pour le maintien de la paix. D’importants programmes ont déjà été réalisés dans ces quatre secteurs et d’autres sont en cours de réalisation. Des programmes de formation militaire mais aussi des exercices militaires conjoints bilatéraux et multilatéraux. C’est le cas en particulier des exercices dits Flintlock. Le Burkina a accueilli Flintlock en 2010. Ce sont des exercices militaires impliquant plusieurs pays africains, européens et des unités de l’armée américaine. D’autres programmes comme ACOTA offrent des formations aux forces militaires africaines dans le domaine du maintien de la paix ou le programme IMET où des formations professionnelles sont proposées aux militaires africains dans les académies militaires ou autres institutions d’éducation militaires aux Etats-Unis.

Le Major général Mannon, secrétaire général d’Africom a été clair face aux journalistes africains : « l’Afrique, c’est l’avenir. Si nous ratons le partenariat avec les africains, nous risquons de ne pas participer à l’économie mondiale ». C’est le fameux partenariat « gagnant gagnant », cher aux américains.

Par Germain Bitiou NAMA


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