Bissa Gold : Les Ting-Nanamsé* de Bissa mécontents de la démolition de leur case sacrée

Publié le dimanche 30 décembre 2012

Le nouveau site du village de Bissa est à moins d’un kilomètre de Sabcé. C’est un site aménagé par la Société qui exploite la mine, Bissa Gold. Certains habitants déplacés fréquentent l’ancien site pour des raisons culturelles. Leurs fétiches y sont encore. Le Chef des Ting-Nanamsé, Wabelgba Sawadogo y va pour des rituels sacrés. Le fétiche de sa tribu qui y est resté ne peut pas être déplacé, parce qu’il ne sait pas comment le faire. C’est un fétiche ancestral selon les usages dans le village. Le Chef des Ting-Nanamsé, Wabelgba, âgé de 90 ans environ avoue ne pas avoir vu naître le fétiche, ni la maisonnette construite pour lui faire office de gite. A en croire les témoignages sur place, c’est un fétiche qui a traversé les temps. Les générations qui se succèdent ont le devoir sacré de se conformer à ses exigences. Ce sont des croyances fortement ancrées dans leur quotidien.

La destruction du gite de ce fétiche provoque l’émoi chez les Ting-Nanamsé de Bissa. Ils refusent de croire à ce que les responsables de la mine leur ont raconté. Il se dit que c’est en voulant tracer une route à l’intérieur du site minier que le chauffeur a, sans le vouloir, heurté la case. La tribu ne comprend pas comment un bull a pu rater la route pour cogner leur case sacrée. Surtout qu’avant de l’atteindre, deux autres cases, qui sont restées intactes, faisaient écran au « prédateur ». Ils font de Bissa Gold, seul responsable de ce qui arrive. Et pour cause, des engagements non tenus. La société aurait pris l’engagement de faire une clôture en grillage autour de tous les monuments sacrés de Bissa. De l’avis des Ting-Nanamsé, aucun de ces engagements n’a été respecté.


Le forfait commis, la société aurait engagé un processus de demande de pardon. Le chef pose comme préalable, qu’on lui amène le chauffeur du Bull, afin qu’il s’explique sur les circonstances de ce qui est arrivé. La rencontre a eu lieu le jeudi 13 décembre, dans la cour du chef Wabelgba. « Les représentants de la société avaient décidé d’aller, et de ramener le chauffeur ». Raconte-t-on chez les Ting-Nanamsé. Mais jusqu’ici ? Rien !

 

« Nous voulions faire la bagarre, mais compte tenu du message de paix que le gouvernement a lancé, nous voulons juste causer avec le chauffeur mis en cause, d’autant que depuis l’installation de la société, ce genre de chose n’est pas arrivé avant celui-là », constate le chef devant un parterre de notables.

 

Face à tant de mises en cause de la société minière, nous avons essayé de rentrer en contact avec la société. Nous avons buté contre un mur de procédures. L’Animateur principal de la mine joint au téléphone nous a expliqué qu’il ne pouvait rien dire sans l’aval de sa hiérarchie. L’autorisation pour qu’il parle devait être retirée au siège de la société à Ouagadougou. Nous avons insisté pour arracher un mot, mais peine perdue. 

Les jeunes de la tribu pensent que la situation est restée calme du fait que les anciens leurs ont interdit toute action avant d’avoir recueilli toutes les données sur l’affaire. Depuis, ils croisent les doigts et attendent que le chauffeur soit amené et questionné. Nous avons demandé à la cour du chef, quel type de question veut-t-elle poser au chauffeur ? La réponse : « Nous allons lui demander de nous dire pourquoi il l’a fait ?, Qui lui a dit de le faire ? »

Les Ting-Nanamsé, aujourd’hui riverains de la mine, formulent un souhait. Ils demandent le respect de leurs coutumes et de leurs croyances. Ils veulent aussi que Bissa Gold respecte ses engagements de départ. L’oralité est encore présente dans beaucoup de sociétés africaines. Pour les Ting-Nanamsé, les engagements pris devant le chef Wabelgba et son conseil oralement valent document juridique. En plus il y a la responsabilité sociale de l’entreprise. Faire clôturer les lieux sacrés afin d’éviter les manquements. Cela pourra contribuer au vivre ensemble en bonne intelligence. Ils en appellent aux défenseurs des traditions.


L’engagement des Ting-Nanamsé de Bissa à protéger leur fétiche et leurs coutumes, tient au rôle qu’ils leurs assignent. En effet, trois monuments sacrés (Tombeau, colline et le fétiche qu’abrite une case) jouent un rôle utilitaire pour les Ting-Nanamsé. « Les ancêtres répandent la paix, la santé et le bonheur sur tout le pays, pas seulement à Bissa », croient-ils. Cela explique le culte qu’ils vouent au sacré et la colère qui les habite en ce moment où, de leur avis, l’Etat demande aux différentes communautés et croyances de prier pour la paix au Burkina Faso. Du reste, ils confient que durant la crise ivoirienne et même malienne, la troïka sacrée a servi à « intercéder auprès des mânes pour que les ressortissants Burkinabès ne soient inquiétés dans leurs pays d’accueil ». Aussi, les indigènes se satisfont-ils d’avoir œuvré à ce que l’installation industrielle de la société se fasse sans problème, par invocation des mânes. Le chef Wabelgba (plus de 90 ans) aurait versé des larmes quand-t-il a appris que la case sacrée qui servait d’abri au fétiche a été démolie, preuve de son attachement à cette tradition.

 

Les incompréhensions semblent ne pas se limiter à la case sacrée « Aujourd’hui, la société nous demande aussi de venir déplacer le tombeau sacré dans lequel repose tous nos chefs ». C’est le caveau familial de la chefferie de la tribu des Ting-Nanamsé de Bissa. Ils estiment ne pas pouvoir le faire, du fait qu’ils sont « nés trouver ça, même le chef qui a plus de 90 ans n’est pas né avant le tombeau-là », lance Songbamba Sawadogo, notable. C’est depuis Bousséré, l’ancêtre commun à la tribu. Tout semble être à leurs yeux une question de respect des engagements que la société aurait pris au départ, de ne rien gâter sur les lieux. Et Lallo Sawadogo, membre du conseil du chef me posa la question : « Peux-tu déplacer une tombe ? Et comme tu es allé à l’école, as-tu déjà appris qu’une tombe est déplaçable ? » Pour ne pas donner l’impression d’avoir pris parti, le silence nous a semblé une bien meilleure réponse. En tous cas les Ting-Nanamsé ne souhaitent pas aussi le déplacement du caveau, en même temps qu’ils exigent le respect de leur fétiche par les exploitants miniers.

 

*Une tribu du village de Bissa, chargé des rites coutumiers.

 Par Wilfried BAKOUAN


SOS pour la paix sociale

Un conflit qui oppose une communauté aux croyances ancestrales fortement ancrées dans les mœurs que rien ne semble pouvoir modifier et une société qui veut s’étendre à tout prix. En attendant que le chauffeur soit retrouvé et amené chez le chef, c’est une colère qui couve. Pour peu qu’on sache ménager la chèvre et le choux, l’indigène attaché à son passé et à sa culture et l’allochtone dont le crédo est de trouver sous les carrières de quoi renflouer ses caisses. Le conflit n’est pas encore ouvert. Il ne le devrait pas, à la condition sine qua non de saisir déjà le taureau par les cornes. L’autorité en se mouillant à temps, peut éviter l’irréparable dans cette bourgade de quelques âmes qui déjà, ont fort à faire pour trouver de l’eau de boisson. Les sociétés minières se multiplient au Burkina Faso et les contestations face aux conséquences de leur activité sont toutes aussi grandes. Peut-être qu’il est temps d’organiser les états généraux des exploitations minières afin de mettre certaines choses au point !

WB


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