Arrondissement 4 : Pourquoi le CDP ne veut pas la reprise du scrutin ?

Publié le dimanche 30 décembre 2012

 

Le feuilleton continue entre le CDP et les partis politiques qui demandent la reprise des élections dans l’arrondissement 4. Le Parti au pouvoir a fait appel du jugement devant le Conseil d’Etat. Une obstination qui inquiète maintenant l’opposition. Le Faso Autrement et les autres partis qui veulent la reprise sont sûrs de battre le CDP dans les urnes. Le maire de Nongr Massom mis en cause dans les irrégularités n’a pas que l’opposition contre lui. Son propre camp lui en veut. La FEDAP/BC espère le remplacer.

 

La reprise des élections dans l’arrondissement 4 de Ouagadougou ne plait pas au CDP. Débouté devant le tribunal administratif le 19 décembre, le parti au pouvoir a fait appel du jugement devant le Conseil d’Etat. Leur argument, ils n’étaient pas représentés lors du jugement du 2 décembre. Le Faso Autrement et les autres partis qui réclament la reprise du scrutin commencent à perdre la sérénité. « Avec le tribunal administratif nous avons de jeunes magistrats courageux qui peuvent dire le droit. Au Conseil d’Etat, c’est autre chose. Si le CDP insiste pour aller au Conseil d’Etat, il y a anguille sous roche. Parce qu’à partir du moment où l’annulation a été prononcée par le tribunal administratif, le CDP devait accepter le verdict et permettre la reprise. Mais aujourd’hui, ils sont sûrs que si le scrutin est repris dans la transparence, l’opposition passe sans faute dans l’arrondissement 4. » Nous confie un candidat d’un parti. Le CDP avait obtenu 14 conseillers sur les 20 que compte l’arrondissement. C’est Le Faso Autrement qui a été le principal acteur dans la recherche des preuves des irrégularités pour demander l’annulation du vote dans l’arrondissement 4.

 

Le rôle du candidat de Le Faso Autrement

 

Tout est parti avec Oumar Sawadogo candidat de Le Faso Autrement. Il dit bien connaitre le maire, Zakaria Sawadogo. Durant la campagne, les deux hommes n’ont pas cessé au cours des meetings de se lancer des piques. Oumar Sawadogo était un candidat visible dans l’arrondissement. Ayant plus de moyens que la plupart des autres candidats de l’opposition, il arrivait à rassembler beaucoup de gens au cours de ses meetings. Ces grands rassemblements ont paniqué le camp du CDP. Le jour du vote, Oumar a décidé de filer le maire. Trente jeunes ont été spécialement recrutés pour sillonner l’arrondissement. Ce sont eux qui supervisent les opérations de vote pour le compte du parti. Oumar lui-même était le superviseur général. Dès le matin, la rumeur a circulé dans l’arrondissement que des gens auraient aperçu le maire transportant des urnes dans son véhicule. Vers 10h, Oumar est encore informé par ses superviseurs que le maire circule avec des bulletins de vote dans son véhicule. Cette fois ci, Oumar arrive à le rattraper. Les deux hommes échangent. Le candidat de Le Faso Autrement demande au maire pourquoi il circule avec les bulletins de la CENI. Il exige qu’il remette les bulletins à la CENI. Zakaria n’obtempère pas. Oumar le suit jusque dans les bureaux de vote. « Je sais de quoi il est capable. Je n’ai pas voulu le lâcher une minute » affirme Oumar Sawadogo. Il suivra le maire qui devait rencontrer François Compaoré et Arthur Kafando. Pendant qu’ils étaient en conversation, Oumar appelle des candidats d’autres partis qui sont venus le rejoindre. Ils tenteront de créer un scandale devant les responsables du CDP. Les gens commencent à se regrouper et François est obligé de partir. « Quand nous étions face à face avec François. Nous n’avions pas peur de lui. Mais nous étions conscients. Il y a quelques années de cela, on n’oserait pas engager des discussions chaudes avec ces gens. Aujourd’hui nous n’avons pas peur d’eux. Norbert Zongo s’est sacrifié pour nous, nous devons aussi être à un moment donné utiles à notre société. Ils ne nous font plus peur. » Lâche Oumar Sawadogo.

Des manifestants réclamant la reprise des votes

C’est encore lui qui a révélé l’ouverture tardive d’un bureau de vote à l’école de Toudbweogo. C’est au cours de la supervision qu’il a croisé les véhicules de la CENI. Il se lance à leur poursuite jusqu’à l’école de Toudbweogo. Il se rend compte que c’est le président de la CENI qui est venu lui-même ouvrir un bureau de vote. Il était pratiquement l’heure de la fermeture. Dans la discussion avec le président de la CENI, le lendemain celui-ci proposait à Le Faso Autrement l’annulation du vote dans ce bureau de vote. Le parti refuse et réclame l’annulation du scrutin dans tous les 161 bureaux de vote que compte l’arrondissement.

 

Les constats d’huissier

 

Dès la matinée du 3 décembre, les partis politiques avec encore à leur tête Le Faso Autrement font venir un huissier pour un constat à la mairie de Nongr Massom. Dans le procès verbal de constat produit, il ressort qu’il a été retrouvé sur place 685 cartes d’électeurs vierges,44 formulaires de vote par dérogation vierges,384 bulletins d’élections municipales paraphés et votés, 53 feuilles de dépouillement d’élections législatives vierges, 123 procès verbaux des opérations électorales municipales vierges,284 bulletins législatives paraphés et votés,307 bulletins d’élections législatives agrafés et non paraphés… Au cours de l’audience au tribunal administratif, ce sont ces preuves qui ont été présentées au juge par Le Faso Autrement et les autres pour demander l’annulation du vote dans l’arrondissement. Entre temps l’UPC s’est désistée de la procédure et les autres n’ont pas compris cette attitude du parti de Zéphirin Diabré. Pour eux c’est de la trahison. Mais selon les responsables de l’UPC, il n ya pas d’incohérence dans leur comportement. En fait l’UPC se battait pour exiger l’annulation du vote dans tout le Kadiogo. Le parti avait déposé son recours devant le Conseil constitutionnel. Les partis politiques qui demandent l’annulation du vote dans l’arrondissement ont dénoncé au cours de l’audience la présence de Me Bouyain aux côtés du CDP. Il est le coordonnateur du centre de compilation des résultats au Kadiogo. Les partis politiques estiment qu’à ce titre il doit être neutre. Ils étaient alors surpris de le voir défendre le CDP au cours de l’audience du 19 décembre. Apparemment, ils ont été entendus. Le nom de Me Bouyain ne ressort pas dans le collectif d’avocats qui doit défendre le CDP devant le Conseil d’Etat.

 

Les problèmes du maire avec la FEDAP/BC

 

Dans l’arrondissement 4, Zakaria n’a pas que l’opposition comme adversaire. Au sein de son propre parti, il doit se battre pour se maintenir. C’est une vieille histoire. La FEDAP/BC a organisé avec des partis de l’opposition des manifestations hostiles au maire depuis 2011. On le dit proche de Simon Compaoré et de Roch. La FEDAP/BC s’est bien préparée pour le remplacer à la faveur de ces élections. La liste initiale des candidats pour les municipales du CDP qu’il a proposée à l’issue des assemblées générales a été profondément modifiée. Désormais ce sont les militants de la FEDAP/BC qui dirigent le parti dans l’arrondissement. Ils ont été bien positionnés sur la liste avec à leur tête l’ex premier adjoint au maire, Anatole Bonkoungou qui est en réalité le principal adversaire du maire dans l’arrondissement. Les deux hommes ne s’aiment pas. Sur les 14 conseillers élus le 2 décembre, la plupart d’entre eux sont des militants de la FEDAP/BC et très proches du coordonnateur de l’arrondissement Anatole Bonkoungou. Il a l’avantage d’avoir le soutien de certains conseillers de l’opposition qui sont prêts à soutenir sa candidature lors de l’élection du maire. Mais rien n’est sûr. Certains partis de la mouvance comme RFI et le MAP qui avaient pu avoir chacun 1 conseiller dans l’arrondissement sèment le doute. Les adversaires du maire y compris ceux de la FEDAP/BC le soupçonnent d’avoir soutenu ces partis pendant les élections pour pouvoir se maintenir. A l’issue des élections du 2 décembre, le CDP a organisé une rencontre avec ses militants dans l’arrondissement. Les militants de la FEDAP/BC ont refusé que le maire prenne la parole sous prétexte justement qu’il a soutenu des partis adverses pendant la campagne. Une rencontre qui s’est terminée en queue de poisson avec la bagarre entre les partisans du maire et les militants de la FEDAP/BC.

Par Moussa Zongo


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