Les trois gardiens du temple « Compaoré » : Kéré, Millogo et Béa

Publié le dimanche 30 décembre 2012

Dans une démocratie, le pouvoir vient du peuple, par le biais du vote. La justice veille à la conformité des résultats. Les médias contrôlent, en chiens de garde, l’ensemble de l’armature. Pour régner en démocratie comme dans une autocratie, il faut savoir durablement tenir ces trois piliers. Le système Compaoré y est parvenu et a trouvé les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Tout est désormais possible dans ce pays dont la démocratie n’est plus verrouillée, comme l’avait constaté le MAEP, mais confisquée, purement et simplement.

 

Beaucoup s’attendaient à la décision du Conseil constitutionnel, telle qu’elle a été prononcée le 21 décembre au soir, sauf qu’on se demandait, comment il allait s’y prendre après le boulet de la décision du juge administratif qui a annulé les résultats de l’arrondissement 4 de Ouagadougou. Le Conseil constitutionnel pouvait-il considérer que ce qui avait prévalu pour les municipales ne valait pas pour les législatives ? S’il prenait en compte les graves irrégularités observées à l’arrondissement 4 qui concerne près de 70 000 électeurs (le quotient électoral au Kadiogo est de 58 118), pouvait-il seulement se contenter d’aller dans le sens du Conseil d’Etat mais en considérant que l’annulation n’affectait pas les résultats tels que proclamés par la CENI ? C’était très difficile, on s’imagine !

La réponse est maintenant connue. Le Conseil constitutionnel de Millogo a fait mieux. Il a fermé les yeux sur tout. Il a repris les résultats de la CENI, s’est donné la peine de regarder les bulletins « nuls ou sur lesquels il n’y a pas eu d’accord », fait ce qu’il faut pour ne rien changer au total et a confirmé les résultats de la CENI.

Millogo a ainsi refusé de vider le contentieux, alors que le processus était en cours. L’avocat de l’UPC avait introduit la requête et de bonnes sources, les conseils du CDP y avaient répondu. Il fallait maintenant à la haute juridiction organiser le contradictoire, en séance publique et prendre une décision. Contre toute attente, ce processus a été interrompu et les résultats de la CENI confirmés. Que s’est-il passé pour que ce processus de jugement du contentieux ne soit pas allé jusqu’au bout ? On n’en saura jamais rien, sans doute. Les grands juges sont Dieu et décident selon leur bonne volonté. En pareille circonstance, ils décident dans le sens de ceux qui les ont fait « Dieu ». De toute façon, leur décision est insusceptible d’appel.

 

Le processus de confiscation de la démocratie est maintenant total !

 

L’édifice est maintenant solidement en place. La démocratie Burkinabè peut tourner à vide et reproduire à l’infini, les mêmes résultats. Le vote du peuple est bien encadré par une CENI dangereusement tenue en laisse. Le président Kéré, depuis le début, s’est évertué à créer les conditions d’un dévoiement de l’expression du peuple. Dès la désignation des opérateurs de la biométrie, en introduisant subrepticement un opérateur non retenu au départ, le français SAGEM. Explication de Kéré « il craignait que SAGEM n’affirme après le dépouillement qu’il pouvait faire l’opération à moindre coût. Les gens l’auraient accusé, lui Kéré, d’avoir fait un deal ».

Quelques jours après, ce sont deux marchés complémentaires de plus d’un milliard qui sont accordés à la succursale burkinabè de l’opérateur français retenu, Softnet et à l’agence de communication EDIFICE, par la procédure du gré à gré. L’explication du cabinet de Kéré « l’agence de communication a tellement bien présenté les choses que nous y avons cru ». La suite est connue. EDIFICE a empoché ses 500 millions de francs CFA et a fait le service minimum sur le terrain. SOFTNET a quant à lui pris possession de ses 700 millions sans presque rien faire non plus, puisque le recrutement et la Formation ne sont pas dans son objet social.

Puis est venu l’épisode de Gourcy. Kéré, himself a ordonné, en violation du code électoral, que la CECI Gourcy reçoive la deuxième liste du CDP. Il s’est ensuite déplacé sur place pour entreprendre « une facilitation » entre les deux factions CDP de la commune. Son explication : « des informations lui sont parvenues indiquant la volonté d’un groupe de prendre en otage les élections à Gourcy et par là même, de perturber la paix sociale après le scrutin ». Il y est parvenu au-delà de ses espérances. Les juges ont pris son relais et ont imposé le choix qu’il suggérait.

Les derniers actes, le Vsat et le choix de l’imprimerie « Martin Pêcheur » pour l’impression des bulletins de vote. Le maire de Nongr Massom, c’est le propriétaire de l’imprimerie ; lui-même candidat aux municipales, il s’est saisi de l’aubaine pour produire les bulletins à profusion, et faire ouvrir des bureaux de vote à sa guise. Ceux des commissaires de la CENI, à qui il reste encore un brin de bonne conscience sont formels : « le cas de l’arrondissement 4 dépasse tout entendement ». La CENI, après avoir hésité a quand même proclamé les résultats du Kadiogo. Elle n’a pas fait d’observations particulières à la proclamation, parce que « cela ne rentre pas dans ses prérogatives », selon une source à la CENI. Le Conseil constitutionnel lui n’a pas hésité. Il a validé les résultats de la Commission électorale.

C’est désormais au troisième pilier du système de rentrer dans le jeu. Béa doit veiller maintenant à bien tenir la bride des journalistes. Il ne faut surtout pas que les hommes de média critiquent. Pour prévenir toute tentative, elle a sorti son épée contre notre confrère Le Quotidien, dans une histoire vénielle. La sanction contre Le Quotidien est plutôt adressée aux téméraires analystes des médias : « Attention j’ai le pouvoir de vous suspendre ». En cette affaire, c’est l’histoire de l’imbécile, du doigt et de la Lune. Quand on indique la lune à l’imbécile, il regarde le doigt. Si les médias burkinabè s’arrêtent au « doigt de Béa », ils auront un réveil cauchemardesque.

 

Attention au loup qui s’habille de la peau de l’agneau ! 

 

C’est Ki-Zerbo, avec son sens de la formule qui parlait de notre démocratie, comme d’une belle carrosserie vide à l’intérieur. Le système est aujourd’hui encore plus ressemblant à cette description qu’il n’y paraissait au début du processus dans les années 1990. Au début, il était simplement verrouillé. Il est à présent dévoyé. Pour y parvenir, il s’appuie insidieusement sur des institutions qui ont encore du crédit dans ce pays. La première institution est l’Eglise catholique. C’est son représentant qui est président de la CENI. Laquelle CENI a travaillé méthodiquement au résultat que nous savons. Le deuxième pilier, c’est la justice. D’elle, de toute façon personne ne se fait vraiment d’illusion. Mais elle est institutionnellement incontournable. Même « acquise », il fallait encore la réduire. Bientôt, pour faire bloc aux éventuelles critiques, on devrait la lancer aux trousses de quelques « corrompus » (comme si on pouvait faire pire que voler les suffrages). Luc Adolphe Tiao l’a annoncé. Elle va être sûrement « cruelle » pour montrer qu’elle sait mordre quand on le lui ordonne.

Enfin ! La presse. Il va falloir qu’elle se taise et se couche. Béa, opportunément secondée par le magistrat Bonzi Birca, ancien président du bien nommé « SAMAB », va être très méchante. Elle va « mordre » durement tous les journalistes qui s’aventureront à faire leur travail. Elle va le faire légalement et proprement. Dans les Réformes, un article liberticide de la nouvelle loi sur le CSC, qui semble avoir échappé à tout le monde, lui en donne le droit. Même quand cette disposition remet en cause le régime de la presse qui est celui de la simple déclaration et de l’absence de censure. Jusque là, c’était le juge qui avait la responsabilité de suspendre les médias. Maintenant, ce rôle, décrié, est réattribué à une institution administrative partisane, dont le président est institutionnellement issu des membres choisis par le président du Faso. Béa est désignée par le président du Faso dont elle a été des années durant l’ambassadeur. C’est logiquement donc qu’elle considère qu’elle est toujours en service commandé pour le président du Faso au CSC.

Notre démocratie entre désormais dans une nouvelle ère. A quel port nous mènera-t-elle ? Peut-être qu’il ne faudra pas attendre longtemps pour le savoir.

Par Newton Ahmed BARRY



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