Assassinat de Norbert Zongo : L’Etat responsable, nous aussi

Publié le dimanche 30 décembre 2012

Au lendemain du 13 décembre 1998, Newton Ahmed Barry écrit ceci : « Si l’Etat n’est pas coupable, il est quand même responsable » Cet écrit répondait, en effet, à la réaction du ministre de la justice d’alors Larba Yarga qui a essayé de « laver les mains de l’Etat » Ce dernier avançait plutôt la thèse selon laquelle Norbert Zongo « a été victime d’une altercation avec des agriculteurs » du fait que leur cohabitation avec les animaux de son ranch posait problème. L’Etat est le garant de la protection et de la défense de tous ses citoyens d’où qu’ils se trouvent. Les manifestations qui ont suivi ce drame lui ont conféré une dimension nationale. De son vivant, Norbert Zongo « disait ne pas comprendre le silence des organisations politiques et de la société civile par rapport à son combat » selon le témoignage de Germain Nama. Ces organisations qui devaient servir de relais à ses écrits restaient plutôt muettes. « Le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens biens » ne cessait-il de dire. L’homme était laissé à lui-même et était quasiment seul devant un ennemi qui jurait d’avoir sa peau.

La presse ne peut soulever des montagnes (bien qu’elle soit considérée comme le 4e pouvoir) à plus forte raison un seul journaliste, tant que l’opinion publique, dont les organisations politiques et celles de la société civile ne suivent pas. Cette même attitude demeure toujours aujourd’hui comme une malédiction. Combien de fois la presse a dénoncé des cas d’injustice, de corruption, de malversations financières sans obtenir de répondant. Chacun doit s’interroger sur lui-même, sur ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait. Comme une prémonition, Norbert Zongo s’était interrogé : « Supposons aujourd’hui que L’Indépendant arrête définitivement de paraître pour une raison ou une autre (la mort de son directeur, son emprisonnement, l’interdiction définitive de paraître, etc.) Nous demeurons convaincu que le problème David restera posé et que tôt ou tard, il faudra le résoudre. Tôt ou tard ! » In L’Indépendant N°274 du 8 décembre 1998. Cinq jours après, Henri Sebgo tombait sous le coup des balles assassines la plume à la main. Rien qu’un Héros. Et comme l’a si bien dit Thucydide « Des hommes illustres ont pour tombeau la terre entière » Que ton âme repose en paix dans tous les quatre coins du Burkina ! 

 Basidou KINDA

 


Qui était Norbert Zongo ?

Thème de la conférence animée par Germain Bitiou Nama, Justin Coulibaly et Me Farama au Centre national de presse Norbert Zongo (CPN/NZ)

« A quoi sert un héros, surtout mort ? » Interroge ainsi Me Farama. « Il sert de références, de fable pour les générations » dit-il. Norbert est pour lui, « un héros de son vivant et plus à sa mort » Beaucoup de personnes l’on connu journaliste. Mais « Il n’était pas un simple journaliste. Il avait la capacité d’indigner, de soulever l’indignation au sein des populations. Ce qui faisait peur au pouvoir (en place) » selon Germain Bitiou Nama. Pour Me Farama, Norbert Zongo est « l’incarnation du combattant de la liberté et de la justice » Mais en réalité Norbert Zongo était « un homme complexe qui s’est construit dur » selon Germain Nama. Il était en effet, journaliste, éducateur et écrivain. Educateur, « il s’est battu améliorer les conditions des enseignants » Journaliste, il a laissé une empreinte indélébile au niveau du Synatic. A travers son journal, L’Indépendant qui « était devenu une véritable institution » l’homme a voulu toucher le maximum de personnes, la masse. Henri Sebgo, de son nom de plume, a été un « franc-tireur » (sniper) qui avait le souci d’inscrire son combat dans le sens de l’histoire. Le journaliste est-il un pion du pouvoir ? Beaucoup de langues l’ont pensé ainsi. Norbert, l’anarchiste, comme on l’appelait aussi, a été taxé de communiste. « Il savait ce qu’il faisait et n’avait (d’ailleurs) pas de parti politique » a dit Germain Nama

Norbert Zongo a eu un impact sur la jeunesse. Me Farama ne dit pas le contraire. « Ma carrière a été rythmée par Norbert Zongo » a-t-il dit. Il ne l’a connu que pendant son enquête sur la mort de David Ouédraogo. C’est là que qu’il que ce dernier et autres « ont été bastonnés et cuits comme un méchoui (mouton entier que l’on fait cuire à la broche) » L’homme « était d’abord l’ami des jeunes » témoigne M. Nama. De ce fait, il avait eu un « impact endormi » sur la jeunesse. « En l’assassinant, ils ont éveillé cet impact endormi » dit Me Farama. Les manifestations des étudiants sont illustratives. Aujourd’hui, le jeune avocat (stagiaire à l’époque) garde de Norbert Zongo trois (3) aspects. Pour lui, Henri Sebgo à lui seul représentait une grande part de la société civile. Il était le défenseur de la veuve et de l’orphelin. Et comme anecdote, dit Me Farama, « il arrivait de l’avoir comme avocat » plutôt qu’une coalition d’avocats. Le seul journaliste à pouvoir faire radier des avocats du barreau (cercle fermé et solidaire de ce corps). Une chose est sûre, « Norbert a bouleversé notre pays » a dit Dr Tall.

 


Assassinat de Norbert Zongo : Le lieu du crime immortalisé à Sapouy

 

Le marquage du lieu est un signe de la victoire du peuple en quête de justice dans un pays où on parle de « rectification ». C’est-à-dire la transition des régimes d’exception à celui de la démocratie. Paradoxe : le crime le plus odieux est commis sous ce régime.

20 décembre 2012 à 11h 15mn le Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ) en collaboration avec Semfilms et ses partenaires, ont procédé au marquage du lieu du drame avec une plaque à l’effigie du regretté. C’est donc une date historique aussi bien pour les assoiffés de la justice burkinabè mais également pour les bourreaux de Norbert Zongo. « Plus personne ne passera en ces lieux sans remarquer ou se souvenir du 13 décembre 1998 ! » pour citer Abdoulaye Diallo du CNP/NZ. On peut lire sur la plaque : « Norbert Zongo. Ici est tombé ce grand journaliste d’investigation, le 13 décembre 1998 » Pour imager la puissance de ses écrits, c’est une plume qui crache du sang.

L’émotion était grande tant des yeux larmoyaient. Le rêve est devenu une réalité. « Nous venons d’écrire un paragraphe de cette histoire douloureuse afin de montrer aux bourreaux de Norbert Zongo que jamais nous n’oublierons ce crime d’une telle horreur » a dit Jean Claude Méda, président de l’Association des journalistes du Burkina (AJB), prenant la parole au nom du comité du pilotage du CNP-NZ. En 2000, en effet, pour première tentative, le convoi qui venait de Ouagadougou et conduit par Me Halidou Ouédraogo a été bloqué par les forces de l’ordre à 5 km de Sapouy. Le marquage du lieu du drame est donc « un sentiment que les choses ont bougé. On voit aujourd’hui le lieu où ce grand journaliste, reporter a été assassiné » a dit le rappeur Smockey. Pour ce dernier depuis ce jour de haine c’est-à-dire le 13 décembre 1998, Norbert Zongo est devenu immortel et le peuple burkinabè dans son ensemble finira par avoir raison de la vie sur la mort. « C’est un devoir de mémoire » dira pour sa part Guy Zongo, fils de Norbert Zongo. Aubin Zongo, frère du disparu, était porteur d’un message de remerciement de la part de la maman. « Les guignols ont décidé de faire de ce qu’ils veulent de la vie de Norbert. Ce qui est sûr, que ce soit avec des Compaoré ou (autres) la lumière jaillira » a dit Aubin Zongo. Halidou Ouédraogo, malgré son état de santé n’a pas manqué au rendez-vous. « Norbert est un héros. Si je ne trompe pas de mots, il est devenu immortel. Il faut qu’on sache un jour pourquoi ses assassins l’ont criblé de balles, l’ont arrosé d’essence, d’alcool. Que la mort de Norbert Zongo ne soit pas un vain sacrifice » a dit Me Ouédraogo.

 

Basidou KINDA



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