« Ombre d’espoir » : Le contraste qui parle

Publié le vendredi 16 novembre 2012

Le contraste utilisé dans une pièce théâtrale évite souvent d’apporter des réponses toutes faites au public. Dani Kouyaté, metteur en scène de la pièce « Ombre d’espoir » présentée samedi 3 novembre dernier dans le cadre des Récréâtrales, a privilégié ce style.

 

« Ombre d’espoir ». Le titre en lui-même est un paradoxe : une ombre peut-elle être porteuse d’espoir ? La couleur de l’espoir n’est-elle pas souvent le vert ou le blanc ? De toutes les façons, dans l’esprit du spectateur lambda, le noir, que suggère l’« ombre », s’associe peu avec l’espoir. Dani Kouyaté, le metteur en scène de cette pièce écrite par le Congolais Wilfried N’Sondé, le sait du reste fort bien et semble vouloir choquer ou attirer l’attention du spectateur par sa prédilection pour le contraste. D’entrée de jeu, c’est un décor qui laisse percevoir deux choses contraires : la lumière projetée dans un anneau et l’obscurité qui règne au bord de cet anneau.

Ensuite, quand le spectacle commence au cours de cette soirée du samedi 3 novembre à l’Atelier Théâtre Burkinabé (ATB), la première scène est celle d’un couple mixte, celui de Moussa, l’ingénieur africain, et de Brigitte, l’Allemande, qui filent en Europe le parfait amour. Pas pour longtemps : le bonheur n’est jamais éternel. Le contraste apparait avec l’arrivée de Fatou, la sœur de Moussa. Elle est tout le contraire de son grand frère : elle n’a pas de mari, elle est SDF, elle n’a pas de papiers. Bref, elle est loin d’être heureuse. Car elle a peur. Peur d’être chassée. « Si je retourne en l’état en Afrique, quelle honte pour moi ! lance-t-elle à son frère. Mes amis, mes propres parents se moqueront de moi car je n’aurai rien à ramener au pays ». Alors, il faut trouver une solution. Mais laquelle ? Nouvel élément de contraste : l’ingénieur Moussa, devant sa femme allemande effarée, envisage d’épouser sa sœur Fatou pour lui épargner un rapatriement.

Fatou pourrait être sauvée. Mais Brigitte, elle, a des doutes. Elle a des difficultés pour bénéficier du regard de Moussa. Elle essaye de lui rappeler le début de leur rencontre lorsque tout était parfait. Pour vivre cette scène, l’auteur accorde une place de choix à la musique. Les deux amoureux, baignés par la lumière d’un projecteur, dansent. Ils se rappellent leurs instants de bonheur. Pendant ce temps, Fatou, refugiée dans l’obscurité, observe la scène. Chaque fois, le metteur en scène joue sur l’opposition des sentiments, des lumières, des jeux. Lorsque Brigitte accepte, enfin, l’idée du mariage entre son mari et sa belle-sœur, elle demande à son amie Karin d’en être témoin. Celle-ci accepte, sans bien comprendre, mais constate après le subterfuge. Son enthousiasme initial se transforme en perplexité : comment peut-on être le témoin du mariage de la rivale de sa meilleure amie avec le mari de celle-ci ?

Autre contraste : alors que la parfaite entente entre Fatou et Moussa devient permanente, l’ombre du désespoir plane dans la vie de Brigitte qui se trouve dans l’obscurité de l’anneau, un refuge pour méditer sur son sort. La musique est jouée de plus belle en ces moments de tristesse. La pièce se termine par une scène qui place Brigitte en pôle position, en hauteur sur une des planches dont s’est servi le metteur en scène, tandis que son mari est juste derrière elle et, Fatou, beaucoup plus en retrait, craintive, comme si elle redoutait que l’Allemande arrive à dissuader Moussa de célébrer le mariage avec elle. « Comment envisager la vie à trois ? interroge Brigitte, debout face au public. Qu’est-ce que je t’ai fait, Moussa, pour que tu penses à ce mariage ? ». Questions sans réponses, adressées à un mari prostré, qui semble se retrouver en face d’un dilemme, écartelé entre deux logiques contradictoires : celle de l’Occident, qui lui demande de penser d’abord et avant tout à son foyer, et celle de l’Afrique traditionnelle, qui lui impose le devoir d’aider une sœur en difficulté. Y a-t-il un choix possible ? Le metteur en scène se garde bien d’apporter des réponses. Il laisse au public, resté silencieux et attentif tout au long du spectacle, le soin d’y répondre.

 

Michaël Pacodi

pacomik@yahoo.fr



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