Un livre sur le mouvement social de 2011 au Burkina Faso

Publié le vendredi 16 novembre 2012

« La crise est derrière nous, puisque depuis plus d’un an nous n’avons plus de débats sur ce qui s’est passé. » C’est en ces termes que s’exprimait le Président du Faso, à l’issue de la rencontre qu’il a eu avec les représentants des forces armées le 29 octobre 2012. L’année derrière après de tels propos rassurant en avril, la soldatesque avait remis la terreur dans les rues des villes du Burkina Faso. Presque partout où il y a avait une caserne ou une garnison militaire ce fut la mutinerie que le pays n’a jamais connu auparavant. Le malaise était grand et l’expression parfois démesurée. Casse, vol, viol, traumatisme sur des innocents dans des orphelinats, les dommages ont étés profonds, même sur des gagnent-petits. Alors, la sympathie s’est muée chez certains en antipathie. La chose s’est passée au moment où le printemps arabe faisait chuter les dictateurs Ben Ali, Moubarak puis Kadhafi. Certes grâce à la tempête,de nombreuses victoires partielles et sectorielles ont été acquises par les travailleurs, toutefois, la vendeuse de haricot qui s’est fait dépouiller de ses maigreurs, après avoir été violentée, n’a eu que ses yeux pour pleurer. Certaines personnes ont tout perdu, d’autres ont touché le jackpot (suivez mon regard !). Le peuple hébété regarde et essaye de comprendre. Pas facile tout ça ! Doit-on commencer l’histoire du mouvement social du Burkina Faso en partant de la mort du jeune collégien Justin Zongo, en février 2011 ou de celle du journaliste émérite Norbert Zongo en décembre 98 ? C’est la difficile gymnastique à laquelle se livre Lila Chouli chercheure associée à l’université de Johannesburg, en Afrique du Sud et passionnée du Burkina Faso. Elle a déjà écrit dans la revue du CODESRIA en 2009 un article sur « La domestication des étudiants du campus de Ouagadougou : la crise de juin 2008 » .Burkina Faso 2011. Chronique d’un mouvement social est le titre de l’ouvrage de 318 pages, qu’elle a publié aux éditions tahin party à Toulouse (France) en septembre 2012. Elle revient sur le mouvement social au Burkina Faso. Un peu rapidement, l’auteur qui n’a certainement pas eu un accompagnement technique burkinabè pour relecture, fait quelques erreurs sur des noms de personnalités et des dates d’événements importants. Des livres d’histoire très contemporaine ne s’écrivent-ils pas toujours à chaud ? Sinon, les idées ça vole (dans tous les sens du mot). L’ouvrage est une chronique politico-sociale sur le Burkina Faso surtout depuis l’ère Blaise Compaoré. A l’aide de coupures de presses, de témoignages et d’observations directes, l’auteur revient avec force détails sur les événements socio-politiques de 2011. Entre-temps, les intriques mafieuses et autres péripéties mouvementées qui ont émaillé la vie de ce pays pauvre très endetté sont passés à la loupe de l’auteur omniscient. Tout cela s’achève sur une conclusion pertinente qui fait plus visionnaire que prestidigitateur. Lisez plutôt page 304 : « Quelle que soit la suite de la séquence historique que le Burkina Faso traverse, il est nécessaire de retenir l’intensité sociale pleine de potentialités politiques de l’année 2011. La vigilance envers le régime, mais également envers les organisations politiques, syndicales et les associations – les tentatives de canalisation du mouvement populaire ont été un frein à la radicalité spontanée –montre qu’il ya désormais un avant et un après premier semestre 2011. La dynamique politique qui avait pris un essor lors de la lutte du Collectif en 1998 et qui s’est exprimée une nouvelle fois en 2011 pourrait déboucher sur un rendez-vous entre la radicalité populaire et les organisations syndicales et politiques avec pour horizon de changer l’ordre des choses et non de l’améliorer… » A bon entendeur…bonne lecture !

 

Ludovic O KIbora



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