Commune de Baskouré:Les jeunes veulent la tête du maire

Publié le vendredi 2 novembre 2012

Le maire de la commune rurale de Baskouré et sa jeunesse sont à couteaux tirés depuis maintenant plusieurs mois. Cette commune rurale du Kourittenga est à sa première expérience à la faveur de la communalisation intégrale du pays amorcée en 2006. Mais le fossé s’est creusé entre le maire et une frange de la population. On lui reproche sa mauvaise gestion de la mairie.

 

C’est la nouvelle sous-section de l’organisation démocratique de la jeunesse (ODJ) qui mène le combat contre le maire. Il est reproché à Robert Nadembega d’avoir fait main basse sur les parcelles dans la zone lotie de la commune, d’avoir détourné les cotisations qui devaient servir à la réparation des digues d’un barrage, d’avoir aussi donné sa caution à un projet fictif qui a réussi à escroquer de l’argent à une centaine de jeunes de la commune. L’ODJ accuse le maire d’avoir confié toutes les affaires de la mairie à sa famille. Les jeunes de cette structure sont décidés, à quelques semaines des élections couplées des législatives et des municipales, à lui barrer la route vers une nouvelle candidature aux municipales du 2 décembre prochain. Le maire pourtant voulait un nouveau bail. Fier de son bilan durant les 5 ans, Robert Nadembèga ne voit pas pourquoi il doit se retirer après un seul mandat. Robert Nadembega comme de nombreux autres maires était dans la capitale. La cour de ce vieux retraité à Ouagadougou était devenue le carrefour des gens qui viennent du village. Quand en 2006, chaque commune devait choisir son maire, c’est à l’unanimité que les populations ont porté leur choix sur lui. « Quand il était à Ouagadougou, nous étions tous fiers de lui. Nos enfants qui partaient à Ouagadougou pour chercher du travail dormaient chez lui d’abord avant de trouver une activité. Il prenait tous ceux qui viennent du village en charge. Quand la commune devait choisir son maire, naturellement nous avons estimé qu’il pouvait jouer le même rôle au village. C’est ainsi que nous l’avons proposé et il a été élu. Mais aujourd’hui, nous sommes totalement déçus par ses actions. En 5ans, il nous a montré un autre visage que nous ne connaissions pas », explique le Malgre Naaba de Baskouré.

 

Ce qui les oppose

 

Ce qui oppose le maire à la jeunesse, c’est d’abord le problème du lotissement. C’est un projet plus vieux que la mairie. Il date de 2004. Mais faute de consensus, les attributions n’ont pas pu être faites. C’est la mairie qui a pris le relais en 2006 pour achever le projet. Malheureusement les choses ne se sont pas bien passées. Plus de 1400 parcelles ont été dégagées selon le maire de la commune. Trop sûr de lui, le conseil municipal a ouvert une liste de demandes de parcelles. Les populations avaient 1 mois pour soumettre. « Nous pensions que comme c’est au village, on ne devrait pas avoir beaucoup d’affluence. Mais nous avons été surpris. Au bout de deux semaines le nombre de demandeurs dépassait le nombre de parcelles disponibles, c’est en ce moment que les problèmes ont commencé » explique le maire. Il dit avoir continué à réceptionner les dossiers jusqu’à la date limite. Les résidents devaient payer 7500F et les simples demandeurs 17 000F. Mais à ces frais, tout demandeur devait fournir un certificat de résidence. Un document produit par la mairie. Et c’est ce que dénoncent les jeunes de Baskouré aujourd’hui qui estiment que la population a été grugée par le maire. Le document est timbré à 200f mais le demandeur doit payer 2500f pour l’obtenir. Il n ya pas de reçu délivré. On ne connait donc pas le nombre de certificats vendus par la mairie dans cette opération. Pour les jeunes, il est clair que cet argent n’est pas rentré dans les caisses de la mairie. Ils estiment le nombre de demandeurs à 3000. Le maire n’est pas d’accord avec ce chiffre mais il sait que leur nombre dépasse 2000. Le maire refuse qu’on parle de certificat de résidence pour les demandeurs de parcelles à usage d’habitation. « Nous avons conçu le certificat de résidence pour ceux qui veulent occuper l’espace public et mener leurs activités commerciales. Cela ne concerne pas les parcelles à usage d’habitation » explique le maire de Baskouré. « Faux », rétorque un des responsables de l’ODJ. « Tous les demandeurs sans exception devaient fournir ce précieux document qui est joint à la demande », affirme-t-il. L’affaire du certificat de résidence a fait l’objet de débat entre le maire et les ressortissants la commune au cours d’une rencontre. Les ressortissants avaient souhaité que cette pièce soit retirée des documents à fournir pour l’obtention de la parcelle. Les jeunes ont dénoncé aussi la composition des membres de la commission d’attribution des parcelles. Le représentant du conseil municipal est un aveugle, oncle du maire. Pour les populations, son état de santé ne lui permet pas dans les attributions d’être juste. Le maire reconnait que le chef de Boumdoudou a joué un rôle important dans les attributions des parcelles et sa présence était nécessaire. « Ce n’est pas lui qui indiquait les parcelles. Il était là pour intervenir en cas de litige et trouver une solution », explique le maire.

  Les militants de l’ODJ


Le faux projet de soutien aux jeunes

 

L’autre problème qui divise le maire et la jeunesse de Baskouré, c’est l’affaire du projet fictif de micro finances destiné aux jeunes. Ce fameux projet a séduit une centaine de jeunes. C’est au cours d’une rencontre que le maire a informé les jeunes de ce projet de soutien. Celui qui était présenté comme le répondant du projet au village est le propre fils du maire. 93 jeunes se sont intéressés au projet. Chacun devait verser au total 65 000f pour bénéficier du projet. 55 000f comme frais d’adhésion à ce fonds de solidarité de développement durable (FSDD), 8000f pour le carnet de compte. En fait il s’agit d’un projet Agro Inter dont les responsables sont à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Un vaste réseau national d’escroquerie qui a été démantelé. Plusieurs centaines de jeunes sont aujourd’hui victimes de cette escroquerie dans les différentes provinces du pays. L’affaire des jeunes de Baskouré est à la gendarmerie. Mais l’ODJ en veut au maire principalement. Elle le tien pour responsable de tout ce qui s’est passé. D’abord, c’est lui qui a donné sa caution en invitant les jeunes à soumissionner au projet. C’est son fils Constant Nadembega qui est rentré de Ouagadougou avec le projet. Les soumissionnaires versaient l’argent à la mairie. C’est la secrétaire du maire qui encaissait les fonds. Pour l’ODJ, le maire est entièrement responsable de ce qui s’est passé. Ils exigent de lui le remboursement de leur argent. Une rencontre a eu lieu entre le maire et les jeunes. Aucune solution n’a pu être trouvée. Le maire a renvoyé les jeunes aux responsables du projet basé à Ouagadougou.

 

La candidature du maire contestée

 

Autre pomme de discorde, c’est l’affaire du barrage. Le barrage de Baskouré s’est beaucoup dégradé au cours de ces dernières années. Le maire avait initié dans la commune des contributions des populations des différents villages pour la reconstruction des digues. L’opération est restée sans suite après la collecte des fonds. Les jeunes exigent du maire un bilan des fonds collectés. L’édile avoue l’échec de l’opération. « Nous avons lancé l’appel à contribution au sein de la population mais nous n’avons rien eu. Nous n’avons pas eu plus de 10 000f. C’est la raison pour laquelle nous avons suspendu cette opération ». Le bras de fer entre le maire et les jeunes s’est déplacé sur le terrain politique. Ils lui ont écrit pour lui dire de ne plus se représenter aux élections municipales du 2 décembre prochain. Le maire a fait fi de cette injonction avant de s’y plier. A la dernière minute, le maire qui avait déposé sa candidature au centre de Baskouré a décidé de se retirer pour se présenter à Boumdoudou chez ses oncles. Conscient que les jeunes mèneront des actions qui peuvent lui faire perdre, le maire n’a pas voulu tirer longtemps sur la corde. « Ils veulent la guerre, moi je veux la paix c’est ainsi que j’ai préféré me présenter à Boumdoudou. S’ils ne veulent pas de moi à Baskouré centre, la commune a plusieurs villages. Je peux me présenter là où je veux » déclare le maire. Les jeunes exigent aussi que les structures associatives de la commune soient désormais dirigées de façon démocratique. Ils dénoncent la mainmise de la famille du maire sur les superstructures de la commune « sa femme est la présidente des femmes de la commune de Baskouré, son cousin, Achille Nadembega est le secrétaire général du CDP, son fils Christian Nadembega est le représentant à la CECI, son cousin Simon Nadembega est président des jeunes du CDP, son fils Constant Nadembega est responsable du projet Agro inter ». Les jeunes sont sûrs que leur lutte payera. Ils regrettent seulement une chose, de n’avoir pas mis l’ODJ en place avant qu’ils vivent ces problèmes. Pour eux, plus rien ne sera comme avant.

Par Moussa Zongo

 



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