Decentralisation : Disputes violentes entre Tielba et Maoda

Publié le vendredi 2 novembre 2012

Il faut éviter le pire. Le 28 juin dernier le chef de Tielba dans la région de l’Est a échappé de peu à la mort. Un conflit de limite territoriale divise profondément ce village à Maoda, son vieux voisin. Maoda qui considère Tielba comme son quartier est prêt à tout pour faire respecter ses limites coutumières. Pourtant, l’administration, persiste : Tielba n’est pas un quartier de Maoda. Les deux villages ne sont pas de la même commune. Les violences se multiplient et aucune solution définitive ne pointe à l’horizon. Tielba, très minoritaire, craint un regain de tension avec la fin des travaux champêtres.

 

De quelle commune relève le village de Tielba ? Les communes de Diapangou et de Diabo sont divisées sur la question. Administrativement, ce village, situé à quelques 33 Km de Fada dépend de la commune de Diapangou. Le village de Maoda qui relève de Diabo refuse de l’entendre ainsi. Pour les populations de ce village, Tielba a toujours été un quartier de Maoda. Voilà maintenant trois ans que les populations de ces deux petits villages qui vivaient en parfaite harmonie s’entredéchirent pour une question de limite territoriale. Le contrat de bon voisinage est rompu et a laissé place à la violence. Pour les jeunes de Maoda, il n y a pas de doute, le chef de Tielba, intronisé par l’un des deux chefs rivaux de Diapangou est à l’origine de ce qui se passe. Le 28 juin, c’est la Compagnie Républicaine de sécurité (CRS) qui a dû intervenir pour éviter le pire et rétablir l’ordre dans les deux villages. Ce jour là, sa majesté Bahama, qui tire sa légitimité du roi du Gulmu se déplace à Maoda pour tenter une réconciliation entre les deux villages. Il pensait être dans son rôle. Il fait d’abord escale à Tielba pour rencontrer le chef. Ce dernier a été intronisé par sa majesté Yempaabu rival de Bahama à Diapangou. La rencontre avec le chef de Tielba se passe bien. Sa majesté continue ses consultations chez le chef de Maoda. Il y rencontre les populations et les appelle à la réconciliation. Il est considéré comme un acteur proche du chef de Maoda qu’il a intronisé. La rencontre n’a pas plu à son rival Yempaabu à Diapangou. Ses partisans s’organisent et croisent sa majesté Bahama sur le chemin du retour. On lui retire les clés de sa moto et tous ses attributs de chef. Il retourne chez le chef de Maoda où ils trouvent les populations toujours mobilisées sur place. Le chef raconte la scène qu’il vient de vivre. Pour les populations, c’est le chef de Tielba qui a organisé cette attaque avec son mentor à Diapangou.

 

La descente chez le chef de Tielba

 

Les populations se mobilisent et font une descente musclée à Tielba pour en finir avec le chef. Son domicile est détruit. Les concessions de tous ceux qui sont soupçonnés de le soutenir sont aussi détruites. Selon les victimes, les manifestants ont emporté tous leurs biens au cours de l’attaque. Une accusation que les jeunes à l’origine de cette manifestation rejettent. « Nous avons détruit les maisons de ceux qui soutiennent le chef mais nous n’avons pas touché aux bien et nous avons épargné aussi les personnes », raconte un jeune qui a pris part à la manifestation. Il reconnait que dans la colère, leur décision était de tuer le chef de Tielba pour en finir avec le problème qui dure depuis trois ans. Les forces de sécurité sont parvenues à exfiltrer le chef et une partie de sa famille. Ils ont été transportés à Diapangou où ils se sont réfugiés durant une dizaine de jours. C’est au dixième jour que la famille a été reconduite par la police à Tielba. Les CRS y sont restés pendant un mois. Le chef quant à lui reste toujours « exilé » à Diapangou. L’administration a du mal à gérer la crise même si les autorités sont unanimes pour affirmer que Tielba relève bel et bien de Diapangou. C’est en 2009 que la crise a éclaté avec la destruction de la plaque indiquant le village de Maoda. Cette plaque se trouve dans le village de Tielba. Un matin, les populations de Maoda constatent avec amertume un changement sur la plaque. Le nom de Maoda est remplacé par Tielba. Les rencontres entre le maire et les populations se multiplient. L’édile de Diabo tergiverse avant de rencontrer les populations. Il est d’accord qu’il n’est pas normal de changer le nom et il promet de travailler à remettre le nom de Maoda. Mais il fait constater qu’administrativement le village relève de la commune de Diapangou. Il promet de transmettre les préoccupations de la population aux autorités compétentes. Sur intervention des autorités provinciales, les services compétents viennent remettre la plaque à sa place avec le nom Maoda.

Quelques jours après, le nom est de nouveau noirci. La tension monte de nouveau. Les populations de Maoda portent plainte contre le chef de Tielba qu’elles tiennent pour responsable de la destruction de la plaque. Le procureur entend les différentes parties et décide d’incarcérer 2 des personnes dont le conseiller municipal de Tielba. Le chef est laissé en liberté. Les personnes incarcérées sont aussi libérées après quelques jours de détention.

 

La faute du maire de Diapangou

  Les fils du chef de Tielba dont la cours à été saccagée

C’est sous cette tension que le maire de Diapangou lui-même entre ouvertement dans le jeu. Il décide de façon unilatérale de faire arracher la plaque et la dépose à la mairie. Les populations constatent à nouveau l’absence de la plaque. Elles sont informées que la plaque se trouve à la mairie de Diapangou. Le préfet de Diabo se déplace et y trouve effectivement la plaque. Le maire de Diapangou est invité à Fada pour échanger avec son collègue de Diabo. Les populations de Maoda se déplacent massivement pour cette rencontre. Le maire de Diapangou reconnait avoir donné l’ordre d’enlever la plaque et tente de se justifier. Il explique que s’il l’a fait, c’est pour éviter un affrontement entre les deux villages. Les populations de Maoda exigent du maire de Diapangou la remise en place de la plaque. Sous la pression et la tension, le maire fait remettre la plaque. Mais les populations ne sont pas totalement satisfaites. Dès leur retour au village, Maoda s’organise et fait une descente à Tielba. Le marché du village est détruit. Les populations de Tielba très minoritaires en nombre ne font pas le poids devant Maoda. Tielba compte moins de 600 habitants. Ils n’osent pas résister. Tenter la résistance, c’est une stratégie suicidaire. A chaque attaque, les populations de Tielba choisissent la fuite. « Ils sont plus nombreux que nous. Nous ne voulons pas la bagarre. Ils disent que nous sommes sur leurs terres. Nous n’avons rien à voir dans ce problème. Nous n’avons pas décidé d’appartenir à Diapangou. C’est le découpage de l’administration », explique un des fils du chef qui craint un nouveau regain de tension avec la fin de la saison pluvieuse. « Nous entendons qu’ils se préparent à nouveau pour nous attaquer dès la fin des travaux champêtres », affirme un proche du chef. Ces propos ne sont pas démentis par les jeunes de Maoda. Le chef n’est plus à Tielba. « Nous ne voulons plus le voir ici. Ceux qui sont restés aussi sur place doivent reconnaitre que Tielba est un quartier de Maoda, sinon, ils vont tous partir. » Exige un jeune de Maouda. Pour eux, l’histoire de Tielba est connue. « Le fondateur de Tielba est un de nos neveux qui étaient ici. Quand il s’est marié, notre chef lui a donné la terre pour qu’il s’y installe. C’est comme ça que le village a été créé. Mais nous reconnaissons que depuis belle lurette, les populations de Tielba payaient leurs impôts à Diapangou mais cela ne veut nullement dire que le village relève de Diapangou », explique un conseiller municipal de Maoda. Aux élections municipales de 2006, Tielba a pourtant élu ses deux conseillers municipaux qui participent au conseil municipal de Diapangou. Maoda n’en a pas fait un problème.

 

La position stratégique de Tielba

 

L’une des raisons de cette tension, c’est la position stratégique du village de Tielba. Ce village est situé au bord de la route comme Maoda. Mais Tielba est un carrefour. La route de la commune de Tibiga-Diabo traverse le village. Le carrefour s’anime petit à petit. Des petits commerces ont ouvert. Leur marché commençait à avoir de l’importance dans la zone. Dans la politique du gouvernement, il est prévu l’électrification de tous les villages traversés par le réseau de la SONABEL. Maoda est alors un des villages potentiellement bénéficiaires. Quand les techniciens sont arrivés dans le village, c’est au carrefour qu’ils se sont renseignés sans savoir que les deux villages sont différents. Ils font les installations au carrefour. Cette affaire a irrité la population de Maoda qui n’a pas compris pourquoi un projet destiné à Maoda est mis en œuvre à Tielba. Cette affaire a de nouveau fait monter la tension entre les deux villages. La SONABEL mise devant le fait accompli était obligée de trouver une solution qui arrange les deux villages. Toutes les deux localités seront électrifiées. Sur le plan administratif, l’affaire est tranchée. Tielba est un des 26 villages reconnus de Diapangou. Une carte monographique établie depuis 1958 par le chef de cercle de Fada existe. Les populations de Tielba la brandissent comme preuve de leur appartenance à Diapangou. Sur cette carte, l’administrateur Marcel Angelier présente Tielba comme un village de Diapangou. Selon les proches de la famille du chef, cela n’a jamais changé. Le gouverneur de la région de l’Est impliqué dans la recherche de solutions au problème est formel. Tielba est un village de Diapangou. Il conseille aux populations de Maoda de saisir les autorités compétentes si elles contestent l’appartenance de Tielba à Diapangou.

Par Moussa Zongo



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