Ganden (village de Sanmatenga):Le CVD appelle au meurtre devant le procureur

Publié le lundi 23 juillet 2012

 

Faut-il le qualifier d’incivisme ? Ou d’exacerbation des haines communautaires ? Dans nos villages, la cohabitation est devenue impossible. A Gandin, un petit village reculé à près de 90 km de Kaya, dans la commune rurale de Ziga, « on ne veut plus de peulhs dans le village, ni dans la contrée », C’est la fatwa du chef de village.

 

A plus de 70 ans, le vieux chef de Gandin, sous le fait de l’âge et probablement des dures conditions de vie rurale, ne semble plus avoir la totalité de ses facultés. « Je ne veux plus de peulhs. Je veux ma terre » répète t-il presque mécaniquement, au procureur de Kaya qui s’est transporté à Ganden, ce 27 juin en compagnie du préfet, président du tribunal départemental, son assesseur et la première adjointe au maire de la commune rurale. Devant les risques de trouble à l’ordre public, le procureur du Faso est allé évaluer et appuyer la démarche conciliante que mène le préfet, en vain, depuis mars 2012.

 

27 ans de cohabitation !

Le village de Ganden, très reculé et d’accès difficile, surtout en saison des pluies, a été pendant longtemps, une zone de replis saisonniers, notamment la transhumance de l’hivernage, des familles des éleveurs peulhs de Louda, au bord de la nationale (Ouaga-Kaya). C’est une de ses familles, la famille de Diallo Noaga, une quinze de ménages, avec un troupeau d’environ 400 têtes de bœufs qui s’est installée à Ganden, il y a de cela 27 ans, suivant les usages en vigueur. Pour s’installer, les familles des éleveurs respectent la coutume, en s’adressant au chef de village. Depuis lors, les familles Diallo se sont installées, dans ce quartier du village appelé Noguin et au gré des saisons reviennent à la même date et à la même place retrouver leurs huttes, faire paître les animaux et cultiver les lopins enfumés par leurs animaux. Ganden, dans la commune de Ziga est une succession de brousses, encore relativement bien conservées, aux sols caillouteux et pauvres, plus adaptés aux pâturages qu’à l’agriculture. C’est une des raisons, conjuguée à son accès difficile, qui épargnent encore ses brousses. Avant d’arriver à Ganden on traverse « Goulougweogo », la bien nommée (en mooré) « zone d’élevage ». Ganden est donc devenu, depuis près de 27 ans, « le terroir d’attache », selon la terminologie consacrée par les spécialistes, de la famille Diallo.

En octobre 2011, avant de partir en transhumance de saison sèche, le chef informe le patriarche des peulhs, qu’ils ne devraient plus revenir dans le village. Le terroir sur lequel ils ont vécu 27 ans, n’est plus à eux. Le chef dit qu’il a « repris ses terres ». Surpris, le patriarche Diallo va saisir le préfet. Aux yeux du vieux chef de Ganden, c’est la faute qu’il ne fallait pas commettre. Il est devenu, depuis lors, intransigeant : « quand je vous donnais mes terres je n’ai pas informé le préfet. Pourquoi vous aller le voir quand, je vous demande de quitter ? »

 

Les aléas du vivre ensemble 

Le patriarche des Diallo, Noaga, a, à peu près, le même âge que le chef du village. Ces dernières années, la cohabitation n’était plus harmonieuse, pour ne pas dire plus. Il y a 11 ans, deux jeunes de la famille des Diallo en complicité avec un neveu du chef de Ganden, ont commis un larcin dans le village. Hamidou Ouédraogo, aujourd’hui président du CVD, était la victime. On lui avait dérobé les recettes de sa « petite table » qu’il avait estimées, à la gendarmerie de Boussouma, à 367 000 f cfa. Il avait dit aussi qu’il avait été braqué avec des armes à feu, ce qui n’a pas été prouvé par les gendarmes qui ont diligenté l’enquête. Les Diallo ont remboursé la somme, les deux jeunes peulhs ont été exécutés (exécution extra judiciaire), le neveu du chef lui n’a pas été inquiété. Le procès verbal établi à la gendarmerie imposait le retour de la concorde contre paiement de la somme présumée volée. Les Diallo s’y sont exécutés et le chef a accordé « l’amnistie ».

La concorde ne reviendra plus jamais cependant, entre les deux communautés. Chaque année, les différents préfets qui se sont succédé vont être saisis régulièrement par les partisans du chef, pour exiger le départ des éleveurs, sans succès. Alors quand, le chef a informé le patriarche Diallo en début octobre 2011, que la terre leur était retirée, et comme les ponts étaient coupés entre eux, il est allé à son tour alerter le préfet. Ce qu’on ne lui pardonnerait pas. Mais le patriarche Diallo est allé aussi demander l’intercession de naaba Sonré de Boussouma, coutumièrement le supérieur hiérarchique du chef de Ganden. Celui-ci aurait ordonné qu’on « laisse les peulhs tranquilles », rapporte Diallo Noaga, mais n’a pas été obéi. Nous avons voulu nous en assurer, mais naaba Sonré, député bien connu et grand compagnon de Ki Zerbo, n’était pas à Boussouma, à notre passage, le 27 juin.

 

L’inspection des champs ensemensés


Nous sommes prêts au meurtre menace le président CVD !

Face à la délégation du procureur, nous n’avons pas entendu de paroles apaisantes. Les propos sont d’une violence à vous fendre le cœur. A mesure que la rencontre durait, deux autres chefs de villages voisins sont venus « soutenir l’intransigeance des gens de Ganden ». Chez moi, tranche un de ces bonnets rouges « je n’accueille pas les peulhs. C’est parce que vous avez accueilli ceux-là qu’ils vous trimbalent devant l’administration ». L’habilité du procureur n’a pas permis de faire entendre raison. Le président du CVD a été le plus virulent : « si les peulhs reviennent, il y aura des morts. Vous en serez le responsable (en apostrophant le procureur) ». La délégation des Diallo venus à la rencontre a dû faire profil bas. Elle a constaté que leur champ a été labouré et ensemencé, jusqu’autour des huttes. Le fumier des parcs judicieusement répandu. Le fond du problème, qui n’est souvent pas avoué, est peut-être là. Dans un environnement de terres appauvries par un mode d’exploitation irresponsable, les terroirs des éleveurs gorgés de fumure organique suscitent les convoitises les plus féroces. Partout où les éleveurs sont expulsés, le premier acte des expulseurs, c’est de faire main basse sur leurs champs. A Ganden, les champs des Diallo, interdits de retour, ont été les premiers à être labourés et ensemencés. C’est donc aujourd’hui un butin à préserver, à tout prix. Ironie de l’histoire, ces peulhs qui n’ont plus droit de cité au Sanmatenga, sont une branche de la famille du ministre Koumba Boly de l’Education nationale, membre du gouvernement et aussi personne ressource dans la dite région. Constat quelque peu dépité du préfet, « si l’Etat avait encore une autorité, on n’allait pas laisser passer les appels au meurtre. Mais aujourd’hui si on interpelle quelqu’un les coups de fil vont commencer à pleuvoir sur votre tête… »


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