50 ans du FESPACO : Hommage aux figures du cinéma africain

Publié le mardi 12 mars 2019

La cérémonie officielle d’ouverture de la 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, a drainé du public au stade municipal Issouf Joseph Konombo le 23 février dernier. C’était en présence du Chef de l’Etat, de ministres, de députés, de diplomates, de cinéastes et d’hommes de culture. Ce FESPACO 2019 marque les 50 ans d’existence du festival.

19h20mn. Le président, du Faso Roch Marc Christian Kaboré donne le clap de lancement de la 26e édition. Aussitôt, les lampadaires du stade s’éteignent. Et les feux d’artifice qui ont duré douze minutes environ émerveillent le public qui a tenu à être témoin de l’événement. C’est l’ouverture officielle du FESPACO 2019. Le Chef de l’Etat d’un pas alerte n’a pas échappé à la presse. Dans l’interview qui s’en est suivie, il a exhorté ses compatriotes à se rendre dans les salles de cinéma. Selon lui, la célébration de ce cinquantenaire est déjà un succès. Interrogé sur l’absence du président rwandais, Paul Kagamé, qui s’est fait représenter par son ministre de la culture, le président du Faso a rassuré qu’il sera là à la cérémonie de clôture pour remettre l’Etalon d’or de Yennenga au lauréat. Puis, il a rejoint sa place aux côtés de son épouse. Vingt minutes plus tard, il prend congé du public sous l’air musical du groupe ivoirien Magic Système. Les cavalières qui se sont donné à cœur joie au spectacle en l’accompagnant à l’intérieur du stade ont chômé.

Honneurs et hommages

C’est à 17 heures que le chef de l’Etat a fait son entrée au stade Issouf Joseph Konombo, avec Alimata Salambéré, un des membres fondateurs du FESPACO, et la toute première présidente du comité d’organisation du premier festival du cinéma africain de Ouagadougou, organisé en février 1969. S’en est suivi un bain de foule à bord d’un véhicule. Toute émue, elle a déclaré : « C’est une chance d’avoir été la première présidente du premier FESPACO et de participer aujourd’hui à son cinquantenaire ». Le moment était propice pour demander une minute de silence, en mémoire aux cinéastes disparus, et leur rendre hommage. Tous ceux qui se sont succédé à la tribune n’ont pas manqué de rendre un hommage mérité aux grandes figures du cinéma africain. Allusion a été faite entre autres à Ousmane Sembène, Idrissa OUEDRAOGO, François Bassolet, Claude Prieux. Le ministre de la culture, des arts et du tourisme, Abdoul Karim Sango, a saisi l’occasion pour rappeler le thème de cette 26e édition : « Mémoire et Avenir des cinéastes africains ». Un thème, qui selon lui, fait écho aux propos de Joseph Ki-Zerbo lorsqu’il écrivait : « Il n’y a pas de collectivité humaine sans projet, ni mémoire ». « Cinéastes d’Afrique, nous vous aimons » a lancé le président du comité d’organisation, Yacouba Traoré. En marge de ce FESPACO se tient le 19e marché international du cinéma africain dont le lancement a été fait dans la matinée du dimanche 24 février 2019 à la place de la Nation.

Raphaël N. ASPAVATI (aspavanou@gmail.com)

L’histoire 50 ans après

Le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) a fait du chemin. Cinquante ans après sa création en 1969, il demeure un cadre d’épanouissement, de promotion, d’émulation, de distribution et de perfectionnement du cinéma africain. A l’occasion de la 26e édition qui marque son cinquantenaire, l’engouement s’est accru.

50 ans d’existence ! Cela se fête. C’est pourquoi les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands pour célébrer avec faste cet anniversaire.
D’une part, 20 films africains sont en compétition, 450 projections cinématographiques en 7 jours, 100 films en vente sur le Marché International du Cinéma Africain (MICA). Un record jusque-là inégalé.
D’autre part, 3000 professionnels des métiers du cinéma et 2500 des médias ont été annoncés. 15 ministres africains en charge du cinéma et de l’audiovisuel, 10 présidents ou directeurs d’institutions internationales et/ou régionales, 20 structures nationales des cinématographies ont été également annoncés. Mais à l’arrivée, la moisson est moins abondante. N’empêche ! FESPACO 2019 est au rendez-vous.
Si on parle aujourd’hui de ce festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou, il a fallu qu’une idée germe. Celle de créer un festival. C’était en 1968. Un an plus tard, un groupe de cinéphiles dont François Bassolet, Claude Prieux, directeur du centre culturel Franco-Voltaïque (CCFV) et Alimata Salambéré ont créé ce festival appelé d’abord « Semaine du cinéma africain ».
A cette époque, la Haute Volta n’avait aucun réalisateur de films et ne disposait d’aucune structure cinématographique. Pourquoi avoir donc créé un festival pour promouvoir le cinéma ? Colin DUPRE, auteur du livre Le festival, une affaire d’Etat, répond au micro de nos confrères de Radio France Internationale (RFI). Il dit ceci : « Tout simplement, parce que, en 1968, au centre franco-voltaïque, le ciné-club dynamique du CCFV s’est rendu compte qu’il existait beaucoup de films africains, mais que les populations africaines ( y compris les Ouagalais) n’en voyaient aucun. L’idée leur est venue d’organiser une petite semaine de cinéma africain dont l’unique objectif était de montrer des films africains aux populations africaines, en particulier au Burkina Faso. Ce que les archives du FESPACO ne démentent pas. Bien au contraire ! Il est écrit : « Les initiateurs (Ndlr : de la semaine de cinéma africain) souhaitaient donc que, par l’intermédiaire de ce festival, les populations puissent enfin voir les films de leur propre continent »
Cette opportunité leur a été donnée, pour la toute première fois, au mois de février 1969, à travers le premier festival du cinéma africain de Ouagadougou. Six pays y étaient associés : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Cameroun mais également la France et les Pays-Bas. Alimata Salambéré, journaliste de profession, (elle était la deuxième femme à présenter le journal parlé à la télévision nationale du Burkina Faso après Odette Sanogo) en a été la présidente du comité d’organisation. Il s’en est suivie la deuxième, la troisième, la quatrième puis la cinquième, et depuis le samedi 23 février 2019, la 26e édition.
Il a fallu attendre 1972 pour que le FESPACO soit institutionnalisé et devenir une biennale à la sixième édition en 1979

Ousmane SEMBENE et le FESPACO

Contrairement à ce qui se dit, Ousmane Sembène ne fait pas partie des pères fondateurs du festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. En 1969, il a été l’invité de la première édition de ce festival. Mais ce qu’on ne peut pas lui dénier, c’est qu’il a joué un rôle prépondérant dans l’envol du FESPACO. Il a travaillé à décoloniser les écrans et à encourager les films africains qui présentent une bonne image de l’Afrique. Il en a d’ailleurs fait son cheval de bataille au point de participer à toutes les éditions jusqu’à sa mort en 2007. Il s’est refusé à compétir en expliquant qu’il faut laisser la chance à d’autres cinéastes du continent d’émerger. L’histoire lui reconnaît sa célébrité ainsi que cette phrase inscrite en lettres d’or dans les annales du FESPACO. Il déclarait en effet : « Nous avons porté pendant longtemps le Fespaco ; c’est maintenant le tour du festival de nous porter ». Il ne savait pas si bien dire. En 2007, il mourut. Et c’est à cette même année que le Prix Spécial Ousmane Sembène a été institué au FESPACO pour le film qui décrit le mieux une image positive de l’Afrique. Le prix s’élève à 5 000 000 francs cfa. Deux ans après, en 2009, l’avenue N° 15. 862 longue de 2300 mètres dans le quartier huppé de Ouaga 2000 a été baptisé ‘’ avenue Ousmane Sembène’’.

Raphaël N. ASPAVATI

Idrissa OUEDRAOGO, premier Etalon d’or de Yennenga du Burkina

En 1991, tout le Burkina Faso avait retenu son souffle. Puis, ce fut l’extase. Idrissa OUEDRAOGO, le « Maestro » venait de gagner le plus prestigieux des prix du festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. Alors qu’il a promis à nouveau honorer son pays par ce même prix à l’édition 2019, il fut arraché à l’affection de ses compatriotes un an plus tôt. Hommage lui est rendu à travers diverses manifestations allant de l’organisation de colloques aux spectacles. La salle de cinéma Canal Olympia porte désormais son nom. Il est auteur d’une vingtaine de productions cinématographiques.

R.N.A.


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