Situation nationale : Le Premier ministre Christophe est dos au mur

Publié le mardi 12 mars 2019

Dans le fond, cette déclaration ne diffère pas de celle faite par son prédécesseur le 5 février 2016. Le contexte diffère cependant. Paul Kaba Thiéba avait fait sa déclaration dans un contexte où la population n’avait pas encore eu l’occasion d’expérimenter la gouvernance du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) et de ses alliés. Mais Christophe Joseph Marie Dabiré vient de dérouler sa feuille de route dans un contexte où des espoirs de changement suscités par l’insurrection populaire de fin octobre 2014 sont douchés par 3 ans de gouvernance. « Les Burkinabè demeurent inquiets et insatisfaits de leur vécu quotidien pour des raisons qui tiennent principalement à la dégradation de la sécurité intérieure, à l’effritement de la cohésion sociale, à une gouvernance jugée défaillante et enfin à la portée limitée des effets et impacts de nos politiques publiques », a reconnu le nouveau premier ministre.
En effet, au cours de ces trois dernières années, le Burkina a enregistré quinze attaques terroristes en 2016, soixante-treize en 2017 et quatre-vingt-quinze en 2018. Plusieurs fronts ont été ouverts, notamment au nord et à l’est du pays, provoquant la fermeture de près de 1000 écoles et privant plus de 500 000 enfants de leur droit à l’éducation. Cette situation a été surtout favorisée par la faible capacité opérationnelle des forces de défense et de sécurité, le manque de moyens matériels et logistiques adaptés, le faible maillage du territoire en services de sécurité et la faible coopération militaire avec les pays frontaliers. Plusieurs fronts ont été ouverts, notamment au nord et à l’est du pays, provoquant la fermeture de près de 1000 écoles et privant plus de 500 000 enfants de leur droit à l’éducation. Cette situation assomme du même coup l’économie du pays.
A cela s’ajoute une vie de plus en plus chère. Les statistiques officielles montrent que plus de 40 % de la population vit avec moins de 425 francs CFA par jour. Cette situation a mis le front social dans un état d’ébullition sans précédent. Selon une étude de l’Institut Free Afrik, 68 grèves et sit-in ont été enregistrés en 2017 contre 41 en 2016. Non seulement tous les départements ministériels ont été affectés par ces mouvements sociaux mais les méthodes se sont radicalisées aussi. On se souvient encore du bras de fer qui a opposé les agents du ministère de l’économie, des finances et du développement et ceux du ministère de l’éducation nationale au cours de l’année 2018. En ce premier trimestre de 2019, on note une relative accalmie, surtout avec la suspension du mot d’ordre des enseignants depuis le 2 février dernier pour deux mois afin de redonner la chance au dialogue avec le gouvernement. En rappel, ils avaient suspendu toute évaluation depuis le 3 décembre 2018 sur toute l’étendue du territoire national pour exiger de meilleures conditions de vie et de travail. Il faut compter également avec la montée de l’incivisme, la défiance de l’autorité de l’État ainsi que les menaces qui pèsent contre le vivre-ensemble.
En outre, il est démontré qu’en trois ans de gouvernance, la bonne gestion des ressources publiques n’est pas une valeur partagée au niveau du gouvernement et de l’administration publique. Les détournements et manquants de caisse sont passés de 0,32% en 2016 à 74,15% en 2017, révèlent les rapports de l’audit n-1 de la gestion 2017, de contrôle de 2016 et d’activités 2017 de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC). Soit une augmentation de plus de 73 %. Les montants cumulés des détournements, des manquants de caisse, des dépenses sans pièces justificatives et autres malversations sont passés de 7,6 milliards en 2016 à plus de 10 milliards de francs CFA en 2017. Il y a aussi les grosses dépenses en achat de véhicules de luxe, en création d’institutions inutiles et budgétivores comme cadeaux à des copains et la mauvaise gestion du patrimoine de l’État (cas des centaines de véhicules sur cale dans les ministères et institutions). La corruption, elle, a le vent en poupe selon le rapport 2017 du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC).
Partant de ces constats, le premier ministre entrant a présenté la manière dont il compte exécuter sa lettre de mission pour les deux années restantes du quinquennat de Roch Marc Christian Kaboré. Celle-ci s’appuie sur 5 axes majeurs : relever les défis sécuritaires, pallier l’effritement de la cohésion sociale, instaurer une gouvernance plus vertueuse, renforcer le développement du capital humain, dynamiser l’économie nationale.

Ainsi, par rapport à la question sécuritaire, il a pris 4 engagements : renforcer les moyens logistiques et matériels des FDS, augmenter le nombre des FDS et améliorer le maillage du territoire en services de sécurité, renforcer la coopération militaire sous régionale, améliorer la collaboration entre les FDS et la population. Trois principes cardinaux seront au cœur de cette action gouvernementale, a-t-il précisé. Il s’agit de s’unir, compter sur ses propres forces, construire consolider durablement les bases de la victoire. En ce qui concerne la cohésion sociale, il a promis, d’une part, de promouvoir une justice qui s’assume pleinement. D’autre part, il s’est engagé à rendre plus opérationnels les services déconcentrés de l’Etat. Quant à la question de la bonne gouvernance, il entend redéfinir les modalités de rémunérations des hautes autorités investies d’une charge politique ou administrative au Burkina Faso, faire appliquer avec célérité les conclusions sur la réforme du système de rémunération des agents publics de l’Etat et instaurer de bonnes pratiques dans la gestion du patrimoine de l’Etat. Au plan économique, il a promis de faire baisser la dépense publique et d’élargir l’assiette fiscale. L’égal accès aux soins et à un système éducatif de qualité, l’insertion socio-professionnelle des jeunes diplômés, l’accès à l’eau potable, la réforme agraire, la protection de l’environnement, le dialogue social, le développement des secteurs de l’agriculture, de l’énergie, de la culture et du tourisme, sont également autant de chantiers annoncés.
Mais ce sont des discours déjà entendus. Son prédécesseur avait pris les mêmes engagements prometteurs, il y a 3 ans. Mais les résultats escomptés n’ont pas été au rendez-vous. De quels moyens disposent le nouveau premier ministre pour inverser la tendance en moins de 2 ans ? En tous les cas, la population attend des actes et des résultats concrets. « Ne travaillez pas à faire réélire Roch Kaboré en 2020. Travaillez pour qu’on parle de Roch dans 10 ou 15 ans », lui a conseillé le député Alexandre Sankara.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO


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