Entreprenariat : Iliassa Sankara, l’étudiant entrepreneur

Publié le mardi 12 mars 2019

Il s’appelle Sankara Iliassa. Né le 20 février 1991 à Niamblé (Côte d’Ivoire). Etudiant en 2e année à l’Unité de Formation et de Recherche en Science Exacte et Appliquée (UFR/SEA) –Filière-mathématique-Physique-Chimie- de l’Université Professeur Joseph Ky-Zerbo. Face à l’adversité de sa condition d’étudiant sans moyens, il a recours au système « D » pour s’en sortir. Il se tourne en effet vers la couture avec un leitmotiv : « Corriger ce que les couturiers ont mal fait ». Découvrons cet étudiant entrepreneur à travers la trouvaille qui a changé sa vie.

L’étudiant n’a pas cherché à faire le tour de tous ces fonds publics dédiés à l’entreprenariat de la jeunesse. Ou même à se triturer les méninges avec les tests psychotechniques pour une hypothétique entrée dans la fonction publique. Il a juste su observer et occuper un domaine auquel presque personne ne s’intéressait. Pratiquement, sans un sou au départ il a pu lancer une entreprise où des clients de toutes classes et de toutes conditions se bousculent pour faire défaire, refaire voire parfaire leurs vêtements. Iliassa Sankara assure que son savoir-faire s’étend sur toute sorte d’habits. Pantalons, chemises, vestes, etc. Sauf les « dessous ». « On retouche tout ce que la machine a touché c’est-à-dire les pantalons, chemises, jeans, même les vestes, etc. sauf les calba (c’est-à-dire slip en nouchi ndlr) et tout ce qui est dessous quoi ! ». Aujourd’hui, il a son concept : « Retouche choco, les spécialistes en slim ». Un concept qui fonctionne bien. Mais pour en arriver là, il fallait avoir de l’audace et du flair.

D’aide-vendeur d’habits à son atelier personnel

Tout a commencé dans une boutique de vente de friperie prêt-à-porter. Quand Iliassa Sankara n’avait pas cours, il donnait un coup de main au patron du magasin qui en retour le rétribuait de quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Ce qui lui permettait de combler des besoins vitaux comme assurer sa pitance quotidienne. Pendant qu’il vend, le jeune étudiant constate que nombre de clients se plaignent des dimensions des habits. Tantôt, ils sont trop gros, tantôt trop petits. Les plaintes étaient persistantes au point qu’Iliassa se rappela qu’il avait un petit savoir-faire dans le domaine de la couture qu’il pouvait mettre à profit. Il en fit part à son patron qui l’encouragea fermement à le faire. Iliassa Sankara profite des congés pour se rendre en famille en Côte d’Ivoire pour récupérer la machine à coudre, « l’héritage » que son défunt père leur a légué. En famille lorsqu’il énonce son souhait de rentrer au Burkina avec la machine pour se débrouiller, personne ne trouve d’inconvénients. Au contraire, sa demande venait à point nommé car c’était l’occasion de rendre la machine utile. Sa mère lui donne son O.K.
C’est ainsi que Iliassa Sankara revient à Ouagadougou muni de la fameuse machine. De retour dans la boutique, Iliassa a désormais une autre occupation en plus de vendre les habits. Il « retouche » tout ce que le client voit comme une anomalie. Et son travail était jugé satisfaisant. De plus en plus de clients venaient faire des achats d’habits et lui confiaient d’importantes quantités à « retoucher » voire à relooker. Commençant à être débordé, il décide d’ouvrir son propre atelier de couture (de retouche et de relookage).

L’atelier ‘Retouche choco, les spécialiste en slim’ draine des clients

C’est ainsi qu’Iliassa ouvre sa première entreprise. Elle est située dans un lieu stratégique. A Zogona un quartier populaire. Celui des étudiants et non loin des Université Professeur KI-Zerbo et Ouaga II. La devanture de l’atelier est tapissée d’une banderole constellée d’images de pantalons, chemises, vestes, t-shirt, etc. avec une inscription en grand caractère ‘Retouche Choco, les spécialistes en slim. Il est rare de s’y rendre sans apercevoir une importante clientèle. Cet atelier est spécialisé dans le refaçonnage de vêtements selon le goût et la volonté du client. Iliassa assure que son atelier est spécialisé dans le relookage de vêtements déjà cousus. Il s’interdit de coudre de nouveaux vêtements malgré l’insistance des clients. « Dans la vie si tu veux manger, il faut se spécialiser. Il ne faut pas être généraliste », leur rétorque toujours Iliassa. Il assure que pour faire un bon travail, il prend toutes les précautions au départ et sa stratégie consiste à « mesurer 100 fois et couper une seule fois ». Mesurer 100 fois pour ne pas se tromper. Ses clients viennent de partout. Ils sont fonctionnaires, étudiants, enseignants à l’université, cadres des administrations publiques et privées. Pour s’en convaincre, il suffit de constater les cylindrées qui garent devant l’atelier. Nombreux sont ceux qui expriment ouvertement leur satisfecit du travail du jeune Iliassa et son équipe.

Iliassa forme et offre de l’emploi

Au regard de la forte demande, Iliassa a engagé dans un premier temps un autre étudiant qui s’y connait en couture. Les deux à leur tour tout en continuant leur business, décident de former des jeunes qui veulent également être des « spécialistes en slim ». Et chaque fois qu’un apprenti acquiert la maitrise, Iliassa met à sa disposition une machine qu’il lui loue avec un contrat clair. Ce dernier à son tour entretient sa propre clientèle mais remet en revanche une somme forfaitaire (modique) quotidiennement à Iliassa. C’est d’ailleurs lui qui leur donne tous les accessoires dont ils ont besoin et s’occupe de la maintenance des machines. Pour « éviter les histoires de ‘j’ai travaillé et on ne m’a pas payé, je leur impose un petit prix et le reste du gain leur appartient. Je fais ça pour les aider aussi » souligne Iliassa. Aujourd’hui, ils sont une dizaine d’étudiants à qui Iliassa a pu octroyer une activité génératrice de revenu leur permettant d’étudier dans de bonnes conditions. Iliassa projette ouvrir un autre atelier et engager davantage ses camarades étudiants. Avec sa situation financière sensiblement améliorée, Iliassa projette de s’inscrire concomitamment à l’université dans une grande école pour un diplôme professionnalisant.
Rappelons qu’à l’origine son défunt père était couturier. Iliassa reconnait qu’il ne s’était pas adonné à fond à l’apprentissage du métier de couturier auprès de son père. « Je n’ai jamais fait deux bonnes semaines pour apprendre la couture. Je quittais l’école et je venais passer quelques temps à l’atelier et quand il est l’heure, je prends mon argent et je repartais en classe. Mais je connaissais juste les bases de la couture ».

Par Hamidou TRAORE


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