Jeunesse et Développement : On peut encore se frayer un chemin, même dans l’adversité

Publié le mardi 12 mars 2019

Tenue sous le thème « Jeunesse idéale et invention de l’avenir », la conférence de l’association Golden Africa a connu un franc succès le 15 février dernier. Ils étaient des milliers de jeunes de 7 à 77 ans à prendre d’assaut le Comptoir burkinabè des Chargeurs (CBC). Le conférencier qui n’était personne d’autre que le Dr Rasablga Ouédraogo a encore surpris en brisant la routine. Cette fois ce n’était pas pour trouver des responsables aux échecs constants de la jeunesse mais pour parler« un langage de vérité ».

C’est un secret de polichinelle. Fort taux de chômage, délinquance juvénile, abandon précoce des études, manque d’initiatives, instrumentalisation de la jeunesse… bref. Voilà les maux qui minent la jeunesse. Mais African Golden pour sa part n’est pas un observateur passif de cette situation. C’est en cohérence avec ses convictions selon lesquelles « l’Afrique n’est pas riche que de son sous-sol…mais également de ses hommes et ses intelligences » que l’association est encore montée au créneau pour offrir une tribune de dialogue aux participants. Cette conférence est la troisième du genre.
Pour les organisateurs la jeunesse a besoin de repères pour se frayer un chemin afin de pleinement jouer son rôle. Et on a justement trouvé en Rasablga Seydou Ouédraogo, directeur exécutif de Free Afrique par ailleurs élu homme de l’année en 2018 par une radio privée, une source d’inspiration. C’est donc le jeune docteur et chercheur en économie qui a tenu l’assistance en haleine plus de deux heures durant. Il était question pour la coqueluche d’expliquer « comment en si peu de temps, il avait pu se construire pour devenir une référence et une des voies les plus écoutées ». Entre se perdre dans la recherche d’explications préconçues aux échecs envisagés des jeunes et rechercher des voies de construction dans l’adversité, le choix du chercheur est clair. Pour lui, la première est une approche inféconde. Les incantations dénonciatrices selon lui « accusent d’autres et seulement les autres » dira-t-il. Là où certains parleraient de sacrifices consentis, lui, parle du gout de la sueur !

Le jeune doit regarder l’adversité avec les lunettes de l’optimisme

Au cours de sa communication, le conférencier est sommairement revenu sur la condition de la jeunesse. Tout en mettant l’accent sur la jeunesse citadine qui est spécialement scolaire et estudiantine, il a reconnu que celle-ci est en proie à d’énormes difficultés. Selon lui, notre éducation est de plus en plus vide de connaissance, mendiante voire clochardisée. Il est très difficile pour un étudiant de se faire deux repas par jour. Confrontés aux problèmes de documentations, ils sont également en proie aux difficultés de déplacement, d’hébergement etc. Bref c’est un tableau sombre qui est ici dépeint. Mais pour lui, au-delà de toutes ces misères, le jeune citadin doit se considérer comme relativement privilégié dans la mesure où, en province des jeunes campagnards confrontés aux conditions plus drastiques à savoir manque d’eau potable, famines sévères envient leur situation de misère. Mieux cette jeunesse scolaire et estudiantine est une minorité bien privilégiée pour avoir eu accès à l’éducation formelle. Il prévient par contre que dans chaque échec, on a toujours une part de responsabilité même si elle n’est que de 20%. On doit se poser la question de notre part de responsabilité et l’écart d’après lui est une marge de manœuvre suffisante pour rebondir. C’est là qu’on peut s’affirmer d’après lui et c’est la réussite malgré ces contingences qui nous donne du mérite. Nous sommes habitués à voir en l’autre la cause de nos malheurs. Pour lui, il faut sortir de cette posture.

Inventer l’avenir ? C’est possible !

Il faut un idéal pour inventer l’avenir, Rasablga se veut clair. C’est le roc sur lequel il faut s’appuyer : « Quand on ne sait quoi faire et on est pris par l’étau des contingences, et des vents contraires, c’est le rêve fondé sur un idéal qui nous permet de tenir ». Mieux, pour lui, une vie sans idéal est une vie terne dira-t-il.
Le jeune docteur pense également que le petit nombre n’a jamais été un obstacle. Au contraire ce sont quelques minorités qui ont toujours montré la voie. « C’est quand la voie est bien ouverte que les majorités s’engouffrent » explique-t-il. Pour lui, les jeunes doivent être des acteurs de la construction de l’histoire .Et la porte d’entrer dans l’histoire pour chaque individu et chaque peuple est celle de s’élever au-dessus de la condition des contingences de la vie. « Si notre jeunesse se laisse étourdir par l’empilement des difficultés auxquelles elle fait fasse, nous deviendrons des épiphénomènes dans l’histoire »a-t-il prévenu.

Avoir une bonne dose de lucidité

Pour se frayer un chemin, l’orateur est convaincu qu’il faut allier pessimisme de l’analyse à l’optimisme de la volonté. En observant le plus pessimiste possible, on regarde de façon froide la réalité et on prend toute la mesure de la difficulté. La lucidité pour l’orateur est d’une importance capitale : « quand un jeune est enthousiaste à embrasser l’avenir, et ignore les difficultés concrètes dans un pays comme le nôtre, il n’ira pas loin »dira-t-il. Mais il faut surtout être volontaire et engagé à affronter le défi. Ce n’est qu’en tenant les deux bouts qu’on peut aboutir à des résultats probants confiera-t-il. Du courage, il en faut également. Quel qu’en soit la difficulté nous avons des moments de lucidité. C’est pendant les moments de lucidité qu’il faut sortir des erreurs des prisons. Si certains y repartent en s’enfermant dans la solitude et les débits de boissons, c’est toujours possible de les affronter. Sortons de la prison pour envisager la production d’un avenir par nous et de nous-mêmes

A la poubelle, les ambitions illégitimes !

Pour Rasablga le tout n’est pas d’avoir un rêve mais aussi d’avoir l’attitude qui va avec le rêve. Ce sont les ambitions illégitimes qui constituent justement l’une des tares les plus importantes de la jeunesse à son avis. Certains jeunes, expliquera-t-il, ont des rêves de grand chercheur, grand footballeur mais ne font rien pour concrétiser le rêve. Pour le chercheur, l’énergie que nous mobilisons dans la poursuite du but doit être proportionnelle au rêve. Il précise toutefois que ce n’est pas la grandeur du rêve qui pose un problème mais l’écart entre le rêve et le comportement quotidien. Si on arrive à construire une unicité entre le rêve et le comportement dans une cohérence et une consistance, d’après lui, on aboutit à la réalisation de ce rêve. C’est bon de rêver mais il faut se poser la question de la légitimité du rêve.
Il donne par ailleurs un éclairage. Pour lui, il faut toujours savoir au service de quoi est notre rêve : il ne suffit pas de rêver d’être milliardaire mais il faut définir ce qu’on veut faire avec la fortune. Si on est meneur, mener les foules ne suffit pas. Il faut savoir vers quoi on les mène.
Dans la foulée, il pointe également du doigt ce qu’il a appelé la prétention liée aux diplômes. « Elle n’est très souvent pas en rapport avec les capacités réelles. Pour illustrer son propos, il parle de ces grands diplômés qui ne sont pas en mesure de faire les choses élémentaires que leurs employeurs leur demandent. Il y a un hiatus entre le diplôme et les capacités réelles du diplômé sur le terrain. Il a déploré le fait qu’il y ait eu production massive de prétentions liées aux diplômes dans nos universités ces décennies.

Sortir du paradoxe du Sankara partout Sankara nulle part

Une autre attitude atypique à la jeunesse est son comportement paradoxal. Il illustre son propos, avec ce qu’il a appelé Sankara partout, Sankara nulle part. Fébriles voire même en transe quand on évoque le héros national, paradoxalement personne ne fait rien comme lui. On a tout au contraire la folie des grandeurs. « On voudrait porter le tee-shirt du héros, avoir la villa d’Eto’o tout en ne faisant rien ». Sankara a laissé des paroles puissantes, une action transformatrice, il faut s’en approprier.

La déresponsabilisation triangulaire

On s’évalue à l’aune de la médiocrité. « Lui n’a pas fait le travail, pourquoi on voudrait que moi je fasse le travail. Le Président n’est pas bon, le premier ministre aussi et pourquoi devrait-on que je le sois ». Ce que le conférencier a appelé la déresponsabilisation triangulaire est le principe sur lequel fonctionne la société. C’est logique et mathématique mais c’est la mathématique de la mort a-t-il prévenu.

Assita SANOU


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