Pèlerinage Yagma 2019 : Opposer l’arme de l’amour à la violence

Publié le mercredi 20 février 2019

Des milliers de fidèles catholiques étaient en pèlerinage ce dimanche 03 février à Yagma. Chants, homélie, prières, chapelet, action de grâce, entre autres ont été les moments forts de ce pèlerinage. Dans un contexte marqué par la montée de la violence, les fidèles ont prié pour que le Burkina et le monde retrouvent la paix. Mgr Philippe Ballot, venu de Chambéry (France), qui a co-dirigé la messe avec son homonyme le cardinal Philippe, a exhorté les pèlerins et fidèles à « toujours opposer l’amour à la violence même dans les situations les plus extrêmes ».

Le village de Yagma, situé à quelques encablures de Ouagadougou était noir de monde. Dès les premières heures, piétons, automobilistes, cyclistes, personnes de toutes conditions et de toutes classes se dirigeaient massivement vers cette bourgade. Les plus entreprenants ont passé la nuit sur le site. Le pèlerinage de Yagma est le plus grand rassemblement des fidèles catholiques dans l’année. L’occasion était aussi bonne pour les commerçants, en particulier du secteur de la restauration mais aussi les parkeurs de faire de bonnes affaires. Avec un tel monde dans un contexte marqué par l’insécurité, les forces de l’ordre mobilisées en grand nombre étaient sur le qui-vive. Tous ceux qui arrivent sont systématiquement fouillés avant d’avoir accès au site. Les fouilles se faisaient, il faut le noter dans la plus parfaite courtoisie et de façon professionnelle. Tous les coins et recoins du site étaient occupés par des pèlerins. Ils ont d’abord bravé la forte fraicheur matinale puis la longue attente au soleil. Chorale et fanfare étaient là pour aider à supporter l’inconfort climatique.

Vivre dans l’amour à l’image de Mgr Joanny Thevenoud

Le pèlerinage de Yagma 2019 a été célébré sous le thème : « Avec notre Dame de Yagma, familles chrétiennes, célébrons la mémoire des pionniers de notre Eglise ». Et conformément au thème, une mention spéciale a été faite à Mgr Joanny Thevenoud, missionnaire français qui a apporté le christianisme au Burkina Faso. Au cours des homélies, tout en voulant exhorter les pèlerins à l’amour, diverses qualités de Mgr Thevenoud leur ont été longuement contées. Mgr Philippe Ballot ne cessait de marteler que Mgr Thevenoud a vécu dans l’amour et agissait dans l’amour. Pour lui, l’amour est une puissance qui rend service. « Si je n’ai pas la charité, l’amour, je ne suis rien. », a-t-il souligné. Il a alors incité l’assemblée à « vivre dans l’amour du prochain, à ne rien faire d’inconvénant, à se défaire de la rancune, à ne pas se réjouir de ce qui est injuste, à tout endurer ». Mgr Ballot demande de faire montre d’amour même dans les situations les plus extrêmes. Pour démontrer que cela est possible, il cite en guise d’exemple l’attentat contre les coptes en Algérie. Malgré l’horreur, les mères des serviteurs tués ont pardonné aux bourreaux. Mgr annonce qu’un jour le dialogue, la concorde, la cohésion l’emporteront. Et pour ce faire, l’amour et la charité doivent être opposés aux outils et actions de violence. « Personne ne doit appeler à la vengeance, à la haine », souligne-t-il. Pour donner une certaine force à ses propos, Mgr Ballot est venu avec une délégation d’une dizaine de personnes parmi lesquelles on trouve les arrières petits-enfants de Mgr Thevenoud et la maire du village qui a vu naitre le célèbre religieux.
En plus du message d’amour, Mgr Ballot a voulu également livrer un message de fraternité transfrontalière. « Quand je viens au Burkina avec notre histoire commune qui est Mgr Joanny Thevenoud, je suis avec ma famille. Et lorsque les Burkinabè viennent chez nous, ils sont chez eux. Cette fraternité est vraiment importante parce qu’il y a des violences partout aujourd’hui… »

Prières pour la paix

A travers cette célébration les prélats ont voulu faire entendre les voix de « tous ceux et celles qui souffrent dans leur chair et leur âme ». Ils ont prié pour le retour à la paix et à la stabilité du Burkina et toutes les régions du monde soumise à la violence. « Nous sommes venus louer notre Dieu, lui donner aussi nos supplications ; prier en faveur de ceux qui sont là, pour notre famille de Dieu et pour notre Burkina Faso. Nous avons porté la joie et les peines du peuple à travers cette grande célébration », a déclaré le cardinal Philippe Ouédraogo.
Dans la foulée, le cardinal Philippe Ouédraogo a lu la déclaration (voir encadré) de l’ensemble des évêques du Burkina, à travers laquelle ils condamnent avec la plus grande fermeté les attaques et les conflits inter communautaires qui ont récemment eu lieu au Burkina. Concernant le drame de Yirgou intervenu dans la nuit du 31 décembre 2018 au 1er janvier 2019, les évêques ont souhaité que la lumière soit faite sur ce qui s’est passé et que les auteurs payent pour leur crime. Les prélats n’ont pas manqué de prêcher en présence des autorités politiques et administratives des actions de « justice, de réconciliation, d’amour, de fraternité ». Et sans langue de bois, ils ont aussi prôné une gouvernance vertueuse pour une véritable justice sociale.

Par Hamidou TRAORE

Déclaration des évêques du Burkina Faso à la fin de leur Assemblée plénière ordinaire

Réunis en Assemblée ordinaire, nous vos évêques, à la fin de notre rencontre, faisons la déclaration suivante.
En réitérant nos vœux de bonne année à tous, nous relevons que depuis quelques années, la sécurité des personnes et des biens est fortement mise à mal au Burkina Faso. En effet, le pays a connu un nombre important d’attaques terroristes et un certain nombre de conflits intercommunautaires dont le dernier en date a marqué tous les esprits.
Ces événements qui n’ont épargné aucune région du territoire national ont occasionné des pertes en vies humaines dont celles de beaucoup de nos Forces de Défense et de Sécurité sans oublier les dégradations et destructions de biens publics et privés. Tout en exprimant notre douleur et notre compassion face à tout cela, nous, évêques du Burkina Faso, regrettons profondément et condamnons fermement les tristes et douloureux événements survenus à Toeni, à Yirgou et dans d’autres localités. Le cas de Yirgou qui est sans précédent dans l’histoire de notre cher pays, est révélateur d’un tissu social devenu fragile nonobstant la légendaire tradition d’un vivre ensemble heureux sans distinction aucune entre toutes les composantes de la nation burkinabè.
Rappelant le caractère sacré de la vie humaine (cf. Gn 1, 27 ; 2, 7) et dont aucune raison ne peut justifier la destruction, nous lançons un appel à tous et à chacun pour que soient sauvegardées, pendant qu’il est encore temps, les valeurs humaines inaliénables de fraternité, d’entente, de solidarité, de pardon, de paix et d’amour mutuel en vue de préserver la cohésion sociale sans laquelle aucun développement n’est possible.
C’est pourquoi nous lançons un appel confiant et pressant aux autorités du pays afin que toute la lumière soit faite pour situer les responsabilités et que justice soit rendue aux victimes.
Aux fils et filles de notre Eglise Famille de Dieu, nous demandons de prier pour la paix durant tout le mois de février 2019 à travers les actions suivantes :
• Le jeûne, la prière et l’adoration tous les vendredis
• Des messes votives pour la paix tous les samedis
• Une prière pour la paix à la fin de chaque Eucharistie : 1 Notre Père, 3 Je vous salue Marie, 1 gloire au Père…
• Le chapelet tous les jours dans les Communautés Chrétiennes de Base, familles et groupes
Toutes ces propositions qui visent à promouvoir les efforts communs pour la paix ne suppriment pas d’autres initiatives selon les circonstances et suivant l’appréciation des évêques diocésains.
Puisse Marie, Reine de la paix, nous accompagner sur le chemin de la paix véritable, don de Dieu et fruit des efforts des hommes.

Dieu bénisse le Burkina

Fait à Ouagadougou le 17 janvier 2019


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