Les Burkinabè face à leurs dirigeants

Publié le jeudi 24 janvier 2019

Les Burkinabè font preuve d’une extraordinaire résilience. A entendre leurs complaintes depuis au moins deux ans, on est surpris que le ciel ne se soit pas encore écroulé sur leurs têtes, tellement les choses semblent aller de mal en pis. A la vérité, nous sommes un peuple martyr. Dieu, notre bon père à tous, nous a oubliés dans le partage du riche patrimoine terrestre. Nous avons hérité d’un pays aride où la simple survie relève de la gageure. Manger à sa faim, boire à sa soif, se soigner, s’habiller, s’éduquer, se déplacer sont autant de défis de la vie quotidienne des Burkinabè. Mais ce pays si difficile à vivre est réputé être le pays des hommes intègres. Cela peut prêter à sourire par ces temps qui courent, tant l’intégrité est une valeur aujourd’hui malmenée. Et pourtant l’intégrité est une valeur consubstantielle de notre histoire, cette histoire construite par nos aïeux dans cette terre hostile qui les a vus naitre et dont ils doivent leur survie à quelques valeurs cardinales que sont la solidarité, l’intégrité, le courage, l’amour de la patrie. C’est sur le socle de ces valeurs que s’est construite la nation burkinabè. C’est ce référentiel axiologique qui éclaire et explique le parcours tumultueux de ce peuple courageux. C’est aussi à l’aune de cette histoire qu’on peut comprendre le rapport des Burkinabè à leurs dirigeants.
Disons-le sans détour, l’image de nos dirigeants avec à leur tête le président du Faso n’est pas bonne dans notre opinion publique. Le sondage réalisé par le Centre pour la Gouvernance démocratique l’a récemment confirmé. Sur les deux dernières années (2017-2018), le chef de l’Etat a obtenu respectivement la note de 4, 78/10 et 4,91/10. Notre président ne convainc plus les Burkinabè des villes que ceux de la campagne. Cette performance du chef de l’Etat est celle de sa gestion et donc collectivement, celle aussi de son gouvernement. Plus grave, la mauvaise image de la gouvernance se traduit au plan social par une défiance de l’autorité publique. Les Burkinabè, et particulièrement les jeunes, ne respectent pas leurs dirigeants qu’ils considèrent à la limite comme des saprophytes. L’incivisme ambiant qui empoisonne la vie nationale se nourrit donc de la mauvaise image de ceux qui nous gouvernent.

« A la vérité, nous sommes un peuple martyr. Dieu, notre bon père à tous, nous a oubliés dans le partage du riche patrimoine terrestre. Nous avons hérité d’un pays aride où la simple survie relève de la gageure. »

Nous ne cesserons de le répéter, le péché originel de la gouvernance de Roch Marc Christian Kaboré c’est de n’avoir pas su s’arrimer aux aspirations du mouvement insurrectionnel. Une véritable occasion manquée pour refonder l’ensemble de la gouvernance. C’était cela le défi qui apparaissait comme le seul moyen de faire oublier ou plus exactement de faire pardonner le passé politique plus que compromettant d’« anciens nouveaux dirigeants » que nos autorités politiques trainent comme un boulet. Hélas, on s’est inscrit dans la continuité, voire la régression comme certains le disent, par conformisme ou tout simplement par manque d’imagination et de courage. Et le dépit des Burkinabè n’en est que plus grand quand ils découvrent l’état d’esprit de leurs dirigeants face aux fléaux qui minent la société burkinabè. En déplacement à Abidjan la semaine dernière, Paul Kagamé répondant aux questions d’un journaliste sur le miracle rwandais, l’explique tout simplement par la lutte sans concession engagée contre la corruption. Au Burkina, l’opinion dominante de nos compatriotes est que nos dirigeants sont complaisants voire complices de ce fléau. Le président Roch n’a pas démenti cette impression devant les responsables du REN/LAC en leur laissant un sentiment d’impuissance de l’Etat vis-à-vis d’un phénomène présenté comme mondial et donc impossible à éradiquer. La même impression d’impuissance se dégage face à la question du terrorisme. Devant un parterre de personnalités du sahel burkinabè venues exposer la réalité sur le terrain de ce que nous appelons par convenance la lutte contre les terroristes, le chef de l’Etat aurait tout simplement botté en touche. On imagine la déception de ses hôtes du jour !
Nous voilà donc enfermé dans cette quadrature du cercle. L’année 2018 s’achève ainsi dans le doute quant à l’espoir d’un meilleur lendemain. La nouvelle année qui s’annonce devrait être celle d’un retournement de tendance. Les Burkinabè doivent y travailler, à commencer par ceux qui nous gouvernent.

Par Germain Bitiou NAMA


Commenter l'article (0)