Entreprenariat : Soumaila Maïga, le tôlier-peintre qui fait des exploits

Publié le jeudi 24 janvier 2019

Si nous étions dans un pays de fabrication de véhicule, certainement que Soumaila Maïga ferait partie de ceux qui conçoivent ou façonnent la forme des véhicules. Même à défaut, il fait des exploits.

Dès le bas âge, Soumaila Maiga avait un goût prononcé pour l’esthétique. Il l’exprimait à travers les dessins qu’il prenait du plaisir à réaliser. A l’école, il était le meilleur dessinateur. Quand une leçon exigeait un dessin, on avait systématiquement recours à Maïga. Sa passion pour l’esthétique le pousse dès la fleur de l’âge à s’intéresser également au design des véhicules où il pense pouvoir matérialiser ses talents de dessinateur. Il caresse ainsi le rêve choisi depuis d’exercer dans le domaine de la carrosserie et de la peinture. Il abandonne ses études à partir de la classe de 6e. Avec l’aide de son père, il se rend au Ghana voisin pour une formation soutenue en carrosserie et peinture. Une fois dans ce pays, il met d’abord quatre ans pour apprendre la carrosserie. Pour joindre l’utile à l’agréable, il met quatre autres années pour apprendre la peinture. Deux domaines différents mais qui s’appliquent au même objet, c’est-à-dire aux véhicules. Maïga explique que la tôlerie consiste à mettre un véhicule accidenté ou abîmé en l’état. Concernant la peinture, M. Maïga indique qu’elle consiste à appliquer de la peinture sur un véhicule soit en partie soit en totalité. Il souligne que ces deux domaines exigent une habileté soutenue. « Une erreur commise est tout de suite repérable à l’œil nu », assure-t-il. Pour nous montrer la rigueur qu’exigent la pratique de l’hôtellerie et la peinture, il passe ses mains sur un véhicule pour mimer le recours à la sensibilité de la main pour éviter les erreurs. « Après chaque coup de pinceau, la main sur couche permet de se rassurer que tout est lisse ». La peinture exigeant également un talent soutenu, M Maïga indique que le pistolet utilisé doit être à une distance précise et appropriée. En d’autres termes, garder une distance ni trop proche ni trop éloignée. Pour insister sur les exigences des deux domaines et leur particularité, Soumaila Maïga ne peut s’empêcher de révéler qu’il est « rare de trouver un tôlier en même temps peintre ». Il se vante même de faire partie de cette caste. Il explique qu’il a tenu à apprendre les deux métiers pour pouvoir appliquer pleinement sa passion de designer sur les véhicules.

Clients satisfaits des exploits de Maïga

Son savoir-faire ne se cache pas. Des clients confirment spontanément le talent de M Maïga et ces derniers l’appellent affectueusement « Toubabou ». Cette expression issue de la langue Dioula signifie « Blanc ». Il est ainsi surnommé à cause de son teint clair. Pendant que nous échangeons, des clients arrivent et interviennent immédiatement.
Un premier souligne :« Toubabou connait son travail, quand il te retape ta voiture, tu as du mal à reconnaitre que c’est ta voiture gâtée que tu avais amenée, tellement c’est bien fait ». Un autre ajoute : « J’habite très loin d’ici, mais quand j’ai un problème de carrosserie ou de peinture c’est Toubabou que je connais ». Un des voisins de Toubabou rend un témoignage édifiant : « un jour, Toubabou a retapé la voiture d’un gendarme qui avait fait un accident, quand ce dernier est revenu voir sa voiture bien faite, il était tellement content qu’il a pris la voiture et il a fait le tour du terrain (l’entreprise de M Maïga jouxte un terrain de football, ndlr) et il a tiré trois coup de feu. Ce gendarme disait qu’il tirait ces coups de feu pour Maïga ».
Quand nous abordons avec M Maïga la question de la concurrence avec d’autres entreprises du même domaine que lui, il dit être serein car « si tu fais un bon travail, tu ne crains rien ».
Il signale qu’il est également surnommé le ‘fou’ par certains clients car lorsqu’ils se plaignent du coût qu’il leur propose, il leur rétorque « d’aller voir ailleurs ». Et ces derniers courroucés prennent leur véhicule et quitte son garage mais finissent par y revenir.

Un métier qui nourrit son homme

Toubabou assure que son entreprise lui permet de vivre. Ses enfants vont à l’école. Il arrive à prendre en charge sa famille. Mais sa principale satisfaction, c’est qu’il ne « tend la main à personne pour ses besoins ». Il est aujourd’hui propriétaire d’une entreprise qui, depuis sa création en 2000 a pu « former des dizaines de personnes qui, à leur tour ont pu ouvrir leur propre société de peinture, d’hôtellerie ou des deux à la fois ».
Et il travaille pour lui-même. Durant tout l’entretien, M Maiga ne cessait de ressasser et prôner la rigueur dans l’accomplissement de ces deux tâches. « Si tu es paresseux, tu ne peux pas tenir », ajoute-t-il. Il affirme que nombre d’apprentis n’ont pu tenir et « beaucoup ont fui ». Il nous apprend que ses employés lui demandent souvent, « patron toi-même tu prends quoi pour travailler ». En rappel, l’entretien avec Soumaila Maïga a eu lieu un jour férié à son atelier

Hamidou TRAORE


Commenter l'article (0)