ANEREE : Quand Bachir nargue l’autorité de contrôle

Publié le jeudi 6 décembre 2018

Le ministre de l’Energie Bachir Ouédraogo a fini par obtenir la tête du DG de l’ANEREE. En effet, au conseil des ministres du 25 octobre, un nouveau directeur général a été nommé en remplacement du Dr. Ingénieur Jean Marc Palm. Dans la foulée les DG et DFC entrants ont été installés le 02 novembre, en l’absence du DG sortant. Ces installations expresses qui bousculent les règles élémentaires en la matière soulèvent cependant de nombreuses interrogations.

La crise à l’ANEREE avait été révélée au grand public à travers un document apocryphe, son auteur, Nana Elodie étant inconnu des effectifs de la boîte. Puis ce fut le recours à l’ASCE/LC appelée à sceller le sort du DG. Mais voilà, que contrairement aux attentes, la mission d’investigation de l’ASCE/LC lance des signaux inquiétants. Une note d’information et de mise au point est publiée dans un premier temps, enjoignant le très protégé Lamine Traoré, DFC de l’ANEREE (en déshérence depuis des mois) de rejoindre son poste. Son absence prolongée à son lieu de travail est selon la note, « irrégulière » et « ne pourrait être justifiée par aucune disposition règlementaire régissant les agents publics. » Dans un deuxième temps, c’est le contrôleur général d’Etat lui-même, Luc Marius Ibriga qui enfonce le clou. Dans une lettre au ministre Bachir Ouédraogo en date du 3 octobre, il rappelle le ministre à ses responsabilités : lever le blocage des activités de l’ANEREE en nommant un directeur financier et comptable intérimaire. Manifestement les choses prennent une autre tournure. Alors qu’on attendait de l’ASCE/LC qu’elle entre dans un scénario écrit à l’avance, voilà que l’institution de Luc Marius Ibriga affiche son indépendance. Le ministre fait mine d’accueillir favorablement la requête formulée par le patron de l’ASCE/LC mais c’est pour immédiatement abattre ses cartes. Un nouveau DFC a bien été nommé au conseil des ministres suivant la saisine du ministre. Mais cette nomination est suivie d’une autre, celle d’un nouveau DG à l’ANEREE. Et voilà l’ASCE/LC placée devant de nouveaux interlocuteurs. Si on veut brouiller les pistes on ne s’y prendrait pas autrement ! Veut-on faire comprendre à l’ASCE/LC qu’on n’a plus besoin d’elle ?

Le but de la manœuvre

Comme nous l’avions montré dans notre publication du 10 octobre, c’est le ministre Bachir Ouédraogo lui-même qui tire les ficelles. Ce qui le gêne, c’est la loi organique et les prérogatives qu’elle confère à l’ANEREE. De toute évidence, le ministre verrait bien ces prérogatives transférées aux directions de son ministère notamment, à la direction générale des énergies renouvelables (DGER) et à la direction générale de l’efficacité énergétique (DGEE). A dire vrai, cette idée hante l’esprit des responsables du ministère de l’énergie depuis la naissance de l’ANEREE. Il était admis pourtant dès le départ que les compétences initiales de ces deux directions du ministère devaient être transférées à l’ANEREE. Mais rien n’a été fait dans ce sens et pour une raison simple. Avec la création de l’ANEREE, le budget du ministère est passé du simple au double. En récupérant les prérogatives de l’ANEREE, le ministère garde la main sur les financements dévolus aux énergies renouvelables. On peut alors tout imaginer, y compris les intentions malveillantes qui se cachent sous des modes opératoires, tels les appels d’offres où se nouent des « opportunités d’affaires » personnelles, pour ne pas dire mafieuses. Tout a été fait pour priver l’ANEREE de ses prérogatives essentielles. Aucun projet majeur touchant à ses attributions ne lui a été soumis. Pire, depuis sa prise de fonction, le DG n’a reçu aucune lettre de mission d’où qu’elle vienne. C’est la preuve, que l’on a décidé d’étouffer l’ANEREE, rien que pour fournir le prétexte à une nouvelle loi plus conforme à la vision du moment. Conséquence de cela, des travailleurs sous employés et plus de 150 millions de FCFA dépensés en pure perte.

Le rôle trouble du Conseil des ministres

Peut-on imaginer que par deux fois le projet d’organigramme du ministère de l’énergie ait été retoqué par le Conseil des ministres, principalement à cause de l’ANEREE dont l’existence a été quasiment ignorée dans ledit document. Nous avons en effet vu que l’ANEREE dans le nouvel organigramme du ministère a été positionnée sur une seule composante, la composante contrôle. Le nouvel organigramme est donc contraire à la loi. Son rejet est tout simplement logique. Pour autant, cela ne saurait être suffisant. Il eut fallu signifier au ministre que les arguments qui soutiennent le changement ne tiennent pas la route. On a en effet un exemple où les choses se passent convenablement et au mieux. En effet, la direction générale des Technologies de l’information et de la communication (DGTIC) logée au ministère de l’économie numérique travaille en bonne intelligence avec l’Agence Nationale de Promotion des Technologies de l’Information et de la Communication(ANPTIC). La direction logée au ministère monte les projets de développement et l’Agence est chargée de leur exécution par la procédure d’un contrat plan signé entre les deux structures. Le suivi de l’exécution est assuré par un comité de pilotage et de revue issu de la DGTIC. L’ANEREE n’arrive donc pas dans un paysage désertique. Il y a des exemples et ils sont légion, au plan national et sous régional où ça marche. L’organigramme du ministre Bachir Ouédraogo draine une vision et des pratiques surannées et contre-productives. C’est là où git le lièvre. Mais on a forgé sciemment des leurres pour égarer les Burkinabè. Le président du Faso qui a fait de la maitrise de l’énergie un indicateur traceur de sa gouvernance ne doit pas se laisser divertir. A moins qu’il n’ait un intérêt personnel dans l’opération, ce que nous n’osions croire. On ne peut pas nous dire qu’on veut des résultats tangibles à l’horizon 2020 et jouer à ce petit jeu.

Des signes inquiétants

Dans cette affaire, la crédibilité de l’autorité de contrôle est en jeu. Appelée d’urgence à l’ANEREE, l’ASCE/LC avait en effet commencé à travailler sur le dossier de l’institution. Selon nos informations, le premier ministre aurait été prié par le contrôleur général d’Etat de s’abstenir de toute mesure tant que la mission d’investigation se trouve sur le terrain. Une simple précaution de bon sens. De toute évidence, l’on a fait la sourde oreille. Que veut-on cacher en choisissant ce moment pour virer le DG ? Pire, quelle urgence y a-t-il à vouloir vider les lieux sans une passation des charges transparente faite dans les règles de l’art ? En effet, dans un courrier reçu le 30 octobre, le DG a été informé de ce que lui et son DFC devraient passer service le 2 novembre dernier. Les Burkinabè de bonne foi jugeront si ce délai suffit à faire une bonne situation de chacune des directions de l’ANEREE, en particulier la direction financière et comptable dont le principal responsable est en déshérence depuis près de cinq mois. Outre cette installation au pas de charge, on note cette tentative de semer la zizanie au niveau du corps de contrôle. A défaut de pouvoir influencer la mission d’investigation, on a apparemment entrepris de semer la suspicion sur sa probité. Attention, il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Si on veut déstabiliser l’ASCE/LC parce qu’on craint de ne pas y trouver son compte, c’est jouer les apprentis sorciers et c’est très dangereux. Il ne faut pas que pour des intérêts obscurs, parce qu’on a un intérêt à défendre, on commette l’irréparable.
Quand on imagine le ramdam qui a été fait autour de cette affaire, depuis les tentatives de blocage de l’ANEREE avec la complicité du DFC et du PCA, l’agitation commanditée du personnel, avec pour objectif de forger un alibi, on comprend jusqu’où l’on peut aller dans la manipulation. Mais ces gesticulations quand elles ne servent pas les bonnes causes finissent par se retourner contre leurs auteurs. Il est possible qu’il y ait eu des fautes de gestion, le rapport d’investigation, si jamais il voit le jour, nous en situera l’ampleur. Mais on ne peut prendre prétexte de ces difficultés qui du reste comportent des solutions techniques, pour remettre en cause une vision et une stratégie avant même que celles-ci n’aient eu le temps ni les moyens de faire leur preuve. Cela s’apparente à de la fraude. Selon nos informations, le ministre Bachir Ouédraogo aurait été invité à s’adresser à l’assemblée nationale s’il veut changer la loi. Cela veut dire que le gouvernement lui-même est d’accord pour changer la loi, à moins qu’il ne joue les hypocrites. En tous les cas nous leur souhaitons bonne chance. A l’heure du bilan, les Burkinabè sauront apprécier. Et les historiens du présent que sont les journalistes seront aussi là pour témoigner !

Par Germain B. NAMA


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