Fbf : Les non-dits d’un toilettage

Publié le mercredi 25 avril 2018

La Fédération burkinabè de foot du colonel Sita Sangaré a toiletté ses textes et règlements fondamentaux pour les délester de tout anachronisme. Dans un monde sport ou le dynamisme le dispute aux innovations à l’international, le Burkina se devait de se mettre en phase. Mais sous les tropiques, ces genres d’opérations sont suspects. Pour paraphraser feu Omar Bongo, on dira qu’on n’amende pas des textes à sa défaveur. C’est donc avec appréhension que les observateurs attendaient de voir les points du relookage voulu par l’équipe de Sita. Mais la relecture des textes a débuté en 2016, au lendemain de la réélection de l’équipe en place, une opération conduite par une commission qui a versé ses travaux pour amendement. On imagine mal l’ensemble des membres de cette commission tous aux ordres. Et quand bien même cette commission venait à être manipuler, un dernier filtrage existe, la plénière. Toutefois, selon notre confrère Le Pays, certaines têtes bien faites du monde du foot domestique ont évacué la salle à l’heure où les débats sur les questions importantes devaient être ouverts au motif qu’elles partaient assister leurs équipes qui devaient jouer le championnat. Comment expliquer un tel comportement ? Comment comprendre cette légèreté à un moment aussi crucial où il faut jeter les jalons de notre football ? Le résultat d’un match de championnat ne saurait avoir le même ordre d’importance que l’avenir de la structure fédérale. Des grandes décisions, l’AG extraordinaire de la FBF en a prises. Désormais, pour être candidat à l’élection à la présidence de la FBF, il faut avoir 3 ligues comme parrains. Ce n’est pas en soi un handicap difficile à surmonter pour qui veut diriger la FBF, d’autant plus que le Burkina compte 13 ligues et qu’une ligue peut parrainer plus d’un candidat. Toutefois, la justification de ce point est peu convaincante. Ce n’est pas parce qu’on a l’aval de 3 Ligues qu’on est connu. Aujourd’hui, avec souvent un joli chèque, « un étranger » peut réussir son parachutage. La CAF avait trouvé une obligation plus efficace. A ce niveau, pour être président, il faut être un membre de la CAF. Autrement dit, un inconnu du système ne peut pas briguer la présidence. Et comme il s’agissait de s’aligner aux textes de la CAF ou de la FIFA, cette mesure de la faitière africaine pouvait nous inspirer, exiger que le candidat soit membre d’un bureau de club. Cela cadrerait mieux avait l’objectif. Dans le cas contraire, il fait trouver une autre justification. En deuxième point qui corse les conditions de candidature : les nouveaux textes stipulent que, dorénavant, le candidat doit avoir entre 30 et 70 ans. En outre une caution doit être versée préalablement pour qui veut se présenter à l’élection de la FBF. Le principe n’a pas fait l’objet de débat. Par contre le montant de la caution a beaucoup agité l’AG. Finalement, c’est au vote que le point fixé de 2 000 000 F CFA a été acté au titre de condition préalable pour tout candidat. En parcourant les réseaux sociaux, on réalise que ce dispositif n’est pas bien accueilli. En fait, il a été très mal expliqué. Le président Sita Sangaré dit vouloir ainsi barrer la route « aux candidats fantaisistes ». Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on est un candidat fantaisiste. Un riche peut n’avoir rien dans la tête. La pauvreté de l’esprit est plus lourde de conséquence que celle du portefeuille. Le plus important, ce sont les capacités intellectuelles, le savoir-faire. On ne vient pas à la FBF pour financer les activités de sa poche. Par contre, le dernier point majeur des retouches des textes concerne le mode du scrutin. Avant, les élections se déroulaient selon le principe de scrutin par liste. Tout candidat présente une liste opposée aux autres. Dans la nouvelle approche, seul le président est élu. Libre à lui de composer son équipe bien après. En expliquant le bien-fondé de cette mesure, le col Sangaré a marché sur les œufs, évitant de vider sans doute le fond de sa pensée. En effet, il a avancé que le changement introduit a pour objectif d’éviter qu’un candidat élu soit capable de piocher même dans le camp d’en face pour composer son équipe. On sait que c’est une vue d’esprit. L’élection tranche les camps. C’est un processus. Ce n’est pas à la fin qu’on peut faire confiance à quelqu’un qui était de l’autre côté. Par contre, il fallait introduire ce dispositif pour ce qu’il permet d’éviter que les clubs n’imposent les hommes de leurs choix au président élu. En effet, pour avoir l’accompagnement, les candidats promet des postes aux clubs qui désignent leurs représentants. Dans l’exercice, les choix s’avèrent souvent improductifs, conflictuels, pas bons. Mais le président est obligé de faire avec. Ce ne sont pas ses choix, mais il ne pouvait pas faire autrement, vu que la composition du bureau est actée avant l’élection. Dans les nouveaux textes, la composition se fera bien après. C’est cynique mais on pourra dire qu’une fois le président élu, il pourra composer son équipe librement refusant un nom qui ne lui convient pas, ou remettant en cause son engagement vis-à-vis d’un club. Il est élu, rien ne peut plus arriver. Poussant cette analyse plus loin, on se met à l’évidence qu’elle profitera au président en place. S’il a droit de vie ou de mort sur ses collaborateurs, il peut révoquer qui il veut quand il veut. Dans l’ancien système, du fait que les membres du bureau étaient aussi élus, ils ne pouvaient pas être révoqués par le président. Mieux, c’était un contre-pouvoir, car si trois tiers (3/4) démissionnent, le mandat du président pouvait être remis en cause. Ce contre-poids disparaît. Le président peut gérer tranquillement son mandat. Les plus optimistes diront que cette possibilité permettra d’instaurer une harmonie et donner plus d’efficacité à l’équipe fédérale. A l’arrivée, c’est le foot national qui gagne !

J J Traore


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