« Police islamique » à Pouytenga : Des révélations qui interpellent le gouvernement

Publié le mercredi 25 avril 2018

L’affaire de la police islamique, agissant sous le couvert de l’association Nachroul Islam a emballé les réseaux sociaux. Les médias s’en sont emparés par la suite. Puis les choses ont vite évolué. Au Conseil des ministres du 28 mars dernier, une communication orale du ministre de la sécurité, Clément Sawadogo, faisait état d’une note du Haut-commissaire de la province du Kourritenga notifiant à l’association Nachroul Islam sa dissolution. Au moment où cette information tombait, rien n’avait encore filtré des investigations des structures compétentes du ministère de la sécurité.

Nachroul Islam travaille à promouvoir l’islam et ses enseignements à travers des prêches et la « police » en question est un service d’ordre créé par le mouvement sunnite de Pouytenga. Il intervient pour n’importe quel groupe ou association islamique lorsque son activité est en lien avec l’islam. Sa mission est de sécuriser les fidèles dans les mosquées et les lieux où se tiennent des cérémonies religieuses. Elle n’est pas armée. Elle n’a pas non plus vocation à être un groupe d’autodéfense, une secte, une société initiatique et encore moins une milice. Son existence et son champ d’action sont connus des services de la police et de la gendarmerie de Pouytenga. Les tenues leur auraient même été présentées avant utilisation. C’est ce qui ressort du tête-à-tête entre la Fédération des associations islamiques du Burkina et les responsables de l’association, quelques jours après le déclenchement de la polémique.
Cependant, diverses sources soulignent que des choses pas claires se font sur le terrain sous la bannière de Nachroul Islam depuis 4 à 5 ans. L’association disposerait d’une école coranique au secteur 3 dont les élèves subissent des formations à caractère ‘’militaire’’ (pompes, rampes, arts martiaux et exercices avec des pneus), rapporte Sidwaya. Ce n’est pas tout. Dans la confrérie musulmane, plusieurs agissements du patron de Nachroul Islam, Saydou Sana, qui nie pourtant la paternité de ladite « police », sont critiqués. Il semble avoir joué un rôle dans le débarquement sans consensus de l’ancien bureau de la communauté musulmane de Pouytenga, présidé par El hadj Kassoum Sini. Notre confrère, citant un responsable de la grande mosquée, souligne qu’en son temps, il y a eu un affrontement entre les partisans de l’ancien bureau sous la conduite des mouvements chiites et ceux du nouveau bureau sous la conduite de Nachroul Islam. Le vendredi 2 février dernier, au moment où l’affaire est pendante devant la justice, l’association aurait tenté d’imposer un imam à la grande mosquée. La situation a dégénéré et la ‘’police islamique’’ aurait « semé le désordre ».
Nachroul Islam aurait distribué de l’argent. Tout d’abord pour motiver les jeunes, puis pour acheter l’adhésion de personnes âgées. Certains fidèles à sa doctrine ont bénéficié de motos de marque Sirius. D’après le témoignage d’un ancien membre de l’association, c’est un milieu où toute idée de contradiction n’est pas accueillie et où les prêches sont radicales. L’association elle-même serait dans une posture d’extrémisme. Elle n’admettrait pas qu’un musulman fréquente une personne d’une autre confession religieuse.
Le ministère de la Sécurité a annoncé « que ses services suivent de près l’évolution de la situation et que des instructions fermes ont déjà été données aux structures compétentes pour investigation profonde et mesures éventuelles à prendre ». Où en est-on avec ces investigations ? Ce que l’on sait c’est que l’association a été dissoute précipitamment. Mais cette décision est loin et même très loin de résoudre le problème. Le gouvernement doit établir si les différentes allégations sont vraies ou fausses. Si elles sont vérifiées, le plus urgent c’est de faire tout pour dé-radicaliser les jeunes à qui on a déjà inoculé le virus de l’extrémisme violent. Le gouvernement devra également situer les responsabilités des autorités locales de Pouytenga et du Kourritenga. En effet, Nachroul Islam soutient pour sa part que la mairie, le Haut-commissariat et la gendarmerie, en plus de connaître leur champ d’action, ont été informés de leur volonté d’avoir une tenue pour la sécurité. Et c’est parce qu’ils n’ont pas exprimé d’opposition que les uniformes ont été confectionnées.
Pouytenga est une commune cosmopolite, fortement islamisée et où vivent plus d’une dizaine de nationalités, partageant le commerce comme activité principale. Il ne faut donc pas négliger le risque d’influence et de recrutement des jeunes au profit de filières terroristes. Du reste, les investigations doivent aller au-delà de Pouytenga. L’association Nachroul Islam dit s’être inspirée de Cinkancé. C’est possible que dans d’autres localités de telles initiatives existent et prospèrent.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO


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