Sécurité : Les heureuses métamorphoses de la force du G5 Sahel

Publié le mercredi 20 février 2019

Enfin ! La force du G5 Sahel est entrée dans sa phase d’efficace. En dépit de la double attaque coordonnée et sanglante de Ouagadougou du vendredi 2 mars contre l’Etat-major des forces armées et l’ambassade de France, la force du G5 Sahel marque indéniablement des points contre les terroristes ces derniers temps. L’attaque de Ouagadougou, qui survient quelques jours seulement après celle de la MINUSMA qui a tué cinq casques bleus, n’est qu’un acte désespéré des terroristes, désemparé et ne sachant plus quelle est la conduite à tenir. En tout cas, cette attaque doit se lire comme telle, et comme n’étant rien d’autre que la résultante de l’entrée en action inattendue, pour les terroristes, de la force du G5 Sahel. C’est, du reste, ce qui ressort du communiqué de revendication du 3 mars du GSIM, Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans, dans lequel celui-ci affirme « avoir agi en représailles à une opération de l’armée française au Mali en février ». En effet, le 14 février 2018, la coalition Sahel, composée de la force du G5 et de la force française Barkhane, a attaqué, lors d’une opération dans le nord du Mali, à la frontière avec l’Algérie, un repaire des terroristes, tuant plus d’une vingtaine, dont plusieurs lieutenants du mouvement de Lyag AG Ghali. En rappel, le GSIM est un mouvement terroriste sahélien né le 2 mars 2017 de la fusion des groupes Ansar Dine, dirigé par le Malien Lyag AG Ghali, al-Mourabitoune, de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, et l’Emirat du Sahara, une branche d’al-Qaïda au Maghreb islamique. Parmi les tués du 14 février, il y a notamment celui qu’ils appellent le chef, Hassan al-Ansari, Malien originaire du nord, et qui était devenu le représentant du GSIM dans la région de Gao. De son vrai nom Mohamed Ould Nouini, c’était un des membres fondateurs du GSIM. Sa spécialité : les armes et la stratégie. Une autre grosse pointure du GSIM est tombée ce jour-là : Ali al-Tilemsi, également originaire de Gao. Membre du mouvement pour l’Unicité de la Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), puis d’al-Mourabitoune, ce commerçant était l’un des plus grands trafiquants de drogue de Gao et le principal pourvoyeur du mouvement. Après avoir combattu dans une milice progouvernementale proche des colonels Ould Meydou et Hadj Gamou, deux officiers arabe et touareg maliens loyalistes, Ali al-Tilemsi a ensuite intégré les groupes terroristes en 2012. Le communiqué de revendication de l’attaque de Ouagadougou précise d’ailleurs que « le but de l’attaque de Ouagadougou était de repousser le régime du Burkina et les autres pays qui se sont alliés dans le G5 Sahel pour combattre à la place de l’armée française ».

Des succès militaires et de nombreuses victoires sur les autres fronts

Les premiers coups de semonce avaient été donnés par la « démonstration de force » du G5 Sahel du 2 au 11 novembre 2017. Cette démonstration, en son temps, et par de-là l’opération de charme en direction des donateurs (peut-être encore peu convaincus de la capacité réelle du G5 à lutter contre le terrorisme, d’où, du reste, ses difficultés à lever le budget nécessaire à l’opérationnalisation en dehors du noyau dur des donateurs initiaux), était un signe que la force du G5 Sahel était maintenant fin prêt à en découdre avec les terroristes, près de 4 ans après sa création en février 2014 à Nouakchott en Mauritanie. D’ailleurs, la réplique opposée ce 2 mars par nos gendarmes formés dans la lutte contre le terrorisme montre le niveau d’efficacité atteint actuellement par nos forces de sécurité. Certes, il reste des ajustements à faire, au plan du renseignement notamment dont l’attaque a mis à nu certaines béances : en l’occurrence, l’existence plus que probable dans nos forces armées d’officiers félons et, peut-être même, d’une cinquième colonne, puisque l’armée est une chaîne de commandement (et on pense particulièrement aux cellules dormantes de l’ancien service national de renseignement dont les réseaux étaient naguère beaucoup trop liés à ceux des terroristes). Certes aussi, on ne peut monter, impunément, un service de renseignements efficace en l’espace de deux ans, et, surtout, à la suite d’une désorganisation de l’armée et de l’administration, consécutive aux événements survenus ces quatre dernières années. En dépit de tout cela, le G5 Sahel, sur un plan strictement militaire, est maintenant sur la bonne voie. De plus, la lutte contre le terrorisme sahélien étant multidimensionnelle, les pays du G5 Sahel ont aussi obtenu, ces derniers temps, des succès francs sur les autres fronts. Serge Daniel, correspondant de RFI à Bamako, a raison de faire remarquer (dans « Les dimanches politiques » de Radio Oméga du 11 mars 2018) que les terroristes sahéliens n’ont pas de revendications idéologiques et, à fortiori, territoriales. Ils sont incapables, d’après ce spécialiste des mouvements terroristes sahéliens, d’administrer le moindre pouce de territoire en tant qu’administration d’Etat. En revanche, ce qu’ils réclament, c’est une zone franche de quiétude, pour eux, dans toute la bande sahélienne pour traficoter en tout genre : crimes organisés, trafic humain, trafic de drogue, contrebande, etc. Or, sur le plan du trafic de drogue, on sait qu’après le démantèlement des cartels de Colombie (cartel de Cali et de Medline, et la disparition de fameux noms comme celui de Pablo Escobar), le foyer international de ce trafic s’est déplacé d’Amérique latine à la zone sahélo-saharienne où il s’est reconstitué, avec ses inévitables cortèges de mafia, de corruption et de crime organisé. Le GSIM lit bien la situation, et sait que cette zone franche est en perdition avec l’entrée en scène du G5 et ses capacités nouvelles de nuisance. Aussi, rappelle-t-il, dans son communiqué revendiquant l’attaque de Ouagadougou, qu’il serait bon de revenir à la politique du précédent président, Blaise Compaoré, qui avait observé « une certaine neutralité à l’égard de la lutte des moudjahidines contre la France et ses alliés ». Décidément, ces fous de la drogue n’ont pas encore compris que « leur tante ayant changé de mari, ils devraient, eux aussi, dans le même mouvement, changer de parents à plaisanterie ». Les gouvernements du G5 Sahel ont obtenu, ces derniers temps, « de nombreux résultats probants dans la lutte contre le trafic de la drogue, le terrorisme et la corruption, grâce à une augmentation du nombre de saisies, une plus grande coopération, et des solutions judiciaires innovantes ». Pour les terroristes, la donne a radicalement changé par rapport aux temps bénis du modus vivendi passé avec Blaise Compaoré.
Dans une récente publication (26 février 2018), le secrétariat permanent du G5 Sahel a révélé que la réponse à la situation sécuritaire dans le Sahel connaît actuellement un changement positif. Ce satisfecit de l’organisation est partagé par le représentant régional de l’office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) en Afrique de l’Ouest et du Centre, M. Pierre Lapaque, qui confirme que : « L’ONUDC est témoin des changements systémiques positifs opérés dans la région ces dernières années. Nous assistons à une augmentation de l’appropriation nationale et régionale, ce qui a un impact positif sur la sécurité au Sahel ». Ainsi, en 2017, souligne le secrétariat permanent, « les agents d’application de la loi basés dans les aéroports de Bamako, Niamey et Ouagadougou ont saisi plus de 35 kg de drogue, et plus d’un million de dollars en devises étrangères. Il y a deux semaines, au début du mois de février, les agents de la Cellule Aéroportuaire Anti Trafic (CAAT) de Ouagadougou, devenu opérationnelle en 2017, ont procédé à la saisie de 4,8 kg d’héroïne, sur un seul passager ».

Les pays du G5 Sahel s’appliquent à assécher méthodiquement les sources de financement des terroristes

Le trafic de drogue est une source importante de financement pour les groupes armés et les groupes terroristes. Rien qu’en l’espace de 4 mois (novembre 2017-février 2018), les services douaniers burkinabè ont saisi plus de 15 tonnes de cannabis, 14,380 kg d’héroïne, 10,9 kg de méthamphétamine et 1,4 kg de Cocaïne (cf. Le Pays, nº6541 du 1er mars 2018). Leur dernière prise, qui a eu lieu le samedi 17 février 2018, a concerné plus de 4 tonnes de chanvres indiens dissimulés dans les caches aménagées d’un camion remorque en provenance du Ghana et à destination du Mali (Le Quotidien, n nº2184 du 24-25 février 2018). Le Niger a atteint, indique le secrétariat permanent du G5, des résultats concrets en 2017 dans sa lutte contre le financement du terrorisme : son gouvernement a obtenu ses deux premières condamnations pour financement du terrorisme qui impliquait huit suspects et une troisième condamnation pour la participation à des actes terroristes. Ce dernier pays a été aussi « particulièrement efficace dans le traitement des affaires liées au terrorisme au cours des 12 derniers mois. L’action concertée des autorités judiciaires nigériennes, des Volontaires des Nations Unies (UNV) et de l’ONUDC a aidé à traiter les cas de 230 terroristes présumés, dont 11 femmes et 25 enfants, en 60 jours au printemps dernier. Depuis, 600 détenus des prisons de Niamey, Kollo et Koutoukalé au Niger ont reçu l’aide des VNU : 200 de ces dossiers ont été traités entre septembre 2017 et janvier 2018, aboutissant à la remise en liberté de 59 détenus, dont 18 libérations provisoires. 100 enfants ont également entamé leur processus de réadaptation et de réintégration, suite à l’assistance de l’ONUDC ». Sans tambour ni trompette, les pays du G5 ont aussi lutté contre la corruption au sein de leurs institutions. Ainsi, indique le secrétariat permanent, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie et le Niger ont déjà ratifié la Convention des Nations Unies contre la Corruption (CNUCC) tandis que le Tchad prend actuellement des mesures en vue d’une ratification. Enfin, le secrétariat note « une avancée majeure du gouvernement du Burkina Faso qui a élaboré, en 2017, deux lois anticorruption dont l’une vise à pénaliser la corruption et l’autre à rendre l’institution anti-corruption (ASCE-LC) plus indépendante et donc plus forte. Depuis, le nombre d’affaires examinées et transférées au système judiciaire a été multiplié par 10, passant d’une moyenne de 5 affaires par an à environ 50 dossiers en 2017 ».
Aussi, en conséquence de tous ces résultats engrangés sur le terrain, le G5 Sahel vient-il d’obtenir, à la conférence des donateurs à Bruxelles le 23 février dernier (une quarantaine de pays représentée, en présence du Secrétaire Général de l’ONU, M. António Guterres), le quitus et le soutien de la Communauté internationale pour enfin opérationnaliser sa force. Avant Bruxelles, l’enjeu était de dépasser la barre des 300 millions d’euros. Le 23 février dernier à Bruxelles, et « en réponse aux besoins et aux priorités opérationnelles nécessaires à la pleine opérationnalisation de la Force conjointe, et exprimés par son Commandant, des annonces cumulées de l’ordre de 414M€ ont été faites dont 176M€ de la part de l’Union européenne et de ses Etats membres, y compris 100M€ de la Facilité africaine de Paix ». Mais plus encore, un arrangement technique y a été signé entre la Commission européenne, les Nations Unies et le G5 Sahel, en vue de fournir, par l’intermédiaire de la MINUSMA, « un appui opérationnel et logistique spécial à la force conjointe » du G5 Sahel (sur la base de la recommandation de la Résolution 2391 du Conseil de Sécurité des Nations Unies). Le nerf, et tout le nerf de la guerre, qui faisait défaut ! C’est sans doute après avoir pris connaissance de cela que les terroristes ont attaqué les casques bleus de la MINUSMA, quelque trois jours avant l’attaque de Ouagadougou.
Ces dernières semaines, le G5 a encore accéléré la cadence contre les terroristes. Ainsi, sur le front du trafic des migrants, le Niger vient de faire voter deux lois draconiennes contre les passages d’immigrants clandestins qui traversent son territoire vers la Libye. Ceux-ci se faisaient en convois de plus de 200 camions, quelque fois. Désormais, aucun convoi de plus de 5 véhicules ne peut traverser le pays. En application de ces deux lois, la sécurité nigérienne vient d’engager presque des « chasses à la battue » contre terroristes et trafiquants. Ce sont les fuyards de ces chasses à battue qui ont traversé la frontière (cf. RFI, vendredi 16 mars 2018) et écument, ces derniers temps, l’Est du Burkina, par les dernières attaques de la région de Fada (à Nassougou, province de la Tapoa, le 15 mars 2018 contre les agents forestiers). Il appartient maintenant à la partie burkinabè de montrer que l’ordre des choses a changé, sans retour, et que la longue idylle qu’entretenait l’ancien régime de Blaise Compaoré avec le terrorisme est bien finie !

ALS


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