Foncier : Les habitants de Tengandogo en état d’alerte contre les sociétés immobilières

Publié le jeudi 29 mars 2018

Tengandogo est un quartier non lotie logé dans la commune rurale de Komsilga, située à environ 10 km de Ouagadougou. Les habitants dudit quartier ont organisé à un meeting le dimanche 4 février. Ils veulent à travers cette activité dénoncer et se soustraire des « appétits voraces des sociétés immobilières » qui depuis un certain temps s’accaparent de grandes superficies de terre au détriment des pauvres résidents originaires.

L’incapacité de l’Etat à offrir des logements décents aux Burkinabè et la spéculation de particuliers sur le foncier qui a rendu inaccessible la terre à la grande majorité des Burkinabè, ont poussé ces derniers à se confiner dans les zones non loties pour bâtir des concessions de fortune comme à Ouagadougou. La ville s’étend au point de se confondre à celles qui la coudoient. La nouvelle trouvaille de certains tenant du monde des affaires est d’accaparer de grandes surfaces de terre pour construire des logements qu’ils revendent après à des montants inaccessibles à la grande masse des Burkinabè ordinaires. Cette donne a mis en état d’alerte maximal tous ceux qui ont souffert pour s’offrir un lopin de terre dans les zones non loties afin de jouir de leur droit au logement. C’est dans cette logique que femmes, hommes, jeunes, enfants se sont massivement mobilisés dans la soirée du 4 février pour crier leur désapprobation du comportement de certains élus de leur commune. Les participants au meeting n’hésitent pas à dire qu’ils sont « prêts à mourir ou affronter toute personne qui voudra les déguerpir de Tengandogo ».

Les faits

C’est Olivier Nana qui a livré la substance des récriminations. Il explique que la population de Tengandogo a « un problème avec certains conseillers municipaux de la commune qu’elle a élus il y a trois ans ». Ces conseillers au nombre de trois veulent que cette population quitte leurs habitations pour « les céder à une agence immobilière » dont elle ignore le nom, mais appartenant à un certain Alain. Olivier Nana affirme que ces conseillers leur ont signifié cela au cours d’une réunion tenue dans ladite localité le dimanche 28 janvier 2018. D’autres résidents surplace comme Lamine Kabré ont ajouté qu’une forte délégation avec à leur tête les trois conseillers municipaux s’est rendue dans le quartier la veille, c’est-à-dire le samedi 3 février pour recenser les résidents et récupérer les photocopies de leurs pièces d’identité. Ils disent être très inquiets car la délégation ne donnait pas d’explication sur les raisons du recensement. Dans la foulée, pendant que les plaignants s’adressent à des journalistes, une bagarre éclate. Des personnes « acquises » aux conseillers mis en cause viennent dans un véhicule et veulent donner leur version via les micros des journalistes. S’engage alors une rixe. Mais heureusement, elle sera très vite désamorcée… Pour lever leur inquiétude, les plaignants reconnaissent avoir entrepris des démarches envers le premier responsable de la localité, c’est-à-dire le maire. Ce dernier leur aurait répondu qu’il n’était pas au courant d’une telle entreprise et assure que la mairie n’est mêlée ni de près ni de loin à cette opération. Comme si cela ne suffisait pas, les plaignants demandent au maire de Komsilga de se prononcer publiquement pour marquer son désaccord sur ce qui se trame.

Une démarche à l’insu de la mairie

Nous avons tout de même trouvé bizarre la démarche des conseillers qui agissent dans un domaine où, la mairie est en principe compétente. Joint au téléphone, le maire confirme que son institution n’a ni ordonné, ni approuvé cette entreprise. Mieux, le maire souligne qu’il a même demandé aux conseillers en question, lorsqu’il a eu vent de la situation, d’arrêter leurs actions qui ne rencontrent pas l’assentiment de la population. Le maire rappelle aussi que la mesure gouvernementale de suspension des opérations de lotissement prise depuis la Transition est toujours en vigueur. Et il ne lui appartient pas de passer outre cette décision. L’un des conseillers incriminé du nom d’Augustin que nous avons aussi joint au téléphone nous confirme que leur action n’était pas commanditée par leur mairie, mais visait à « aider » les résidents de la localité.

« Ce n’est pas pour les chasser, mais les aider »

Le conseiller Augustin reconnait avoir engagé une opération de recensement. Mais il précise tout de suite que cela ne visait aucunement à faire déguerpir les habitants de la zone, encore moins donner la terre à une société immobilière. Il explique que cette opération avait pour objectif de satisfaire une promesse de campagne qu’ils avaient faite. Et selon lui, elle consistait à recenser ceux qui étaient là au moment où ils s’engageaient pendant la campagne à leur permettre d’avoir une parcelle. « Ce n’est pas pour les chasser, mais au contraire pour aider à avoir une parcelle au moment où l’opération de lotissement allait commencer. Mais les gens ont mal compris ». Quand nous demandons pourquoi alors une société immobilière semble être mêlée à cette affaire, le conseiller coupe court : « Il y a des personnes qui veulent créer la psychose dans la zone, ladite société possède un terrain dans les environs qu’elle exploite à sa guise. Les deux choses ne sont pas à mélanger ».

Un modus vivendi trouvé ?

Le conseiller Augustin nous rassure que les protagonistes se sont retrouvés à la gendarmerie et chacun s’est exprimé. Ils se sont compris et la tension est tombée. Si nous pouvons saluer ce retour à l’accalmie, il y a lieu d’exprimer une forte inquiétude car la mobilisation de Tengandogo fera tâche d’huile et produira immanquablement un effet domino dans toutes les zones où les populations sentiront la main des sociétés immobilières. Mais le véritable drame, c’est l’incapacité de l’Etat à mettre en œuvre une véritable politique de logement au profit de toutes les couches de la société. Le paradoxe est qu’au Burkina Faso, en lieu et place du droit au logement, c’est plutôt le droit à la parcelle qui est beaucoup plus mise en avant. Une absurdité !

Par Hamidou TRAORE


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