Ministère des sports et des loisirs : Pourquoi Bangré est tombé

Publié le jeudi 29 mars 2018

Le remaniement ministériel a touché le département en charge des sports. Taïrou Bangré quitte le gouvernement. Il cède son fauteuil à Azoupiou.

De prime à bord on dira qu’ainsi va la vie d’un ministre. Commis de l’Etat, il est appelé dans ces fonctions pour prendre la place d’un devancier. Et un de ces quatre, il doit faire place à un autre ! Mais il y a des ministres qui passent plus de temps que d’autres. Et le commun du mortel estime qu’on devait sanctionner un ministre par ses résultats ou sa gestion. Partant, quand un ministre est remplacé et même quand on sait qu’un jour il devrait s’en aller, on se demande qu’a-t-il bien pu faire. Alors on posera la question qu’a bien pu faire ou que n’a-t-il pas fait notre Zimako pour ne pas voir son bail se renouveler.
Dans certains milieux de supporters, sa gestion n’a pas été du goût de Roch Marc Christian Kaboré, le président du Faso. On dit pour étayer ce propos que les plaintes des supporters mécontents du retour de l’expédition du Maroc seraient remontées jusqu’aux oreilles de qui de droit. On se souvient effectivement que les supporters n’avaient pas apprécié le forfait que le ministère des sports leur a servi au titre de frais de séjour au Maroc dans le cadre du CHAN 2018. Bien que le ministère ait donné l’information avant le départ, bien qu’aucun supporter n’ait été contraint de partir, on en a fait une montagne. Car une fois au Maroc, les gens ont dit tout le mal qu’ils pensaient du ministre Bangré qui a décidé de leur servir 50 000 F CFA jour au titre de frais de séjour. Certains n’hésitaient pas à brandir leur ordre de mission disant qu’à ce titre ils ont droit à une prise en charge complète. Autrement dit, le ministère leur aurait donné une partie de l’argent qui leur revient de droit et a empoché l’autre !
Loin de nous toute intention de se faire l’avocat du diable. Mais le ministre Bangré a montré tout son sens élevé de gestion des deniers publics. Tous ses collaborateurs se moquaient de ses réactions à chaque fois qu’on lui présentait un décaissement chiffré en million. « Un million ? c’est beaucoup, 10 millions, c’est trop, l’Etat n’a pas les moyens… ». Tels étaient ses refrains. Il était très regardant sur la dépense qu’il oubliait des fois qu’il devait poser des actes de dimension nationale et qu’à ce titre, on est obligé de parler de millions de F CFA. Partant, on l’aurait fait passer pour un radin que nous accepterions mais dire qu’il a spolié des supporters est très loin de l’homme qu’il est censé être. Il est vrai que ceux qui l’en voulaient ont dû se rappeler dans leur rapport qu’au Gabon, son Directeur de cabinet a été au centre d’un scandale de gestion mais rien ne permet de dire qu’il était impliqué. Du reste, le collaborateur indélicat a été remplacé. Ce qui est sûr, selon nos sources, des gens se sont donné du mal « à liquider » le ministre Bangré. Pourtant au plan sportif, son bilan est satisfaisant. Sous son règne les Etalons footballeurs ont été 3e à la CAN 2017. Les Etalons locaux se sont qualifiés au CHAN. Les karatékas ont retrouvé la cohésion et se font entendre au plan continental.
Que peut-on lui reprocher ? Pas grand-chose. Juste dire que nous n’avons pas été d’accord avec l’axe prioritaire de son action. Il a voulu miser tous ses efforts dans la réalisation d’infrastructures. Et nous, nous pensons que le sport a d’abord besoin de formateurs, d’animateurs à tous les niveaux de l’étage de sorte à encadrer massivement les enfants. Pour nous, il faut des sportifs pour exploiter les infrastructures, car celles-ci sans sportifs ne seront que des ruines. Il fallait inverser l’ordre des priorités. Mais peut-on en vouloir à Bangré pour ce choix ? Le ministre a voulu concrétiser l’un des points du programme du président Roch Marc Christian Kaboré. Et donc même si son action à ce niveau ne répond pas à notre attente, nous ne pensons pas qu’on « l’a renvoyé » pour cela. Toutefois nos sources indiquent que l’éviction de Bangré s’est faite à la dernière minute. Il semble même que le premier ministre qui devait l’appeler pour l’en informer n’a pas pu le faire. Que s’est-il passé entre temps pour que Bangré soit débarqué du gouvernement ? La réponse, à notre sens se trouve dans la géopolitique. D’abord, on réalise que le gouvernement Thiéba 3 s’est trop politisé à forte dose MPP. Roch prépare 2020. Et c’est normal qu’il remobilise au sein de son parti où les mécontentements montaient jour après jour. Or sur ce plan, Bangré n’est pas marqué. Dans sa zone (il est de Korsimoro), il y a Ismaël-Bachir Ouédraogo, un meuble du MPP qui devait intégrer le gouvernement.
Par ailleurs, on sait que dans la province du Nahouri, le CDP d’abord puis le MPP ont du mal à s’imposer. La localité pense être payée en monnaie de singe depuis la révolution. En effet, Pô ne se remet toujours pas d’avoir été privé du chef-lieu de la région. Et Nahouri a eu un de ses fils appelé dans le gouvernement depuis les années 2000 où Souleymane Zibaré a été un éphémère ministre de l’action sociale. Depuis, rien. Pô, au regard de tout cela votait systématiquement l’opposition. Pour tenter de calmer la situation, Roch a donc décidé de nommer Azoupiou ministre. Et ce n’était pas l’unique contrainte géopolitique. On a vu combien de temps le remaniement tant annoncé a pris avant d’arriver. Du coup, il fallait sacrifier certains membres du gouvernement. Et Taïrou Bangré a été prié de retourner à l’Université à temps plein où ses étudiants l’attendent.

J J TRAORE


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