105 attaques terroristes contre le Burkina Faso : Le G5 Sahel, la solution à petite vitesse

Publié le jeudi 29 mars 2018

Alors que les attentes sont nombreuses et très fortes pour les pays qui le composent, le G5 Sahel peine toujours à boucler son budget pour se rendre opérationnel. En lieu et place de la levée de fonds du 16 décembre à Bruxelles en Belgique, s’est tenu plutôt un mini sommet le mercredi 13 décembre à La Celle-Saint-Cloud, près de Paris. Cette table ronde, à l’initiative du président français, a rassemblé les pays concernés par la force régionale du G5 Sahel et les organisations partenaires. A l’issue de ladite rencontre, l’Arabie Saoudite a confirmé son apport de 100 millions de dollars, les Emirats arabes 30 millions et les Pays Bas 5 millions d’euros. Une petite avancée qui laisse pantois quand on sait que, sur le terrain, les pays de la bande sahélo sahélienne sont frappés et meurtris par les extrémistes violents. Notre pays, le Burkina Faso, a enregistré, en moins de deux ans, 105 attaques terroristes. D’où l’urgence d’accélérer la mise en œuvre de cette force régionale qui avance à pas de tortue.

Du 15 janvier 2016, date du premier attentat terroriste perpétré en plein cœur de Ouagadougou sur l’avenue Kwamé Nkrumah, au 10 décembre 2017, le Burkina Faso a fait l’objet de 102 attaques des extrémistes violents. Ce chiffre est de l’institut Free Afrik, dans son dernier rapport sur l’étude de la sécurité dans notre pays. Mais depuis la publication de l’Institut, trois autres attaques ont été commises du 22 au 24 décembre, portant le chiffre à 105. Il y a lieu de s’inquiéter de l’avancée significative des terroristes et de la courbe ascendante de l’insécurité au Burkina Faso, en l’occurrence dans sa partie septentrionale.
Le président Roch Marc Christian Kaboré, à maintes reprises, a appelé à l’union sacrée des filles et fils de ce pays pour venir à bout du phénomène. Nos forces de défense et de sécurité, quoi que vaillantes, n’ont pas réussi à limiter les mouvements des extrémistes violents. Les spécialistes de la sécurité s’accordent à dire que le terrorisme est une guerre asymétrique et vu sous cet angle, il constitue un problème transversal. Il lui faut donc une thérapie transversale, donc concertée avec les autres pays de la sous région qui subissent également les affres de ces terroristes.
La naissance de la force multinationale G5 Sahel, en février 2014 à Nouakchott, s’est trouvée être la panacée. Trois ans après, cette force régionale ressemble à un albatros qui a du mal à prendre son envol. Et pourtant, les pays qui l’ont portée sur les fonts baptismaux, à savoir la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, puis la « Coalition Sahel », composée de la France qui joue le rôle de lobby, l’Union Européenne et les Etats-Unis savent que le temps joue en défaveur de cette coalition militaire dans le Sahel.
Ils ne se le cachent d’ailleurs pas. « Nous sommes conscients que le temps nous est compté », a déclaré Ibrahim Boubacar Kéita (président du Mali et du G5 Sahel à la faveur de ce mini sommet de soutien à la force multinationale de lutte contre le terrorisme). Ces propos du président malien font allusion aux incessantes attaques meurtrières des extrémistes violents et de leur avancée sans précédent sur le terrain. Ils ont réussi, contre toute attente, à élargir en 2017 leur champ d’action dans le centre et dans le sud du Mali, ainsi qu’à la frontière avec le Niger et le Burkina Faso. Et le pire est à craindre, lorsqu’on intègre à l’analyse le reflux de ces terroristes vers le Sahel après la fin de la guerre en Syrie et des derniers événements au Moyen-Orient.
En tout cas, l’intervention française Serval en 2013, qui a dispersé les groupes terroristes, vient rappeler à la mémoire collective que ces derniers ont retrouvé un nouveau souffle, en multipliant des attaques, en dépit de la présence de 12.000 casques bleus (Minusma) et de la force française Barkhane, qui compte 4.000 hommes dans la région. Les terroristes n’étant que quelques centaines : entre 500 et 800. Et pourtant !

Le G5 Sahel à petite vitesse

Le G5 Sahel avance à pas de tortue. Son opérationnalisation achoppe sur le manque de moyens et des difficultés financières. Les réunions se multiplient avec des déclarations d’intentions et des promesses qui sont loin de satisfaire aux nombreuses attentes des populations des pays concernés. On s’attendait à une levée de fonds le 16 décembre passé à Bruxelles en Belgique, mais grande fut la surprise de savoir que cela a été reporté pour le 23 Février 2018. Aucune explication n’a été donnée pour justifier cet ajournement du calendrier.
On peut affirmer, toute proportion gardée, que des bailleurs de fonds sont restés réticents sur la capacité réelle de cette force de G5 Sahel à contrer les terroristes. Sa première opération qualifiée de « démonstration de force », du 1er au 11 novembre 2017, n’a certainement pas suffi pour dissiper les inquiétudes de certains donateurs. Sur ce, le président français Emmanuel Macron a exhorté les pays du G5 Sahel à accélérer les préparatifs en vue d’engranger des résultats dans le but de mobiliser plus de soutien.
Les rôles semblent être partagés. Le président français fait du lobby au plan international et son homologue malien fouette l’orgueil de ses pairs à tenir leur engagement de manière à ce que les forces du G5 Sahel aboutissent rapidement à des résultats concrets ». « Il nous faut gagner la guerre contre le terrorisme dans la zone sahélo-saharienne. Or, elle bat son plein », a déclaré Emmanuel Macron qui a poursuivi en ces termes : « Il y a des attaques chaque jour, il y a des Etats qui sont aujourd’hui menacés (…) Il faut donc intensifier l’effort (..) ».
De quel effort s’agit-il en réalité ? Il faut passer à l’acte et cela suppose la concrétisation rapide des négociations pour aboutir à l’opérationnalisation de la force anti-terroriste de G5 Sahel. Pendant combien de temps, cela durera-t-il encore ? Le processus est suspendu à la volonté des donateurs, et il faut attendre le sommet du 23 février prochain à Bruxelles, en Belgique, pour être fixé. Pour l’heure, on retient que la table ronde de La Celle-Saint-Cloud, près de Paris, a mobilisé 135 millions d’Euros auxquels s’ajoutent les 150 millions d’euros des pays du G5 Sahel, de la France et de l’Ue, ainsi que les 60 millions de dollars des Usa.
Ce sont toujours, hélas, des intentions qui mettent la caisse du G5 Sahel, quoi qu’on dise, en souffrance. Cette force n’est même pas au bout de ses peines, puisqu’il s’agit là du budget d’une année. Qu’en sera-t-il des autres années ? A cette difficulté pécuniaire lancinante s’ajoute le refus de l’Algérie, acteur majeur de la région, d’intégrer le G5 Sahel. Elle s’oppose au maintien de la France dans la zone.
Interrogé, le président Emmanuel Macron a simplement laissé entendre qu’il revient à Alger de décider. S’il est vrai que le G5 Sahel dispose déjà d’un quartier général à Sévaré, dans le centre du Mali, et de deux PC à Niamey et en Mauritanie, il traine à être opérationnel.
Rappelons, à toutes fins utiles, que cette force multinationale du G5 Sahel, composée de soldats de cinq pays de la région (Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger, Mauritanie), a effectué une première opération « exploratoire » en novembre, mais doit monter en puissance pour atteindre au moins 5 000 hommes d’ici au printemps 2018. Le Niger vient d’indiquer le chemin, en annonçant son intention d’ajouter deux bataillons, soit 1 600 hommes, aux effectifs du G5 Sahel.
En attendant la concrétisation de ce processus encore long, les terroristes poursuivront inlassablement leur sale besogne, en semant la panique et la zizanie au sein des populations. C’est pourquoi, il revient à chaque Burkinabè d’être vigilant où qu’il se trouve, en dénonçant tout comportement suspect de tierce personne. Car au-delà des forces régulières de défense, la sécurité est l’affaire de tous.

Raphaël N. ASPAVATI
aspavanou@gmail.com


Commenter l'article (0)