Johnny Halliday : Le Pelé de la chanson française

Publié le mardi 9 janvier 2018

Premier chanteur à avoir rempli un stade à Paris, Jean Philipe Smet après avoir conquis le Parc des Princes a défié le tout nouveau stade de France en 1998 (80 000 spectateurs). Puis, plus tard en 2000, c’est 500 000 spectateurs qu’il mobilise au pied de la tour Effel à Paris pour ses 40 ans de scène. « La présence, l’aura, la force dans la voix, c’était le King ! » Cet hommage posthume de Mireille Mathieu n’est pas exagéré pour qualifier ce géant de la chanson française qui savait allumer le feu. Les kôrô Romain, Nouhoun, Francis, et les autres, depuis la belle ville de Bobo Dioulasso au Burkina Faso, n’auraient pas dit le contraire. Eux qui depuis l’enfance ont dansé aux sonorités de « Souvenir Souvenir », « Noir, c’est Noir », « Retiens la nuit »… En rappel, Johnny a effectué au moins trois tournées en Afrique (Dakar, Niamey, Ndjamena, Ouagadougou … Yaoundé) dans les années 70. Il aurait même cogné un indélicat ministre centrafricain dans un hôtel de Yaoundé, lors d’une altercation. A l’époque le style yéyé dérangeait l’establishment. Beau garçon, ce jeune français d’origine belge, qui comme Bob Marley avait dès l’adolescence montré son talent à venir, a marqué son époque. Il a séduit de Dunkerque à Tongomayel. Sa relation avec Sylvie Vartan, son allure de cow-boy en Harley Davidson, ses tatouages, avaient marqué des jeunes et des moins jeunes. C’est là que Johnny est magique ! Il a conservé des fans à tous les âges. Celui dont Line Renaud a accompagné les premiers pas sur scène, ce jeune homme abandonné dès l’âge de 8 mois par un père alcoolique et une mère mannequin, a prouvé qu’on pouvait partir de rien et réussir. Le jeune Smet a été élevé par sa tante maternelle. « Il mène sa vie, il a brillamment réussit je lui souhaite tout le bonheur, le reste je m’en fous ». Voilà ce que vieil homme, son clochard de père déclarait il y a quelques années. Johnny, n’en a cure, puisqu’il assiste son père à distance jusqu’à accompagner seul son corps au cimetière. Le père de David est l’exemple de l’enfant traumatisé qui parvient à rebondir, à saisir sa chance dans la vie. Il aime les enfants au point d’adopter deux petites filles avec Laetitia sa dernière compagne. « Il n y a qu’un seul Johnny, personne ne le remplacera ! » déclare un des fans sexagénaire. Johnny, c’est plus de 100 000 fans, avec des gens qui tentent de s’habiller comme lui, de l’imiter au quotidien. Et cela depuis plusieurs décennies. L’homme aux femmes (Il en a eu cinq 5 dans sa vie), « né dans la rue » a joué avec Hendrix (hey Joe !), Peter Frampton et Clapton des solistes de haut vol… Divinisé en France, il aimait Los Angeles où il pouvait vivre simplement. Sylvie et David avaient aussi choisi le pays de l’oncle Sam. En politique, Johnny qui avait choqué les bourgeois à ses débuts sans être « soixante huitard », avait plutôt le cœur à droite. Soutien de Giscard et de Chirac, Hallyday est pourtant passé deux fois à la fête de l’humanité organisée annuellement par le parti communiste français de Georges Marchais. Il a par la suite accompagné Sarkozy, qui l’a déçu au point qu’il déclare en 2012 : « je ne me mêlerais plus jamais de politique ». Johnny est un battant. A l’âge de 18 ans son rock’n roll passait mal auprès des puristes français. Cette musique de voyou était vouée aux gémonies par des partisans du classicisme français. Johnny résiste et persévère. Et sa frénésie sur scène finit par convaincre, par séduire. Les fans créent même la révolte lors des shows. Et l’idole des jeunes leur fait comprendre que le « rock est une musique saine ». 17 dates de tournée en 2017 en même temps qu’il est traité d’un cancer, seul lui pouvait développer une telle énergie. Il vivait pour ses fans sa femme et ses filles. Alors, il entre en studio et programme des tournées pour 2018. L’espoir le fait vivre et c’est tant mieux pour ses fans. Celui qui a rendu le Pénitencier plus populaire que « the house of the raising sun » avait ce don de transformer des chansons écrites par d’autres en de véritables bijoux pour tous. Brel, Aznavour, Brel, ses pères spirituels l’ont encouragé à chanter doux. C’est bien connu que les meilleurs slows sont chantés par des vedettes de rock. « Retiens la nuit » écrite par Charles Aznavour, prouve que Johnny est bon partout. Johnny qui avait menti sur ses origines en se faisant passer pour un américain, va désormais apprendre à vivre vrai. En disparaissant à 74 ans le 06 décembre 2017, Johnny Halliday laisse un impressionnant palmarès de chansons et de films : 50 albums studios, 29 albums live, 150 clips vidéos… Dans la chanson française, il est champion toute catégorie. 60 ans de carrières et des dizaines de millions de disques vendus. En 2009, avec 11 millions d’Euro comme gain, il s’apprêtait à abandonner la scène à cause de la maladie qui déjà se signalait. Mais pour ne pas décevoir ses fans (les mauvaises langues diront pour renflouer ses caisses) il remonte sur scène. Johnny a vécu une vie bien pleine. En se donnant du plaisir au maximum. La scène le faisait vivre c’est ce qu’il a prouvé jusqu’au dernier souffle en narguant la mort au point de programmer des concerts pour l’an prochain, en pleine lutte contre un cancer de poumon découvert depuis début 2017... 815 000 exemplaires vendus en 45 tours pour le seul tube « Que je t’aime » traduit tout Johnny, l’idole des jeunes et des…vieux. Comme Edson Arantes Do Nascimento dit Pelé (3 ans son ainé) au foot, son palmarès sera difficilement égalable en France. Adieu l’artiste !

Ludovic O. KIBORA


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