Entretien-express avec Yra Siaka : Interprète principal de Sankara et Moi

Publié le mardi 14 novembre 2017

Après Un Président au Maquis, vous voici dans une nouvelle comédie d’Afrique Films, Sankara et Moi. A part son humour - d’où une comédie -, quelle est la qualité de Sankara qui vous a marqué ?
Yra Siaka : Ce que j’aime chez Thomas Sankara, c’est son franc-parler, mais toujours avec humour. Il aime parler sans vexer, dire les choses le plus naturellement et clairement possible. Il est direct. Il n’aime pas ce qui est flou, comme la magouille, le népotisme, la corruption.

Vous parlez de lui au présent, comme s’il était toujours vivant. Mais c’est un héros de votre enfance, comme pour le personnage de Tom dans Sankara et Moi…
Yra Siaka : Je me rappelle que quand nous étions en classe de CM1 ou CM2 : nous étions des Pionniers de la Révolution, et chaque jour de 16 heures à 17 heures on avait un cours spécialement sur Thomas Sankara. Nos enseignants, qui s’étaient mis en grève, se sont fait remplacer par des enseignants révolutionnaires. On a donc eu la chance d’avoir un enseignant révolutionnaire qui nous racontait qui étaient Thomas Sankara, Che Guevara, Patrice Lumumba. Dès notre jeune âge, nous étions déjà des révolutionnaires…

Dans le scénario de Sankara et Moi, sous une forme comique, la question de la souveraineté économique revient souvent. Une question toujours d’actualité ?
Yra Siaka : Thomas Sankara était très proche du peuple, auquel il s’adressait directement. Je me souviens avoir lu dans un journal qu’il avait interrogé un élève sur la définition du mot « Levis » qui était inscrit sur son tee-shirt. Mais c’est ce que nous voyons toujours partout aujourd’hui : nous portons des marques sans nous poser de questions sur leur origine. Alors qu’avec Sankara, c’était : « Produisons et consommons burkinabè ! » Notre tenue, c’est le Faso dan fani. Moi, ma mère continue de tisser le Faso dan fani au village, et ça marche.

Dans Sankara et Moi, comme dans Un Président au Maquis, les femmes joueront un rôle important ?
Yra Siaka : J’ai un cri de cœur pour les femmes burkinabè. Elles clament partout que les partis politiques ont fait ceci, on fait cela… Mais elles oublient celui qui a fait valoir leur émancipation dans ce Burkina Faso : c’est Thomas Sankara ! Il a donné du pouvoir à la femme. Mais aujourd’hui ces mêmes femmes ne parlent pas de Sankara… Qui a donné la Journée du 8 Mars aux femmes ? C’est toujours Sankara…

Selon vous, Sankara était un orateur, mais aussi un homme d’action ?
Yra Siaka : Oui, alors que, ici au Burkina Faso, tout le monde parle de Thomas Sankara, mais personne n’applique ses idées… Quoi qu’on dise, Thomas Sankara est et restera notre idole !

Communiqué de presseA l’occasion du trentième anniversaire de son assassinat, la comédie qui ose : SANKARA ET MOI

A l’heure où de nombreux burkinabè projettent d’ériger un mémorial pour commémorer l’assassinat en octobre 1987 de Thomas Sankara, Afrique Films lance la production de Sankara et Moi, qui traite avec légèreté de cette question sérieuse : trente ans plus tard, le fantôme du « Che Guevara » de l’Afrique de l’Ouest hante-t-il toujours les consciences dans la sous-région ?
Dans le registre qui a fait le succès de Un Président au Maquis – sélectionné hors compétition au Fespaco et représentant le Burkina Faso aux Trophées Francophones du Cinéma -, cette nouvelle comédie met en scène un personnage emblématique de l’Afrique contemporaine soumise au capitalisme : un cadre supérieur en costume-cravate, Tom - qui a américanisé son véritable prénom Thomas -, se voit coiffé du béret de Sankara chaque fois qu’il passe devant un miroir… Ce reflet sankariste le confronte à sa jeunesse : qu’a-t-il fait de l’idéal de ses dix-sept ans ?
Pour interpréter Tom : Siaka Yra, surnommé « le Louis de Funès africain » depuis sa performance hilarante dans Un Président au Maquis, où il passait allégrement du rôle de chef d’Etat à celui d’homme du peuple. Les autres comédiens de Sankara et Moi – Désiré Yaméogo, Josyane Hien, Brice Darga… -, ainsi que ses techniciens, proviendront eux aussi, pour la plupart, de l’équipe de Un Président au Maquis, qui se vit désormais comme une « troupe ».
A l’instar de la première production d’Afrique Films, Sankara et Moi sera une farce au suspense endiablé, et non un film politique. En effet, Sankara demeure dans l’esprit de tous les Africains plus encore comme un modèle humain que comme un leader politique : son intégrité et sa sobriété, son goût de l’effort et son respect de l’autre « ne laissent pas la conscience tranquille ; avec lui, il n’est pas facile de dormir en paix », selon la formule employée autrefois par François Mitterrand.
Comme celle de Un Président au Maquis  , l’intrigue de Sankara et Moi se déroulera dans un pays fictif, la République d’Afrique de l’Ouest, qui pourrait être aussi bien le Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire, le Mali ou le Sénégal. Car « l’étoile de l’Afrique » n’appartient pas au seul Burkina Faso, mais à tout le continent. Après avoir vu ce film, ce sont tous les Africains, en particulier ceux de l’Ouest, qui s’interrogeront en se regardant dans le miroir : Thomas Sankara, à l’instar de Che Guevara, n’est-il plus pour moi qu’une impression sur un tee-shirt ? Qu’ai-je fait de mes dix-sept ans ?

Contact presse :
Hilaire Thiombano
Tél : 70 81 74 95 / 68 79 00 94
Email : hilaireoumart@yahoo.com


Commenter l'article (0)