Education dans la Province du Tuy : Enseignants et parents d’élèves tirent à boulets rouges sur les mairies

Publié le mardi 14 novembre 2017

En 2009 le Ministère de l’Education de Base (MEBA) devenu Ministère de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation (MENA) a cédé aux collectivités territoriales la gestion des établissements primaires et beaucoup plus récemment celle du post primaire. Neuf ans après des difficultés criardes se font toujours ressentir dans la mécanique, selon certains acteurs. Les enseignants et les parents d’élèves tirent à boulets rouges sur les mairies remettant ainsi en cause leur mauvaise gestion. Ceux-ci à leur tour pointent du doigt l’Etat. C’est le constat fait dans les communes de Houndé et de Koumbia dans la province du Tuy à respectivement 105 km et 65 km de Bobo Dioulasso.

Nous sommes vendredi 6 octobre. Quatre jours après la date officielle de la rentrée scolaire, l’école primaire A de Koumbia dirigée par Lanou Gnihanlo peine à reprendre les cours. Pour cause : ni les fournitures, ni le matériel didactique utilisé par les enseignants, ne sont disponibles. A cela s’ajoute un manque criard de table-bancs. Il parle alors d’« année en colère ».

Gratuité vous dites ?

« Nous avons dû demander aux élèves du CM2 de dire à leurs parents d’acheter ne serait-ce que deux cahiers chacun pour que nous puissions commencer », confie Lanou Gnihanlo, le directeur. « L’an passé nous avons reçu trois boites de craie dont une en couleur pour toute l’année. Or le CM2 seulement peut consommer une boite par mois » poursuivra-t-il. Autres lieux mêmes constats. A l’école primaire A de Houndé, la situation n’est guère plus reluisante. Les fournitures n’y sont pas non plus disponibles. Selon Indou Gnémé, le président de l’Association des Parents d’Elèves de cette école, depuis la prise de la mesure de gratuité « les fournitures que l’Etat donne sont non seulement insignifiants mais viennent toujours en retard ». Ainsi ce sont toujours les APE qui se saignent pour prendre en charge les fournitures des élèves et le matériel spécifique, avant leur arrivée très souvent au mois de novembre, selon un enseignant de l’école primaire publique de Yabiro de Houndé : « J’ai fait l’école de Djui dans la Circonscription d’Education de Base de Koumbia. Des tables bancs nous avaient été octroyées et il s’agissait juste de les ramener de Houndé à une soixantaine de km de nous. La mairie n’a pu prendre en charge le transport. Ce sont les APE qui ont dû le faire », dira l’enseignant. En plus de payer les fournitures, les APE s’occupent des réfections des écoles. Or, tout cela doit être fait par la mairie. « Pour la réparation des fenêtres l’an passé, j’ai fait venir un soudeur et les dépenses se sont élevées à plus de 180 000fr CFA ». Ce sont encore les parents d’élèves qui prennent en charge les cantinières ; enfin, ceux de l’école A de Houndé : « C’est nous qui payons nos cantinières. Nous en avons trois que nous payons par mois et j’assume ce que je dis », a tranché net Indou Gnémé. Pire, l’administration semble remuer le couteau dans la plaie. « Une fois la nuit, vieux que je suis, j’ai dû me déplacer pour aller voir des gens danser sur nos tables bancs. Notre école étant la première, elle abrite pratiquement toutes les activités culturelles de la commune. Je suis allé dire au haut-commissaire d’éviter de semer du désordre parce qu’il ne nous aidait pas dans les réparations. Et ça a chauffé ». Ainsi les parents d’élèves avec leurs maigres revenus se voient souvent obliger de réparer du matériel que les élèves n’ont pas endommagés. Peut-on dans ces conditions parler de mesures de gratuité ? Les mairies, en plus de la construction, réfections des écoles et la prise en charges de fournitures, matériel spécifique, doivent s’occuper de ce volet.

Mauvaise qualité de fourniture et du matériel et effectifs pléthoriques

« Chaque année à Yabiro les parents d’élèves déboursent près de 100 000frs pour la réparation des tables bancs. Des tables bancs sont venues à Djui et n’ont même pas terminés l’année » selon un enseignant. On déplore également la mauvaise qualité de tables bancs à Koumbia. Pourtant, précise le directeur, « nous avons des tables bancs de 1958 dans cette école ». Les fournitures non plus ne sont pas en reste « Aux mois de novembre-décembre, les cahiers se détachent. La qualité des stylos n’est guère meilleure. Ils n’écrivent pas. Quant à la craie, pour qu’elle écrive, il faut la plonger dans de l’eau. C’est entassé et on ne sait quoi faire avec » Telles sont entre autre les plaintes des enseignants. Conséquences les parents sont encore obligés de mettre la main dans la poche.
Malgré les efforts de constructions d’écoles par l’Etat, les problèmes d’effectifs demeurent. Il est rare de voir dans la zone de Houndé, et environs, un effectif de moins de 100 élèves par classe au primaire. « Au CP1 les effectifs peuvent atteindre 120 et même 150 » selon B. Sessouma ancien enseignant et désormais agent d’inspection. Comme palliatif, le ministère double les enseignants par classe, mais cela ne résout guère le problème : « un seul enseignant porte la voix devant les élèves ». Là aussi, certaines personnes ressources accusent les mairies de manquer d’initiatives pour venir en appui à l’Etat.
En plus de parcourir environ 5km tous les matins, pour certains élèves de Yabiro, la distance requise étant de 2 maximum en ville selon Emmanuel Sabo, les enfants du primaire doivent subir la faim. Les repas offerts par les cantines étant non seulement insuffisants mais ne couvrant pas toute l’année. « Nous avons rarement reçu une dotation de 3 mois » dans la zone selon Brahima Sessouma. Quand on sait que des tonnes de vivres destinées aux élèves se périment dans des magasins et jetées aux animaux, cela est bien révoltant !

« Aucune école de la province n’est clôturée »

« Il y a 3 ans, de l’école C de Houndé, on a transporté d’urgence à l’hôpital des élèves blessés par des animaux » s’est indigné Sessouma Brahima. « J’ai posé le problème au haut-commissariat et la réponse du maire n’a pas du tout été encourageante. Le maire m’a clairement dit que ce qui les préoccupaient était la construction d’écoles et les parents d’élèves n’avaient qu’à se charger de la construction des clôtures » poursuivra-t-il. L’absence de clôtures a fait transformer les écoles en lieux de pâturage. Personnes aux mauvaises intentions, sites d’orpaillages à côté et engins de toute sorte roulant à vive allure dans les cours d’école inquiètent plus d’un. Quand les enseignants et élèves ne subissent pas les nuisances sonores pendant les heures de cours, leurs vies sont en danger pendant les récréations. Aussi « les nuits on y constate des perversités de tout genre. Aucune école de la province n’étant clôturé » ajoutera Emmanuel Sabo. Les initiatives d’érection de murs sont restées vaines. « Nous avons tenté de construire un mur à l’école A à nos propres frais que des gens sont venues casser la nuit » explique Indou Gnémé. Ces écoles sont donc en insécurité généralisée en plus du fait de ne pas avoir le minimum. C’est à dire eau potable et toilettes.

Assita SANOU assita_sanou@yahoo.fr

« Ecole de Houndé A » la belle !

Dans cette école nous avons découvert un bâtiment construit en 1943 selon le directeur de l’école. « La vielle mère tient toujours la route ! ». Parée de blanc gris et vert, la bâtisse a fière allure et trône entre les autres bâtiments construits plusieurs décennies après elle. « Sur ce bâtiment, nous n’avons fait que refaire que la peinture. Par contre nous avons toujours des problèmes avec les dernières constructions. Elles se fissurent facilement et nous sommes toujours obligés de les refaire. Elles ne tiennent pas » nous a confié Indou Gnémé. A l’image de cette « dure à cuir », l’école A de Koumbia également tient bon. Construite en 1958 selon le directeur, elle ne courbe guère l’échine face aux affres du temps. On se rappelle ces images de la chute d’une école de Pè dans la commune rurale de Koumbia qui, l’an passé, a fait le tour des réseaux sociaux. Le cas de Pè venait allonger la liste de ces écoles qui s’effondraient. L’école s’était effondrée quelques mois après sa construction sous le coup des premiers vents de l’hivernage. En attendant de situer les responsabilités, les quelques centaines d’élèves, que devaient abriter cette école, sont allés gonfler les effectifs déjà pléthorique des écoles de la localité.

AS


Commenter l'article (0)