Justin Idy Coulibaly : Une vie entièrement dévouée à la lutte

Publié le mardi 14 novembre 2017

En début de la nuit du 29 septembre, une triste nouvelle frappe le monde de la presse burkinabè. Justin Coulibaly, Secrétaire général d’honneur du Syndicat Autonome des Travailleurs de l’Information et de la Culture (Synatic), l’irréductible combattant sur plusieurs fronts, a tiré sa révérence. C’est une disparition douloureuse, qui ampute le milieu syndicaliste d’une référence en matière de lutte. Retour sur la vie de l’homme.

C’est le vendredi 29 septembre 2017 que le journaliste à la retraite, Justin Coulibaly, est décédé à l’hôpital Yalgado Ouédraogo, des suites de maladie. De son vivant, Justin Coulibaly a mené une vie atypique de freedom fighter. Il a dédié toute sa vie à lutte. Même le poids de l’âge n’a pas réussi à entamer sa détermination à lutter. Il s’associe toujours aux jeunes journalistes qui mènent une lutte qu’il estime juste et légitime. Justin Coulibaly a toujours pris part aux luttes visant à l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs de sa corporation. Il prenait part aux luttes revendiquant « vérité et justice » pour plusieurs crimes. Il n’était pas, non plus, en marge des luttes pour les droits économiques et sociaux pour l’ensemble des populations. Justin Coulibaly a choisi une ligne de conduite qu’il n’a jamais trahie. Celle de se mettre au service des autres.
Ainsi, pendant 27 ans, c’est-à-dire du 12 novembre 1988 au 14 mars 2015, Justin Coulibaly a dirigé le Synatic. Pendant cette période, il a réussi à imprimer une dynamique à cette structure, y compris l’Association des Journalistes du Burkina (AJB). A travers ces structures, Justin Coulibaly a mené un combat sans concession pour la liberté d’expression et de presse. Son esprit de sacrifice et son dynamisme a permis à sa corporation d’engranger une ribambelle d’acquis
Malgré les féroces répressions contre sa personne, les incessantes menaces et intimidations, l’homme n’a jamais plier l’échine devant ces détracteurs et tous ceux qui se comportaient en potentat. Son engagement lui a valu d’être licencié de la Fonction publique en mai 1990, à l’occasion des évènements qui ont entrainé l’assassinat de l’étudiant Dabo Boukary. Le motif évoqué est abracadabrant. Justin Coulibaly a été licencié en sa qualité de rédacteur en chef du quotidien étatique Sidwaya, pour avoir laissé passer ce bout de phrase : « Quand Salif Diallo arriva, tout se gâta » se trouvant dans un article d’un journaliste. Les autorités de cette époque lui reprochaient de « laxisme dans sa fonction de Rédacteur en chef ». Il sera réintégré quelque mois plus tard dans la Fonction Publique avec une autre étiquette de rejet. Il est déclaré « persona non grata dans les médias » et « chassé » du ministère de l’information à cause de son engagement.
L’engagement syndical de Justin Coulibaly allait au-delà du Synatic. Il a activement contribué à la création et à la vivacité de bien d’autres structures. Il s’agit notamment du Collectif Syndical CGT-B, du Collectif des organisations démocratiques de masse et des Partis Politiques (CODMPP), de l’Unité d’Action Syndicale (UAS) et de la Coalition Nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés (CCVC). Ceux qui l’ont beaucoup côtoyé le présentent comme un militant résolument engagé, constamment soucieux du renforcement et du dynamisme de ces différents cadres de lutte pour la liberté, les droits humains, et le progrès social, pour les travailleurs, les jeunes, les femmes, bref pour les citoyens burkinabè dans leur ensemble. Les critiques constructives étaient toujours collées à ses lèvres. Justin Coulibaly a initié et formé une flopée de jeunes à la lutte syndicale et au progrès social. Il a donc assuré sa relève. Sidiki Dramé indique que le défunt a laissé un syndicat (Synatic) dynamique et combattif. C’est, entre autres, ce qui est sorti de plusieurs témoignages pendant l’inhumation. Et dans son discours d’hommage au nom du Synatic et de l’AJB, le Secrétaire général du Synatic, Sidiki Dramé, égrène une litanie de qualités du défunt. Il a salué la mémoire d’un homme pétri d’intégrité, de droiture, un homme déterminé, ferme mais aussi clairvoyant. La disparition de Justin Coulibaly demeure une perte pour le milieu syndical et des cadres de lutte pour le progrès social au Burkina Faso.

Par Hamidou TRAORE

Justin Coulibaly inhumé dans une ambiance de la parenté à plaisanterie

Une foule immense a accompagné, ce lundi 02 octobre, la dépouille mortelle de Justin Coulibaly qui a été inhumée au cimetière municipal de Gounghin. Parents, collègues, amis, ont voulu dire un dernier au revoir au défunt.
La levée du corps, suivie de l’absoute, a eu lieu à 14 h à la Paroisse Saint Jean-Marie Vianney de Tampouy. Et c’est autour de 16h que le corbillard qui transporte le corps s’immobilise à l’entrée du cimetière de Gounghin. Là, une foule immense, d’hommes et de femmes, l’attend. Le cercueil est porté en grande partie par des journalistes, qui entonnent des refrains à la gloire du disparu. Après une marche d’une dizaine de minutes, la foule qui accompagne la dépouille mortelle arrive à la tombe. Les chants font place à un duel de ‘rakiré’, parenté à plaisanterie. Les deux ethnies qui s’affrontent sont les Toussians, auxquels le défunt appartient, et les Dagaras. Dans un premier temps, les accompagnants trouvent un Dagara qui occupe la tombe et exige cinq (05) cauris, du bangui (vin de rônier) et la somme de 15 F, comme conditions pour la libérer. Les Toussians parviennent, après des tractations, à mobiliser un cauris et des espèces sonnantes et trébuchantes. L’occupant accepte alors de quitter la sépulture, pour faire place au cercueil. Mais avant de sortir, il formule des vœux pour le défunt. Il demande à Dieu de l’accueillir dans son royaume. Puis, il interpelle le trépassé, de « prier pour ses parents pour qu’ils soient riches, sinon à cause de leur pauvreté, ils ont été incapables d’accéder à ses requêtes ». L’assistance éclate de rire. Les deux camps se lancent des invectives, qui alimentent davantage l’hilarité de la foule. Il a fallu les oraisons pour que la foule prenne un air triste. Justin Coulibaly laisse derrière lui une veuve et deux enfants.

HT

CURRICULUM VITAE

ETAT CIVIL

NOM : COULIBALY
PRENOM : Idy Justin
DATE ET LIEU DE NAISSANCE : 1952 à Toussiana (Houet)
SITUATION MATRIMONIALE : Marié et père de deux enfants
NATIONALITE  : Burkinabè

CURSUS SCOLAIRE ET UNIVERSITAIRE

1982 : Diplôme Supérieur de Journalisme (DSJ) obtenu au Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI) de l’Université Cheik Anta DIOP de Dakar
1974 : Baccalauréat A4 obtenu au Lycée Ouezzin COULIBALY de Bobo-Dioulasso
1970 : BEPC obtenu au Collège Tounouma Garçons de Bobo-Dioulasso
1966 : CEPE obtenu à l’Ecole primaire de Toussiana

PARCOURS PROFESSIONNEL

Décembre 1997 à Décembre 2012 : Employeur : Secrétariat Permanent du Conseil National de la Population (SP /CONAPO)
Postes : Responsable du Service IEC/population/plaidoyer
Rédacteur en chef du trimestriel sur les questions de population et de développement (BULIPOD)
Expert en communication du Projet Population et Lutte contre le Sida (PPLS) du SP/CONAPO (mars 1999 – juin 2000)
Février 1991 – décembre 1997 : Employeur : Ministère de la Santé
Postes : Attaché de Presse du Ministre de la Santé
Rédacteur en chef du Bulletin d’Information et de Communication de la Direction de la Santé et de la Famille (DSF)
Juillet 1989 – Mai 1990 : Employeur : Ministère de l’Information
Poste : Rédacteur en chef du quotidien d’Etat SIDWAYA
Janvier 1983 – Mai 1990 : Employeur : Ministère de l’Information
Poste : Journaliste rédacteur à Carrefour Africain et à Sidwaya
1990 : Enseignant vacataire au Centre de Formation Professionnelle de l’Information (actuel ISTIC)

VIE MILITANTE

Janvier 2012 - Décembre 2016 : Président du Comité Technique de délivrance de la Carte de Presse et du Laissez-passer
2009 - 2012 : Membre du Comité Technique de délivrance de la Carte de Presse et du Laissez-passer
Depuis juin 2011 : Directeur de Radio Liberté du MBDHP
12 Novembre 1988 - 14 mars 2015 : Secrétaire Général du Syndicat Autonome des Travailleurs de l’Information et de la Culture (SYNATIC)
Depuis le 14 Mars 2015 : Secrétaire Général d’honneur du SYNATIC
Depuis 2008 : Membre de la Coalition nationale de lutte contre la vie chère, la fraude, la corruption et pour les libertés et contre l’impunité (CCVC)
2002 - 2008 : Chargé de communication de l’Observatoire International des personnes vivant avec le VIH/SIDA de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme (UIDH)
Depuis 2006 : Membre fondateur et Président de la Fédération Africaine des Maisons et Centres de Presse
Depuis 2000 : Chargé de communication du Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP)
Depuis 1999 : Membre du Comité de Pilotage du Centre National de Presse Norbert Zongo
Depuis Décembre 1998 : Membre du Collectif des Organisations Démocratiques de Masse et de Partis Politiques (CODMPP) créé suite à l’assassinat de Norbert Zongo
Mai 1998 : Membre fondateur du Centre National de Presse Norbert Zongo (CNP-NZ)
1995 : Membre fondateur du Journalisme en Afrique pour le Développement (JADE)
Depuis 1992 : Rédacteur en Chef du Journal Liberté du MBDHP.

Ouagadougou, le 29 septembre 2017


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