Attaque du 13 août : 225 cartouches fatales

Publié le mercredi 13 septembre 2017

Dimanche 13 août, Ouagadougou fête la fin du week-end. Sur Kwamé N’Krumah, l’avenue chic de la capitale, quelques restaurants sont ouverts. Au café Aziz Istanbul, des clients prennent place dans une ambiance des plus conviviales. Subitement, autour de 21h, tout se gâte sur la terrasse de ce café. Des crépitements se font entendre. C’est une attaque terroriste. Le bilan est macabre : 19 morts et 22 blessés.

La gendarmerie est alertée aux environs de 21h20. Cinq minutes plus tard, un piquet d’intervention de l’unité spéciale démarre. Ils sont à bord de 2 véhicules. Soit 20 éléments. Un groupe passe par le rond-point des Nations Unies pour rejoindre l’avenue Kwamé N’Krumah. L’autre groupe passe par l’aéroport. Le premier groupe arrive autour de 21h30 au Restaurant Istanbul. Ne sachant pas le lieu exact de l’attaque, ils sont passés du côté du bâtiment de l’Union Européenne pour revenir se positionner devant le restaurant. Ils font alors une colonne d’intervention avec un bouclier balistique et foncent sur la terrasse. Là, ils trouvent des blessés et des victimes. Ils essaient alors d’évacuer les blessés. Des appuis sont placés au niveau des escaliers. Pendant ce temps, vers le restaurant A+, les éléments de l’armée de l’air y prennent position. Ils vont récupérer les blessés pour les conduire en lieu sûr. Selon toute vraisemblance, les éléments de l’armée ont joué un rôle inestimable dans l’évacuation. C’est donc après avoir évacué les blessés qu’ils investissent le premier étage de l’immeuble. La tâche ne fut pas facile par moment. Comme c’est le cas de la cuisine qui a failli prendre feu. Il a fallu 20 à 30 minutes aux éléments d’intervention pour repérer les bouteilles de gaz et les fermer.

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Quand ils accèdent à l’intérieur du restaurant, les terroristes s’étaient déjà mis à l’abri. C’est un des cuisiniers qui va leur faire la description des assaillants. Ces derniers portaient des gilets pare-balles remplis des chargeurs de leurs fusils d’assaut de type AK 47. Le tout enfoui sous leurs blousons. Deux terroristes lourdement armés. Selon un témoin, qui a suivi un certain temps leurs faits et gestes, les assaillants auraient vidé trois chargeurs. Chacun d’eux contient 75 cartouches, soit 225 au total. C’est dire que malgré la « promptitude » des éléments de la gendarmerie arrivés tôt sur les lieux, les assaillants ont eu le temps de vider trois chargeurs. C’est dans ces conditions que le Lieutenant Marc Stéphane aurait trouvé la mort. Il se serait introduit dans le restaurant, sans armes, afin d’aider les gens à se mettre à l’abri. Il aurait reçu des balles en protégeant des gens derrière lui. C’est également dans les mêmes conditions que le maréchal des logis Yassia Sawadogo a été blessé grièvement. Il a fait preuve de courage en bravant les balles des assaillants pour sauver un bébé de 3 ans. Prenant également le risque de se mettre au-devant des tirs en motivant ses frères d’armes à faire autant. Mais son sort sera scellé quand il reçoit une balle venue d’en haut. La partie des épaules n’étant pas protégée par le gilet pare-balle, le projectile aurait traversé le corps à partir de là. Seul le cœur n’aurait pas été touché sinon, il aurait succombé sur le champ.

Première tentative d’intervention

Durant toute la nuit donc, les tirs vont se faire entendre. Les éléments d’intervention ont tenté par tous les moyens d’acculer les assaillants. Mais ces derniers étaient prêts à en découdre. Pour preuve, quand les éléments se sont lancés au premier niveau du restaurant pour inspecter les lieux, ils ont essuyé des tirs bien nourris et ininterrompus durant de longues minutes. La puissance de tirs des assaillants a fait céder le bouclier balistique de l’unité d’intervention. Un petit incendie s’est déclaré quand l’unité d’intervention a voulu faire usage de grenades offensives. L’incident va occasionner une coupure de courant. Appel a été fait à la Sonabel qui est intervenue pour assurer l’éclairage. Les éléments tentent une deuxième approche aux alentours de 00h30. Des gendarmes demandent aux journalistes de reculer mais ces derniers sont décidés à suivre de près les évènements. « Ce n’est pas une question de travail mais de sécurité », fait comprendre un gendarme. Au cours de cette séquence, trois gendarmes de l’intervention sont blessés. Ils seront évacués. N’ayant plus leur bouclier balistique, les éléments font appel à l’unité d’intervention de la police nationale. C’est le bouclier emprunté à la police qui a permis d’avancer vers le premier étage de l’immeuble. Pendant que l’assaut est en cours, deux personnes, un homme et une femme, sont extirpées du bâtiment. Les journalistes n’auront pas le temps de poser des questions. La sécurité interrompt tout entretien. Mais cela ne s’est pas passé sans couac entre journalistes. Une consœur va, en effet, s’adresser à un ‘’inconnu’’ pour dire que ceux qui ne sont pas journalistes doivent laisser ces derniers faire leur travail tranquillement. La réaction de l’’’inconnu’’ ne s’est pas faite attendre : « Ça fait 23 ans que je suis dans ce métier… » C’était en effet un confrère qui n’est plus fréquent sur le terrain et donc pas bien connu de la nouvelle génération.

L’assaut final

L’assaut final tardait à venir. C’est l’occasion pour des badauds de polémiquer. Ils entrent en discussion avec un gendarme. Ils se demandent pourquoi les éléments mettent du temps pour neutraliser les assaillants. Le gendarme rétorque : « on ne lance pas un assaut comme ça. Il y’a beaucoup de paramètres qu’il faut prendre en compte. » L’un des badauds accuse : « Chez nous, les gens roulent en V8. Le prix d’une seule peut servir à acquérir du matériel pour les forces de défenses et de sécurité… » Le temps passe, certains badauds commencent à dormir. Les paupières sont lourdes, mais il faut tenir éveillé. Aux environs de 3h20, les tirs reprennent. Le premier assaillant est abattu. Les tirs redoublent aux environs de 3h41. « J’espère que c’est l’assaut final comme ça hein », s’exclame un journaliste. Il n’aura pas tort. Le deuxième assaillant vient également d’être abattu. Mais les reporters vont rester encore longtemps avant d’avoir une information à mettre sous la dent. A la surprise générale, un cortège imposant arrive aux environs de 4h56. Simon Compaoré, ministre de la sécurité, Armand Beouindé, maire de Ouagadougou, Jean Claude Bouda, ministre de la défense, etc., se dirigent vers le lieu de l’attaque. Les journalistes sont tenus loin. « Non, les journalistes ne viennent pas », martèle un officier de l’armée. A 5h31, le capitaine Yé de la gendarmerie vient vers eux et leur fait le point. L’assaut est terminé.

Par Basidou KINDA


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