La cour royale de Tiébélé : Un patrimoine culturel à préserver

Publié le mercredi 26 juillet 2017

La province du Nahouri est principalement occupée par les Kasena et les Nankana. C’est une zone d’attraction touristique par excellence, grâce à sa faune et sa flore luxuriante. Au-delà des différents ranchs qui disposent d’animaux sauvages exceptionnels et d’espèces végétales rares, les Kasena et Nakana sont connus pour la richesse de leur expression culturelle. Ils en ont fait la preuve à plusieurs reprises en remportant des compétitions de danse, de tir à l’arc ou de chanson lors de festivals nationaux de la culture. L’architecture kasena, en termes de construction de l’habitat et de sa décoration, a une renommée qui a dépassé les frontières du Burkina Faso. Cependant, ces dernières années, cette architecture et ses décorations fantastiques, qui mettent à l’honneur le travail de la femme, sont mises à rude épreuve, pour ne pas dire sérieusement menacées. Dans le contexte actuel de globalisation, les envies de la jeune génération ne s’orientent plus forcément vers le banco, qu’il faut entretenir plus régulièrement... Une maison est évaluée en nombre de tranches de tôles. Tout ceci renforce l’abandon de la transmission intergénérationnelle de ce savoir-faire traditionnel. Alors, lorsque les individus démissionnent et que les ménages estiment qu’elles ont d’autres priorités lorsque la vie est dure, qui va sauvegarder le beau et le bien hérité des pères ? Il y a lieu de sonner le tocsin de la résistance, afin que les structures administratives et communales, communautés et lignages se mobilisent autour d’un seul mot d’ordre : « Cet élément fondamental de notre identité culturel ne doit pas disparaitre ! ». Certes jusqu’ici, des efforts ont été faits par des personnes de bonne volonté et des amoureux de ce patrimoine, mais il doit faire d’abord la fierté du pays Kasena-Nankana, dont les fils devraient s’engager en premier à le promouvoir. C’est dans le cadre des actions multiples de promotion que le ministère en charge de la culture a inscrit dans un inventaire national, l’habitation du lignage des kwarabié de Tiébélé, sous l’appellation de « Cour Royale de Tiébélé », dans l’optique d’une reconnaissance internationale. Même, si ce n’est pas la seule maison kasena de la zone qui fait de la résistance en matière de préservation de l’architecture et de l’art pictural, il y a un minimum d’actions qui y sont déjà entreprises et qui dénotent d’une certaine prise de conscience autour de ce joyau culturel. C’est l’ensemble de ces efforts qui ont attiré le regard de l’institut du patrimoine Wallon et la Wallonie-Bruxelles international qui ont procédé à l’édition d’un ouvrage sur Tiébélé et sa cour royale. Une contribution au rayonnement de ce patrimoine national. Des textes simples et instructifs, produits par des auteurs qui connaissent leur sujet. Des images fortes et belles qui parlent d’elles-mêmes. Cet apport important dans un processus de reconnaissance internationale doit amener les fils du terroir à faire plus que ce qui est entrepris jusqu’ici. L’engagement des lignages à préserver cette forme d’expression artistique, ne serait-ce que dans « la maison ancienne », ou celui de la commune à circonscrire des domaines de constructions traditionnelles face à l’urbanisation irréversible sont des défis à relever. Il s’agit d’un patrimoine commun qui peut rapporter gros, en termes de fierté, de reconnaissance et, pourquoi pas, d’espèces sonnantes et trébuchantes. Les touristes (certains reviennent plusieurs fois parce que séduits par cet art) ne reviendront plus, quand il n’y aura plus rien à voir. Du reste, cette forme d’expression artistique, qui donne une image positive de la femme, ne devrait pas être l’affaire du ministère de la culture seul. Suivez mon regard !

Ludovic Ouhonyioué KIBORA


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