Force Conjointe G5 Sahel : Enfin un sursaut de responsabilité de nos dirigeants

Publié le mercredi 26 juillet 2017

Secret de polichinelle. Le terrorisme n’est plus une menace pour l’Afrique. Il est devenu une donne réelle qui menace même l’existence de plusieurs pays. Les responsables africains n’ont d’autre choix que d’affronter ce grand mal du siècle. La psychose est totale lorsqu’on constate les actions spectaculaires par lesquelles les mouvements terroristes endeuillent des villes et des pays africains sans qu’aucune riposte rassurante ne vienne des gouvernants. Cela fait penser à une fatalité par laquelle les africains doivent à nouveau vivre l’enfer sur terre comme à d’autres époques. L’annonce de la constitution d’une force commune africaine est un signal fort et un pas encourageant car, comme le dit le dicton, « l’union fait la force ». Et, le terrain montre qu’aucun Etat ne peut à lui seul faire face aux groupes armés et autres trafiquants qui agissent en maitres dans une bonne partie du Sahel. La naissance de cette force est à l’évidence, une évolution majeure dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée.

Rétablir la paix et la sécurité dans la région du Sahel

Ils étaient six chefs d’Etat dans la capitale malienne. Il s’agit de Roch Marc Christian Kaboré, du Burkina Faso, Idriss Deby Itno, du Tchad, Mahamadou Issoufou, du Niger. Ibrahim Boubacar Keita, du Mali. Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la Mauritanie. Ce sont ces cinq pays africains qui forment le groupe (G5). Emmanuel Macron, le tout nouveau président français, a pris part à ce sommet, car la situation sécuritaire de la région préoccupe également Français et Européens. A l’issue des réflexions, les chefs d’Etat ont pris la résolution de créer la Force Conjointe du G5 Sahel (FC-G5S). La création de cette Force a eu une onction continentale et même mondiale. Elle est endossée par la 679ème Réunion du Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA tenue à Addis-Abeba, le 13 avril 2017, et le Conseil de Sécurité des Nations Unies a, par la résolution (2359) du 21 juin 2017, salué la création de cette force commune. La FC-G5S sera constituée d’unités issues des forces armées des cinq pays du G5 Sahel. Les chefs d’Etat ont décidé de doubler les effectifs prévus en passant de 5 000 à 10 000 hommes. Emmanuel Macron s’est engagé à apporter à la FC-G5S un soutien en matière de formation, d’équipement, de logistique, et sur le plan opérationnel. La mission principale assignée à cette force est de rétablir la paix et la sécurité dans la région du Sahel, qui est actuellement sous le joug de plusieurs mouvements terroristes et des narco-trafiquants. Les chefs d’Etat du G5 souhaitent que cette force conjointe soit opérationnelle le plus rapidement possible. Et pendant que certains font des propositions visant par exemple à l’intégration de cette force à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), d’autres comme Roch Marc Christian Kaboré (sur les antennes de RFI), demandent que la force conjointe se mette déjà au travail. L’objectif est de lancer les premières opérations avant la fin de l’année 2017.
Déjà, les membres du G5 Sahel comptent mobiliser les forces militaires de trois pays dits du « fuseau central » que sont : le Burkina, le Mali et le Niger. Pour mémoire, ces pays avaient enclenché un projet de force conjointe pour sécuriser leurs frontières.
Selon les révélations de nos confrères de Jeune Afrique, le général Didier Dacko, chef d’état-major général des armées maliennes, a été nommé le 7 juin commandant en chef de la force conjointe du G5 Sahel. Toujours, selon cet hebdomadaire, le futur quartier général de FC-G5S sera à Bamako, le « Mali étant considéré par tous comme le principal théâtre d’opérations ». Pour qu’elle soit effectivement opérationnelle, l’argent est incontournable. Les chefs d’Etat ont évalué un besoin de financement s’élevant à 423 millions d’euro. Une grosse somme qui fait bondir.

Où trouver l’argent ?

Dans leur élan de concrétiser l‘initiative, les Chefs d’Etat du G5 ont voulu compter d’abord sur leurs ressources en allouant la somme initiale de 50 millions d’euros pour le démarrage effectif des activités de la FC-G5 S. Chacun donnera 6 milliards de F CFA (10 millions d’euros). La France décide de faire un don de 8 millions d’euros avec 70 véhicules. L’Union européenne promet d’octroyer 50 millions d’euros. Cependant, ces montants ne représentent qu’un quart du coût global. Devant ce constat, les Chefs d’Etat du G5 Sahel et le président français ont « appelé les autres partenaires bilatéraux et multilatéraux à apporter une assistance conséquente à la FC-G5S sur les plans logistique, opérationnel et financier, en vue de faire face à cette situation qui menace la paix et la sécurité internationales ». Mais certaines nouvelles laissent dubitatif sur la possibilité de réunir les 423 millions d’euros. En effet, l’administration Trump a récemment bloqué, après l’annonce de la constitution de la FC-G5S, un financement par l’ONU d’une force régionale au Sahel. Ce qui pousse le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat à s’interroger le mercredi 5 juillet sur la volonté des Etats-Unis à combattre véritablement le terrorisme. « On ne comprend pas que les Etats-Unis puissent se réserver ou ne pas s’engager dans la lutte contre le terrorisme », a-t-il déclaré à l’AFP à Addis Abeba. Avant même cette décision américaine, l’administration Trump a poussé l’ONU à réduire de 600 millions de dollars le budget consacré à ses opérations de maintien de la paix. Comme s’il le sentait venir, Alpha Condé, président en exercice de l’Union africaine, qui était en visite officielle au Tchad, lançait à l’attention des chefs d’Etat africains : « C’est à l’Union africaine de prendre en charge la lutte contre le terrorisme ».

Quand Idriss Deby met les Chefs d’Etat africains face à leur responsabilité

« Boko Haram, la honte des dirigeants africains ». C’est sous ce titre de l’éditorial, de L’Evénement n°279 du 10 mai 2014, que Germain B NAMA pourfendait l’inertie des Chefs d’Etats africains face à un Boko Haram, qui avait renforcé sa célébrité en enlevant 276 filles le 14 avril à Chibok (à l’est du Nigeria). A priori, l’interpellation n’avait pas changé la posture de ces dirigeants. Boko Haram est devenu une véritable hydre qui a fini par essaimer toute une bonne partie du continent. Le seul qui a pris ses responsabilités, est Idriss Déby, président du Tchad. Aujourd’hui, il pense avoir fait ce qu’il pouvait.
Dans une interview donnée à TV5, RFI et Le Monde, le président Idriss Déby annonçait le retrait de son pays de certaines opérations militaires contre le terrorisme et d’autres missions de maintien de la paix. Les troupes tchadiennes opèrent depuis plusieurs années sur plusieurs fronts africains. Il s’agit notamment du Mali, du Cameroun, du Nigéria. La chute du coût du baril du pétrole et le caractère dispendieux des opérations militaires ont plongé le pays dans une grave crise économique. Ayant tiré la leçon, Idriss Déby est formel : « Le Tchad est fatigué de se battre tout seul pour rétablir la paix et la sécurité en Afrique, notamment dans le Sahel. Nous sommes arrivés au bout de nos limites. Nous ne pouvons pas continuer à être partout, au Niger, au Nigeria, au Cameroun, au Mali et surveiller 1200 kilomètres de frontière avec la Libye. »
Le Tchad a en effet payé un lourd tribut dans cette guerre. Plusieurs de ses soldats sont morts, y compris des proches du président Déby. Mais encore, ce pays a fait l’exploit de financer lui-même toutes ces opérations sans aucun soutien de la part d’un autre Etat ou organisation. Le président Tchadien martèle que son pays ne pourra pas faire partie de la Minusma et de FC-G5S. « Un choix sera fait », a-t-il prévenu.

Le développement économique, l’autre arme contre le terrorisme

Les chefs d’Etat du G5 Sahel et le président français ont peaufiné leur stratégie contre le terrorisme en accordant un pan important au volet développement économique et social. A ce titre, le point 15 de la déclaration finale du Sommet mentionne : « Conscients des liens indissociables entre sécurité et développement, les Chefs d’Etat du G5 Sahel et le Président de la République française sont convenus de la nécessité d’assurer l’accompagnement des opérations militaires et sécuritaires par des actions économiques, sociales, culturelles, d’éducation et de dé-radicalisation pour attaquer les causes profondes de l’insécurité ». Le président de l’Assemblée nationale du Burkina, qui a renchéri dans la même vision, martelait le 07 juillet que « les terroristes s’appuient sur la pauvreté de masse ». Il proposait pour endiguer ce phénomène, qu’en plus des actions sur le plan sécuritaire, de « s’appuyer sur le développement économique de nos États et des régions concernées ».

Par Hamidou TRAORE


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