Promotion immobilière : Abdoul’ Service viole l’environnement

Publié le mercredi 26 juillet 2017

Un désert à l’entrée de Ouagadougou. C’est ce qui se donne à voir sur le terrain acquis par la société immobilière Abdoul’Service International dans la commune de Saaba, localité située à une quinzaine de kilomètres au Sud-Est de la capitale burkinabè. Lors de notre passage le mercredi 31 mai 2017, seules les herbes (de nouvelles pousses) et les arbustes verts étaient les signes d’une vitalité du couvert végétal dans cette partie située à l’Est de Saaba. Des nérés, des résiniers, karités et autres types d’arbres de différents gabarits ont été réduits en bois de chauffe par la société immobilière, en plein aménagement de la future cité. Ces arbres, pour la plupart, bénéficient d’une mesure de protection particulière (néré, karité, caïlcédrat, etc.) par la législation burkinabè. Ce vaste domaine, qui s’étend à perte de vue, est destiné à la construction d’une cité. En tout, deux sites sont concernés par le projet. Le premier est situé à quelques centaines de mètres de la mairie de Saaba, et le second à quelques encablures de l’Université Saint Thomas d’Aquin (USTA). Sur les deux sites, les arbres doivent être abattus pour que la cité voie le jour. Pour détruire le couvert végétal de la sorte, y a-t-il une réglementation en la matière ? Si oui, quelles en sont les modalités ? À cette question, l’Inspecteur Hamidou Waongo, que nous avons contacté à la direction nationale des eaux et forêts, explique qu’il revient au porteur du projet de faire une étude d’impact environnemental pour déterminer l’impact de son projet sur l’environnement avant de s’y lancer. Ainsi, pour le cas précis de la société Abdoul’Service International, c’est à la direction régionale du centre de voir si le projet ne porte pas préjudice à l’environnement. Cette étape franchie, l’entreprise peut poursuivre ses activités. Sauf que dans le cas d’Abdoul’Service International, l’entreprise semble avoir mis la charrue devant les bœufs. Contacté le mardi 6 juin 2017, M. Zoanga, directeur technique de la société Abdoul’Service International, nous dit qu’« il y a un cabinet d’étude qui est en train de faire l’étude d’impact environnemental », avant d’ajouter qu’« il y aura une enquête publique sur place le 20 juin 2017 et le ministère de l’environnement dira par la suite si le projet est viable ou pas ». Pendant ce temps, des centaines d’arbres ont déjà été abattus sur le site. La procédure a-t-elle été respectée avant l’abattage des arbres ? Pas sûr. Pour répondre à cette question, nous avons tapé à plusieurs portes sans obtenir une réponse satisfaisante. Pour des raisons protocolaires, nous sommes restés sur notre soif.

« … nous n’avons ni de près ni de loin été impliqués
dans la procédure »

Au service départemental de l’environnement et des eaux et forêts de Saaba, on dit avoir été mis devant le fait accompli. « Nous avons été conviés pour l’enquête publique le mardi 20 juin 2017. Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’à notre niveau, nous n’avons été ni de près ni de loin impliqués dans la procédure », nous a confié Rasmané Bouda, premier responsable du service départemental de l’environnement et des eaux et forêts, que nous avons joint au téléphone le mercredi 5 juillet 2017. Cette même source affirme que, le jour de l’enquête publique, le service départemental n’a pas manqué de faire part au Bureau National des Evaluations Environnementales (BUNEE), qui était présent, de ses inquiétudes quant à leur non implication. Comme réponse à leur préoccupation, le directeur du BUNEE leur dira que la société peut passer directement par un cabinet d’études pour faire l’étude de l’impact environnemental. Vraisemblablement, l’étude d’impact environnemental doit être prête à présent. Quant à l’audience publique, elle s’est effectivement tenue le mardi 20 juin 2017. Le registre issu de cette enquête publique, selon M. Zoanga, est resté à la mairie et au Haut-Commissariat pour la suite de la procédure. Que dire si l’étude d’impact environnemental n’est pas favorable à la poursuite des activités ? Selon les explications à la direction nationale des eaux et forêts, au cas où l’étude d’impact environnemental n’est pas en faveur du projet en cours, le promoteur n’a d’autre choix que de renoncer à son initiative. Dans le cas contraire, l’entreprise se doit de faire un inventaire des arbres à abattre pour proposer une plantation en compensation. Cette éventualité serait en cours à en croire le directeur technique de la société Abdoul’Service International. La société a déjà entrepris des démarches pour cela, nous a expliqué M. Zoanga. Une personne ressource a déjà été saisie pour la production des plantes en compensation des arbres abattus. « Nous payons le lieutenant qui nous donne les plantes et comme c’est la saison hivernale, nous profiterons pour organiser des campagnes de reboisements pour remplacer les arbres que nous avons déracinés », a laissé entendre M. Zoanga. Quant aux taxes y afférant, le directeur technique reconnait que la société, sur une demande du ministère de l’environnement, a déjà eu à payer la somme de 5 millions de francs CFA pour le projet de Zagtouli. Mais pour ce qui concerne Saaba, aucun chiffre n’est disponible pour l’instant. Désormais, il revient donc aux services du ministère de l’environnement de faire le suivi de l’effectivité de ce reboisement en compensation et de l’entretien des arbres pour rétablir l’environnement dans son droit.

Par Wend-Tin Basile SAM


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