Dr Valère D. Somé, l’anthropologue chercheur

Publié le jeudi 29 juin 2017

Valère D. Somé disparu le 31 mai dernier en France aura véritablement marqué son époque. De nombreuses personnes au Burkina Faso le connaissaient de nom ou seulement comme homme politique d’influence, grand débatteur ayant une bonne maitrise des théories marxistes-léninistes. C’était aussi et surtout l’ami d’un certain… Thomas Sankara qui avait eu une courte vie bien riche sur terre. Dans la vie publique, au sein de l’opinion nationale, les écrits polémistes politiques de Valère avaient pris le dessus sur ses productions scientifiques. Raison pour laquelle dans le domaine de la recherche qui était pourtant son dada, le citoyen lambda savait peu sur l’homme. Ce brillant anthropologue, n’avait pas lui-même inscrit la course aux grades académiques dans ses ambitions de chercheur. Titulaire d’un bac D depuis 1972, la recherche en sciences sociale et humaine s’est imposée à lui comme une vocation. Sa thèse de doctorat unique soutenue à Paris 8 en 1996 :« Anthropologie économique des Dagara du Burkina Faso et du Ghana : lignages, terre et production » sous la direction du Pr. Pierre Philippe Rey, est au cœur de l’anthropologie économique classique. Dans cette thèse « L’anthropologue chez soi » profite, corriger les préjugés conceptuels et autres non-sens distillés depuis toujours par une recherches africaniste désuète.
En 2016 dans la maison d’édition Millénium qu’il a créée juste après son départ à la retraite, il a publié deux Tomes d’environ 300 pages chacun, de ses recueils de textes Politiques. Il s’agit de répertoires d’écrits et d’interview de 1995 à 2015. Sur ce document, en quatrième de couverture il précisait : « Le présent recueil de textes politiques en deux volumes déblaye le terrain pour la publication prochaine d’écrits inédits ». Hélas le sort ne lui aura pas laissé le temps, lui qui disait en privé avoir pas moins de 7 ouvrages en chantiers. Avec ces deux documents, Valère disait avoir déblayé le terrain, fixé le décor et s’engageait maintenant à entamer des productions sur le cru. Après la retraite, la recherche continue. L’anthropologue perspicace et lumineux se révèle très pertinent à travers l’analyse politique sur le changement social. Tenez ! A travers un article intitulé « L’humanité en quête du supplément d’âme. » ; 22 p., article paru dans la revue « Science et Technique », vol. 22 ; n° 2, janvier-juin 1997- juillet-décembre 1997, il prévoyait les dérives sociopolitiques, les guerres fratricides, la déliquescence des mœurs qui s’amplifient en ce troisième millénaire.
Au début des années 2000, il écrivait un article sur l’anti-constitutionnalité de la révision de l’article 37 dans les colonnes de l’Observateur Paalga et les conséquences qui pourraient en découler. En 2003 dans le tout premier numéro de la revue Espace Scientifique de l’institut des sciences des sociétés (INSS), dont il fut le premier rédacteur en chef, il publiait un article intitulé : « Dérive de l’islamisme ; ça n’arrive pas qu’aux autres ! » Avertissement qui se passe de commentaire. Lisez plutôt : « Chaque burkinabè doit donc se convaincre que les affrontements religieux, l’apparition du fanatisme religieux avec ses travers terroristes n’arrivent pas qu’aux autres. » Une telle conclusion intervenait après une analyse prospective et pertinente de la géopolitique régionale et internationale.
Son engagement qui était de laisser à la postérité des écrits qui apportent un plus à la compréhension des phénomènes sociopolitiques actuels et à venir est donc réel. Valère Somé avait en plus du sens de l’anticipation une grande capacité d’analyse des phénomènes sociaux actuels. C’est pourquoi s’il est bien possible de publier ses textes inédits à titre posthume, il sera par contre difficile, voire impossible de faire du Valère en son absence. Une sorte d’appellation d’origine contrôlée. Adieu Kôrô Valère !

Ludovic O. KIBORA

Du monde autour de la tombe de Valère

C’est en présence d’une foule immense que le Docteur Valère Dieudonné Somé a été inhumé au cimetière municipal de Gounghin ce lundi 05 mai. De haute personnalité comme le président Roch himself sont venus s’incliner sur la dépouille et dire adieu au défunt.

Décédé le 31 mai à Paris de maladie, le Dr Valère Somé a été accompagné à sa dernière demeure par un cortège impressionnant. Les ténors des partis politiques de la majorité comme de l’opposition ont pris part à l’inhumation de la dépouille de Valère Somé. On pouvait y voir le chef de file de l’opposition Zéphirin Diabré, Ablassé Ouédraogo du Faso Autrement, Gilbert Ouédraogo de l’ADF/RDA, Me Bénéwendé Sankara de l’UNIR/PS, Soumane Touré, Philippe Ouédraogo etc. Plusieurs responsables de la société civile étaient également présents. Des personnalités sont également venues de pays voisin. Parmi eux, Oumar Mariko, homme politique malien, député de l’opposition au Mali. Cinq personnes se sont succédé pour prononcer des discours. Le représentant du CNRST qui a souligné les qualités de « chercheur de niveau exceptionnel », un chercheur qui selon lui privilégiait « toujours le choc des idées ». Valère Somé dira-t-il a formé un grand nombre de jeunes au profit « de la recherche nationale ». Par la suite, M Comparé secrétaire général de la Convergence pour la démocratie sociale, parti créé par Valère, a focalisé son propos sur les péripéties que le défunt a connu à cause de son engagement politique dans la quête d’un « Faso digne, souverain et respecté ». Il a pris l’engagement devant le cercueil de Valère de continuer son combat. Et pour ce faire, les militants du parti ne cesseront de puiser dans l’immense trésor constitué d’ouvrages, d’articles de presse, d’enregistrements, etc. que Valère a laissés à la postérité. Dans la foulée Oumar Mariko s’est désolé de la chute d’une « bibliothèque africaine », un combattant de la lutte sociale. Le Malien, ressassant les qualités du défunt a affirmé qu’il était le « sommet des valeurs ». Pour Moïse Traoré, un ancien camarade de Valère, la « disparition de Valère est un gâchis humain, politique et social. » La parenté à plaisanterie est venu faire oublier un tant soit peu la douleur liée à l’événement. Pour le journaliste Ahmed Koné qui a beaucoup côtoyé le défunt, Valère est « un esclave qui a fait sa part du boulot pour son pays » et qu’il pouvait partir avec du vin de rônier qu’il lui remet séance tenante. Pour clore les interventions, le ministre de l’enseignement supérieur a résumé les actions de Valère en trois P que sont la Production (œuvre intellectuelle), la Procréation, et la Protection (du pays). Notons que le président du Faso a marqué de sa présence la veillée de prières au domicile du défunt, de même que l’absoute à la cathédrale.

Hamidou TRAORE

Valère sans « langue de bois »

Comment jugez-vous l’action gouvernementale de l’après-Transition ?
« Les mêmes qui ont toujours conçu et inspiré toutes les actions gouvernementales de Blaise Compaoré peuvent-ils proposer autre chose ? « Les mêmes causes produisent les mêmes effets et, dans certaines circonstances, les amplifient ». En ce sens, le départ de Blaise Compaoré a quelque chose de positif, car il aura permis à notre peuple de se rendre compte qu’il n’était qu’un paravent pour tous ces apprentis sorciers qui s’exerçaient à spolier notre peuple et qui se sont enrichis illicitement sous son ombre.
C’est pourquoi, parlant de réconciliation nationale, certains mots comme « Vérité » et « Justice » ne conviennent pas dans certaines bouches. C’est tout simplement indécent. Même si le législateur a décidé la prescription en matière pénale pour certains crimes comme les crimes économiques (souvent plus dommageables que les crimes de sang), dans la mémoire du peuple, dans ses ressentiments, ces crimes sont marqués de façon indélébile. Et il appartient au peuple seul de les absoudre, de les pardonner. Chacun de nous, en ayant conscience de sa juste responsabilité (« On ne gouverne pas innocemment »), devrait donc observer le profil bas pour que nous puissions accomplir la réconciliation nationale dont notre peuple a tant besoin. »

Valère Somé in Fasozine N° 68 Mars-Avril 2017


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