Tour du Faso 2016 : Comment Ilboudo a triomphé sans victoire d’étape

Publié le mercredi 5 avril 2017

Comment peut-on gagner un maillot jaune sans avoir gagné la moindre étape ? Voilà une question que la victoire du Burkinabè Harouna Ilboudo lors du dernier Tour du Faso soulève. Surtout que la présidente du jury a pris les Etalons cyclistes dans un fragrant délit d’utilisation d’un équipement interdit, une certaine opinion peut penser que la victoire du Burkina n’est pas hors de toute remise en cause. Et pourtant.

Le cyclisme offre nombre d’enjeux aux plus méritants. Il s’agit des maillots différenciés par les couleurs. Et entre autre maillot vert, jaune, rose aux points…c’est la tunique dorée qui est la plus convoitée. Elle récompense le grand vainqueur d’une course. Et Harouna Ilboudo s’en est approprié devenant le 14e burkinabè qui a endossé ce maillot en 29 éditions du Tour du Faso soit 15 autres victoires finales laissées aux autres convives. Belle était la victoire du dernier vainqueur de l’épreuve tant le suspens a été présent de bout en bout. Juste une petite seconde a suffi à Ilboudo pour monter à la plus haute marche du podium. Le plus surprenant pour les non-initiés c’est que le Burkinabè a triomphé sans jamais avoir eu à remporter une victoire d’étapes sur les 10 au programme ! Comment peut-on y arriver ? L’explication est simple. Le maillot jaune, celui qui récompense le meilleur classement général au temps est attribué au coureur qui aura mis le moins de temps possible pour parcourir l’ensemble des étapes. Pour faire simple, considérons une course à étape sur l’axe Ouaga-Bobo. Cela signifie que l’arrivée finale sera jugée à Bobo-Dioulasso. Mais la course prévoit des étapes, 4 au total. La première étape à Sabou, la 2e à Boromo, la 3e à Houndé et enfin l’arrivée finale soit la 4e étape à Bobo-Dioulasso. A la fin de chaque étape, il y a un vainqueur, c’est le meilleur de la journée. Il est le maillot jaune. Le jour suivant, la course repart. A l’arrivée, le temps pris par chaque coureur pour l’étape du jour est additionné à celui de la course passée et celui qui aura fait moins d’heures pour boucler les deux étapes est le leader de la course, donc le maillot jaune. Mais à supposer qu’un coureur arrive chaque fois 2e classé (le 2e meilleur temps de la course) et que chacune des étapes ait eu différents vainqueurs qui par ailleurs ont fait de mauvais temps sur d’autres étapes, la logique mathématique veut qu’en additionnant les temps, celui-là qui a fait 2e sur les 4 étapes finisse avec le meilleur temps. Or, il n’a été que 2e par 4 fois. Mais il a été régulier à l’arrivée. Du coup, il a mis moins de temps pour couvrir l’ensemble des 4 étapes alors que les vainqueurs ont été les plus rapides sur une étape mais il se trouve qu’ils ont pris un grand retard sur certaines. Un vainqueur d’étape qui met 1h pour aller à Sabou et à l’étape suivante a besoin de 1h10mn pour rallier Boromo sera relégué au second rang par le coureur qui arrive 2e sur les 2 étapes et qui réalise un temps de 1h01mn à Sabou et 1h03 mn à Boromo en étant toujours 2e sur la ligne d’arrivée. L’addition des différents temps mis démontre que le coureur qui aura remporté une étape totalise un temps général sur les 2 étapes de 2h10mn tandis que celui qui a été 2 fois 2e par exemple n’a mis que 2h04mn en tout. Et sans avoir gagné il remporte la course. Exactement comme ce qui est arrivé avec Harouna Ilboudo. Il a été le plus régulier à chaque arrivée. Du coup, il n’a pas eu besoin de remporter une étape pour gagner le maillot jaune.

Un surprenant vainqueur
Personne ne misait un sou sur Ilboudo pour être le seigneur de cette édition du Tour du Faso. Pour dire vrai, les Etalons n’avaient pas la gueule de porteur de maillot jaune. La sélection a perdu ses cadres. Aziz Nikiéma, le vainqueur de l’épreuve en 2013 est en mission onusienne au Mali. Il a mis entre parenthèse sa carrière de sportif pour au moins un an pour se mettre sous les couleurs. L’autre pilier de notre sélection, Rasmané Ouédraogo, lui également maillot jaune de l’édition 2012 s’est exilé aux Etats-Unis où il espère une vie meilleure dans d’autres secteurs. Et dans une moindre mesure, Salfo Bikiengé lui aussi un coureur expérimenté a rangé ses roues depuis sa sortie de route à polémique et son accident lors du championnat national. Il fallait reformater la sélection. En si peu de temps trouver des leaders mais surtout ceux qui peuvent faire des résultats. Entre temps Mathias Sorgho, l’étudiant pointait le bout du nez. Il a gagné la saison passée le Tour du Togo, le Tour du Bénin. Il était lentement mais certainement en train de faire ses armes. Doté d’une intelligence de course fine, il a de la résistance pour être un rouleur. Il était devenu l’unique espoir. Il est envoyé en stage en France. Tout est mis pour que le champion éclore. Le ministre des sports et des loisirs impressionné par les qualités du garçon n’hésite pas à prendre régulièrement de ses nouvelles. Le Burkina croit tenir son nouveau champion qui va exploser sur le Tour. Emballées, les autorités sportives ne réalisent pas la quantité de pression ainsi exercée sur les frêles épaules de ce coureur. Plus grave, le fait d’avoir investis au su et vu des autres de grands espoirs sur le coureur-étudiant, Sorgho va impacter négativement le reste du groupe. Le cyclisme, on le sait est un sport individuel qui se court en groupe. Les autres coureurs ne vont pas manquer l’occasion d’afficher leur manque de solidarité pendant l’épreuve. Car sur la 1re étape, l’espoir du Burkina tient son rang. Il frappe fort et remporte l’étape et le maillot jaune à Koupéla. Mais au 3e jour de course, le porteur de maillot jaune n’est pas escorté par ses coéquipiers directs. En effet, en cyclisme, le leader de la course se doit d’être entouré et protégé par les autres qui l’encadrent à l’échelon course. Ils doivent l’assister, le dépanner au besoin. Le règlement autorise par exemple qu’en cas de panne de vélo, le co-équipier direct passe sa monture à son leader. Sur la route de Ziniaré quand Sorgho a été victime de sa chute, il n’y avait pas de coéquipiers directs pour lui passer son vélo. C’est signe d’un manque de solidarité. C’est un abandon qui ne s’explique pas en cyclisme. La raison qu’on pourrait évoquer, c’est qu’il a été puni. Conséquence, le staff a fait le forcing amenant le coureur à prendre un vélo qu’il ne devait pas prendre. A la clé, il a écopé d’une minute de pénalité. Ainsi se sont évanouis les espoirs d’un pays.
Mais ce qui n’était pas prévu, c’est que Harouna Ilboudo devienne le roi de la course. En effet, son profil l’éloigne de ce genre d’exploits. C’est un excellent coureur, le plus grand animateur des courses cyclistes nationales du fait qu’il est un rouleur. C’est un lieutenant qui sait faire le travail, mais un travail pour les autres. Mais Harouna Ilboudo n’est pas ce genre de coureurs qui gagnent des compétitions. Sa spécialité c’est d’amener les finisseurs vers la ligne, de faire progresser le peloton. Mais n’étant pas un finisseur, il est difficile de l’attendre à l’arrivée. Ironie du sort, c’est lui qui a sauvé le Burkina.

Une présidente de jury atypique
Pour la première fois, en 29 éditions, l’UICI a décidé de confier la gestion de la course à une dame, Isabella Fernandez. Mais la course a failli ne pas finir. Est-elle la seule coupable ? Certainement pas. La faute incombe d’abord aux coureurs. Ils ont apporté de l’eau sans doute au moulin du commissaire de la course. Sans doute Isabella Fernandez a lu de la mauvaise littérature sur le Tour du Faso avant de venir. L’épisode du coureur transporté dans une voiture Peugeot-bâchée sous la révolution, aux premières heures du Tour du Faso, a dû lui donner des idées reçues en venant à Ouaga. Et quand elle met la main sur un coureur qui avait des écouteurs, ce qui est interdit, elle veut sortir l’artillerie lourde. En effet, le coureur Abdoulaye Rouamba a passé un petit plan secret avec un mécanicien des Etalons. Les écouteurs à l’oreille du coureur lui permettaient de recevoir des instructions du mécanicien. Selon certaines sources tous les membres du staff technique de la sélection n’avaient pas vent de l’existence de ce dispositif. Le coureur burkinabè a été dénoncé par un coureur européen et la sanction est tombée. La commissaire de course a fait arrêter la course et a mis hors de course Abdoulaye Rouamba. Le capitaine des Etalons, dans la foulée tiens des propos durs envers la dame qui le met lui aussi hors course. Cette dernière sanction révolte les Etalons qui décident de ne plus continuer la compétition. Pendant le temps des parlementer, la commissaire Fernandez sort la formule qui a failli tout faire péter. Furieuse, elle déclare que les Burkinabè sont des mal-éduqués. Il n’en fallait pas plus pour que le président du Comité national d’organisation s’enflamme et le signifie avec véhémence à la bonne dame. La compétition va reprendre par la suite avec les Burkinabè. Mais les esprits surchauffés ne vont plus trouver de calme. La mauvaise maîtrise du français a sans doute été à l’origine des gros mots de la présidente du jury. On s’imagine qu’elle ne voulait pas dire ce qu’elle a dit. Une chose est d’appliquer le règlement avec force une autre est d’insulter tout un pays. Pas même qu’elle insulte un individu mais un pays. En plus, elle a manqué de grandeur. Car après, elle s’est rendue compte que ses propos étaient assez forts. Mais pourquoi n’a-t-elle pas présenté ses excuses avant son départ ? Elle aurait pu éviter ces rapports exécrables qu’elle a eu avec plus d’un sur ce tour notamment le président Alassane Ouangraoua qui n’a plus eu de mot envers elle jusqu’à son départ du Burkina.

J J Traoré


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