Opposition au Faso : Nuages dans le ciel du CFOP

Publié le mercredi 5 avril 2017

Le chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso n’est pas à l’abri de surprises désagréables. Pour s’en convaincre, il suffit d’intégrer à l’analyse des faits la vive polémique née autour de l’organisation de la journée nationale sur l’insurrection. Initiée par la coalition des forces démocratiques pour un vrai changement (CFDC) aux fins d’être portée par le CFOP, cette proposition a fait l’objet d’une fin de non recevoir de la part de certains partis politiques membres de cette même institution. Quelques jours après, le 16 octobre 2016, ils ont porté sur les fonts baptismaux la coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER). Cet antagonisme a révélé au grand jour les dissensions entre les différentes composantes du chef de file de l’opposition. Zéphirin Diabré a dû se résoudre à commémorer le deuxième anniversaire de l’insurrection, le samedi 29 octobre dernier, avec la coalition acquise à sa cause. Certaines analyses avaient déjà indiqué que cela sentait le roussi. Pour corroborer cette thèse, les deux blocs aux intérêts parfois convergents, divergents et même antagonistes ont enfoncé le clou. Sur le volet réconciliation nationale, ils semblent, cette fois-ci, poursuivre les mêmes objectifs mais la démarche pour y parvenir est diamétralement opposée. Zéphirin Diabré et sa coalition soutiennent la trilogie justice, vérité et réconciliation. Ils l’ont réaffirmé, à l’occasion de la Conférence nationale de l’insurrection tenue au Conseil burkinabè des chargeurs, s’inscrivant dans l’adhésion populaire. A son antipode, la coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale pense que dans le contexte actuel délétère, il faut commencer par le dialogue pour rapprocher les positions ; ensuite aller à la justice et pour enfin aboutir à la réconciliation. Son président El Hadj Ablassé Ouédraogo s’en est expliqué : « Quand deux sourds muets sont à distance, ils se lapident ; quand ils se rapprochent, ils se rendent compte qu’ils sont les mêmes ». C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, « nous pensons qu’il faut commencer par le dialogue tout en n’excluant pas la justice » car « la coder met la justice au cœur du processus de la réconciliation nationale. Mais il faut ouvrir un dialogue inclusif et des conclusions de ce dialogue sortiront un catalogue de vérités. Il y a des vérités qui auront besoin d’être pardonnées ; et il y en aura d’autres qui passeront par la justice ». Et notre interlocuteur, le doigt pointé vers le ciel comme s’il prenait Allah à témoin, a déclaré : « il faut une justice équitable. Il ne faut pas une justice à deux vitesses comme nous le voyons actuellement ». Mais si on procédait autrement, comme soutenu par Zéphirin Diabré et même par le pouvoir en place ? « Dans ce cas, nous ne voulons pas d’une réconciliation véritable. Mais si c’est par la justice qu’il faut commencer, ceux qui sont aux affaires seraient les premiers à être embarqués » a-t-il conclu. Le CFOP, lentement mais sûrement, cesse d’être un pôle unique de prise de décisions de l’opposition pour se muer en plusieurs pôles d’intérêts où chaque bloc prêche pour sa chapelle. Dès lors sa cohésion se trouve menacée et son existence même en prend un coup.

Par Raphael N. Aspavati

Le CFOP a des épines dans la plante des pieds

Il n’en fallait pas plus pour que David Moyinga, ex député sous la transition, président du réseau panafricain des élites de relève voit des épines dans la plante des pieds du CFOP. Après avoir peint le contexte politique post insurrectionnel, cet enseignant à l’université Joseph Ki Zerbo pense que le pays traverse une période mutationnelle où le paysage politique est appelé à s’éclaircir. C’est ainsi qu’il faut comprendre, a-t-il dit, les groupes qui se forment au sein du CFOP, institution sur laquelle, il a émis de sérieuses réserves quant à sa survie. L’ancien député sous la transition a affirmé qu’au meilleur des cas, le chef de file de l’opposition sera vidé de son contenu politique, s’il ne disparait pas, et ne pourra plus, en tout cas, constituer cette force d’équilibre regroupant toute l’opposition. Les faits semblent lui donner raison. Le parti ADR vient de claquer la porte du CFOP tout en se réclamant toujours de l’opposition. Ce qui fait conclure à M. Moyinga que : « le CFOP restera, certes, une institution de la République mais il aura fort à faire pour ne pas être une coquille vide ». Un leader politique, membre du CFOP, dit avoir les mêmes appréhensions. A l’entendre, le bourreau du CFOP, c’est la coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale. Et pour cause, déplore notre source, la CODER serait un regroupement de partis politiques pour faire voler en éclats le chef de file de l’opposition. Elle se justifie : « Ablassé Ouédraogo et ses camarades ont planifié des actions pour demander la suppression du CFOP de la nouvelle Constitution, demander des comptes de gestion à son président, développer des points de vue qui ne pourront jamais faire l’unanimité autour des activités du CFOP, en empêcher leur financement… » Le chapelet des récriminations est long à finir d’égrener. C’est pourquoi, ce leader politique a « refusé d’être affilié à l’une de ces deux coalitions ». Du coup, il sied d’en déduire qu’il existe au sein du CFOP, des partis politiques qui n’ont ni adhéré à la CFDC ni à la CODER. Ce groupe de formations politiques, la dizaine environ, constitue, si on peut le dire, les partis non alignés de l’institution. C’est à un véritable émiettement des forces politiques qu’on assiste au sein de cette opposition qui est à la recherche de ses marques. En somme, trois pôles cohabitent au sein du chef de file de l’opposition. Ce qui contraste avec ce qu’elle a été depuis longtemps. Mais quant à Zéphirin Diabré, il en fait toute une autre lecture. Sur une radio de la place, il a salué la naissance de la CODER comme signe de vitalité de la démocratie.

R. N. A

Ablassé Ouédraogo à propos du CFOP : « Une institution ne vaut que ce que vaut son président en matière de gestion » 

Si la coalition des forces démocratiques pour un vrai changement (CFDC) ne va pas fragiliser le CFOP, la coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER) non plus ne va pas le faire. Occasion pour Ablassé Ouédraogo de rappeler les objectifs de sa coalition qui se résument pour l’essentiel au renforcement de la démocratie, au bien être de la population, à l’alternance démocratique et à la réconciliation nationale. « En quoi voyez-vous maintenant qu’on a pour objectifs de faire voler en éclats le CFOP ? » s’est-il interrogé avant de rappeler qu’au Burkina Faso, la loi demande à chaque parti de se déterminer. « Si vous n’êtes pas à la mouvance, vous êtes alors à l’opposition par une déclaration d’affiliation au CFOP et une ampliation au MATDSI » a-t-il précisé. En terme clair, l’article 2 de la loi N° 0046-2013 portant modification de la loi N°0009/ AN du 14 avril 2009 portant statut de l’opposition politique au Burkina Faso stipule « est considéré comme parti politique de l’opposition, tout parti légalement constitué se déclarant opposé du parti ou groupement de partis participant au gouvernement ou soutenant l’action gouvernementale ». Voici la disposition de la loi qui a rangé les plus forts d’hier au CFOP. Dès lors, a expliqué le président de la CODER, tous les partis politiques du chef de file de l’opposition partagent la même vision et ce sont les approches qui diffèrent. Ainsi Ablassé Ouédraogo pense qu’il n’est pas juste que certains continuent de stigmatiser tous les Burkinabè appartenant au CDP. Se déclarant patriote qui aime son pays, le Burkina Faso, à qui il faut donner un destin meilleur, il a dit avoir accepté d’être le trait d’union entre ceux qui ont subi l’insurrection et ceux qui ont fait l’insurrection. Qu’à cela ne tienne ! Le président de la coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale a récusé toutes les accusations portées contre la CODER dans la fragilisation du CFOP. Il a d’abord indiqué que l’entière responsabilité sera portée par Zéphirin Diabré car « une institution ne vaut que ce que vaut son président en matière de gestion » ; ensuite, il ne voit aucun inconvénient à demander qu’on « fasse un audit de la gestion du CFOP depuis que Zéphirin est à la tête de l’institution » pour des raisons de " transparence surtout que c’est l’argent du contribuable burkinabè’’ et enfin, il a mentionné que la CODER est née pour enrichir le débat au sein du CFOP. En tout cas, l’homme qui se définit comme ‘’enfant du paysan’’ a dit ne rien à se reprocher en se sens que c’est le président Zéphyrin Diabré qui est le premier à créer une coalition au sein du CFOP. « Il s’est lui-même tiré une balle dans la jambe et doit assumer ».

R. N. A


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