An II de l’Insurrection : Zeph rugit et Roch crie patience !

Publié le mercredi 5 avril 2017

En souvenir du tsunami populaire qui a emporté le régime Compaoré il y a deux ans, la Coalition des forces démocratiques pour un vrai changement (CFDC) a tenu une journée hautement réflexive le samedi 29 octobre à Ouagadougou. De leur diagnostic, il ressort que les causes qui ont poussé les Burkinabè à la révolte sont toujours d’actualité. De l’autre côté le gouvernement a aussi commémoré l’évènement en professant son impuissance à répondre à toutes les attentes de la population qui crie misère.

La CFDC est une coalition qui regroupe des partis politiques et des organisations de la société civile. Zéphirin Diabré, le chef de file de l’opposition burkinabè est à la tête de cette nouvelle structure. La CFDC a tenu dans la journée du samedi 29 sa Conférence nationale sur l’insurrection (CNI). Le thème choisi pour l’occasion est : « Insurrection et aspiration au changement du peuple burkinabè : bilan et perspectives pour une véritable réconciliation nationale ». Au cours de cette conférence, différents leaders politiques et de la société civile se sont succédés au parloir. Chacun a disséqué un thème en rapport avec la vie de la nation. Zéphirin Diabré assurait lui-même la police des débats en ne s’empêchant pas d’intervenir dans les débats. Dans la peau d’insurgé, le chef de file de l’opposition a tenu un réquisitoire incisif sur la gouvernance du pouvoir en place. Le chef de file de l’opposition déplore une gouvernance qui est largement en-deçà des aspirations des Burkinabè. Prenant à témoin les lamentations des Burkinabè sur leurs conditions de vie, M. Diabré martèle que « les problèmes qui ont amené les Burkinabè à battre le pavé, en octobre 2014, sont toujours présents ». Devant une telle situation, le président de l’UPC indique que les partis membres de la CFDC et les OSC ne pouvaient laisser passer cet anniversaire « sans le marquer d’une touche particulière ». Il demandera à l’assistance une minute de silence pour tous ceux qui sont tombés pendant l’insurrection populaire. L’opposant insiste que justice doit être rendue à ces martyrs. Mais qu’au préalable les responsabilités dans ces tueries doivent être situées. Entre autres solutions de la crise que traverse le pays, M. Diabré propose une thérapie reposant sur trois choses à réaliser. Le devoir « de vérité, de justice et de réconciliation ». Pour lui donc, la CFDC a voulu faire de cette deuxième année de commémoration, une occasion pour s’épancher sur les préoccupations des Burkinabè qui poussent de plus en plus des cris de détresse. A ce titre plusieurs thèmes touchant quasiment tous les aspects de la vie politique, économique et sociale ont été traités par d’illustres panélistes provenant d’OSC et de formations politiques. Le professeur Mahamadé Savadogo qui a ouvert la série des communications, a déploré le fait que le changement enclenché avec l’insurrection n’a pu avoir des répercussions sur l’ordre social au Burkina.
La célébration de l’anniversaire de l’insurrection a semblé être une affaire entre politiques, OSC et gouvernement. Dans un micro trottoir, des jeunes rencontrés ne cachent pas leur désillusion. Ils disent avoir affronté le régime de Compaoré avec toute sa machine de répression pour « changer les choses ». C’est-à-dire voir l’avènement d’une gouvernance qui « profite concrètement à la majeure partie des citoyens qui se trouve au bas de l’échelle ». Si nombre de ces personnes saluent des réalités comme la gratuité des soins pour les tous petits, le recrutement de milliers de jeunes, elles se montrent néanmoins pessimistes sur la capacité du nouveau pouvoir à répondre à leur aspiration de manière substantielle. D’aucuns ne comprennent pas pourquoi deux ans après aucun procès n’a été entamé pour juger les responsables des crimes économiques et de sang surtout ceux qui ont tiré sur les manifestants pendant l’insurrection. D’autres se plaignent des libertés provisoires accordées aux personnes soupçonnées d’être impliquées dans le coup d’Etat de Diendéré. Certains résument leur plainte au fait qu’il n’y a « pas d’argent et que le pays est devenu dure plus qu’avant ». Tous affirment que l’insurrection était nécessaire même « obligatoire » et que si les choses continuent dans le sens qui a provoqué son avènement, ils sont encore prêts à occuper la rue.

Roch Marc Kaboré, réalisation, promesse et aveu d’impuissance
En face, le gouvernement a également commémoré l’an II de l’insurrection. A l’occasion le président post-insurrection tient un discours avec des affirmations qui, si elles sont moralement admissibles semblent néanmoins politiquement inappropriées car donnant l’impression d’un aveu d’impuissance. Le président dit être bien conscient des difficultés qui assaillent les Burkinabè. Difficultés qu’il remonte à 30 ans. Face à ces difficultés, Roch déclare qu’il « n’est donc pas possible de prétendre, à moins d’un an, leur trouver des solutions acceptables et durables, sans se donner le temps et les moyens d’y travailler ». Ainsi, les Burkinabè sont interpellés. Il faut encore et encore de la patience. Le chef d’Etat les invite d’ailleurs « à la retenue sur le front social ». Il poursuit en appelant le peuple au réalisme. Roch dit reconnaitre la légitimité des revendications pour l’amélioration des conditions de vie, de travail et d’étude. Mais que les Burkinabè doivent comprendre qu’ « on ne peut partager ce qu’on n’a ni produit, ni créé ». D’ailleurs évoquant les attentes que les citoyens expriment, le chef de l’Etat se veut clair : « on ne peut pas satisfaire toutes les attentes en même temps ». En outre, le président recevait les familles des victimes de l’insurrection le 30 à la présidence. Les parents ont reconnu les efforts qui ont été faits. Notamment la réception des villas par les veuves et orphelins. Le président a par ailleurs rappelé ce que le gouvernement a pu faire. Il s’agit entre autre du transfert des blessés à Tunis pour recevoir des soins appropriés. Roch Kaboré annonce que l’équipe médicale tunisienne séjournera au Burkina pour apporter son expertise à ceux qui en auront besoin. Sur les dossiers judiciaires, le président souligne que « justice sera rendue aux ayants droits ».

Par Hamidou TRAORE


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