Putsch manqué du 16 septembre 2015 : Possible mise en accusation du député Salifou Sawadogo du CDP

Publié le mercredi 5 avril 2017

Une requête du Tribunal militaire a été adressée au Parlement aux fins de voir l’immunité du député Salif Sawadogo levée en vue de l’entendre dans le cadre du dossier coup d’Etat de septembre 2015. Les députés devraient incessamment examiner la question afin de décider quelle suite donner à la requête des juges militaires.

Convoquée pour 16 heures le mardi 08 novembre dernier, la session plénière a été finalement annulée. Motif, Salifou Sawadogo le mis en cause serait au Maroc dans le cadre de la conférence sur le climat qui s’y déroule actuellement. Le lundi 7 novembre, la conférence des présidents s’était réunie sur la question et a estimé que la requête méritait d’être soumise à l’appréciation des députés. D’où la convocation de la plénière. Sans doute celle-ci devait être l’occasion d’informer les députés et d’enclencher la procédure devant aboutir à la levée de l’immunité parlementaire de l’intéressé. Celle-ci prévoit la constitution d’un comité de 15 personnes dont la mission consiste à auditionner le mis en cause. Un compte-rendu d’audition est établi et soumis au requérant en l’occurrence le président de l’assemblée nationale. Une résolution est alors rédigée sur cette base pour être soumise au vote des députés.

Que reproche-t-on au député Salifou Sawadogo ?
Des informations que nous avons pu recueillir, il ressort que son nom aurait été cité par diverses sources concordantes lors des investigations sur le coup d’Etat comme étant l’organisateur en chef des manifestations civiles de soutien au coup d’Etat. Il aurait distribué des armes à des jeunes et serait le planificateur des attaques dirigées contre des domiciles privés de personnalités politiques ainsi que de la société civile. Il pourrait se voir reprocher les charges suivantes : associations de malfaiteurs, actes de vandalisme, dégradation ou destruction volontaire aggravée de biens mobiliers et immobiliers, complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat etc…, toutes choses qui l’exposent à des poursuites judiciaires. Sur le fond de l’affaire, il ne semble pas qu’il y ait problème, la levée de l’immunité parlementaire étant une nécessité pour faire la lumière sur un dossier de justice. Toutefois l’affaire est quelque peu embarrassante parce qu’au nombre des victimes des saccages, les juges militaires ont cité le domicile de Salif Diallo. Pour cette raison, un président de groupe parlementaire que nous avons contacté estime que pour faire crédible, il fallait établir un équilibre spécial dans la composition du comité. Or sur les 15 membres du comité, le MPP et la mouvance ont 9 représentants et l’opposition 6. Cela peut laisser penser qu’on veut sceller le sort du député Salifou Sawadogo. Mais ça c’est une cuisine interne qui intéresse peu l’opinion publique dont la commémoration de l’AN II de l’insurrection populaire a été l’occasion une fois de plus de crier son désir de voir la justice bouger. Pour le moment, il est question de créer les conditions afin que le juge militaire puisse entendre un député couvert par l’immunité parlementaire. La résolution qui sera soumise aux votes des députés ne touche pas la question de fond. Les députés ne sont pas des juges. Il leur est simplement demandé de faciliter le travail de la justice. Que ces derniers se prévalent de leurs privilèges pour essayer de se soustraire à la justice serait très mal vu par les Burkinabé. Aujourd’hui le problème touche un député de l’opposition. Mais qu’en sera-t-il si un problème du genre venait à concerner un député de la majorité ? Exercera-t-on les mêmes diligences ? Pas si sûr affirme-t-il. Il pointe d’ailleurs la récente commission sur le foncier qui aurait fermé les yeux sur le cas d’un député MPP qui serait passé entre les mailles du filet. Ce dernier nous assure-t-il faisait même partie de ladite commission sur le foncier. C’est dire que la confiance ne règne pas entre Majorité et opposition au sein de l’hémicycle. Sans doute cette affaire sera suivie comme du lait sur le feu par les Burkinabé, en premier lieu les insurgés mais aussi par l’ensemble des démocrates. Si la tradition qui consiste à faire la retransmission radio-télé des séances de l’assemblée nationale est respectée, nul doute que cette séance crèvera le plafond de l’audimat. En rappel, Salifou Sawadogo est un ancien ministre de Blaise Compaoré. Ingénieur des Techniques de développement rural, il fut nommé secrétaire permanent aux engagements nationaux en juillet 2014. Au dernier congrès du CDP il est élu 4ème Vice-Président aux Relations Extérieures.

Par Germain B. NAMA

Extraits de la demande d’autorisation de levée de l’immunité parlementaire

« De l’instruction du dossier Commissaire du gouvernement C/DIENDERE Gilbert et plusieurs autres inculpés devant notre juridiction, pour attentat à la sûreté de l’Etat, enlèvement et séquestration, acte de terrorisme, meurtre, destruction volontaire aggravée de biens mobiliers et/ou immobiliers et diverses autres infractions, commises les 16 septembre 2015 et jours suivants à Ouagadougou, il résulte des éléments graves et concordants susceptibles d’engager la responsabilité pénale de M. SAWADOGO Salifou, … actuellement Député à l’Assemblée Nationale…
… les 16 septembre 2015 et jours suivants, Monsieur SAWADOGO Salifou , actuellement député à l’Assemblée Nationale, alors coordonnateur du parti politique Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) pour les élections législatives de 2015, a instigué et organisé des manifestations au rond-point des Martyrs à Ouaga 2000 à travers les responsables des structures provinciales CDP du Kadiogo. Les organisateurs ont voulu par ces rassemblements, manifester, dire non à l’exclusion, oui à l’inclusion et montrer aux yeux de la communauté internationale et des médiateurs, que tous les Burkinabé n’étaient pas contre le coup d’Etat et prônait l’inclusion.
L’instruction a permis d’établir l’action conjointe de civils donnés pour être des militants du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) et de militaires de l’ex RSP dans les actes répréhensibles de pillages, saccages et incendie de biens privés mobiliers et immobiliers, commis à l’occasion et en marge des manifestations pro putsch, à partir du rond- point des Martyrs, lieu de regroupement des militants CDP du Kadiogo. La première manifestation des militants du CDP sous l’instigation de M. Salifou SAWADOGO a eu lieu le 17 septembre 2015. Les rassemblements et les manifestations se sont poursuivis les jours suivants au même lieu à Ouaga 2000. A partir du rond-point des Martyrs et en sa présence, des groupes de militants donnés pour être du CDP accompagnés de militaires de l’ex-RSP se sont transportés, le 18 septembre 2015 au domicile de Monsieur Salifou Diallo actuel président de l’Assemblée Nationale, qui a été saccagé, pillé puis incendié. Une première tentative en l’absence des militaires a échoué le 17 septembre 2015. Le domicile de Madame Safiatou LOPEZ/ZONGO subira le même sort. A l’hôtel Laïco où se tenaient les rencontres avec les médiateurs de la CEDEAO, les militants rassemblés ont été invités à s’y rendre. Ceux qui ne partageaient pas ces manières disent-ils s’en sont démarqués et sont retournés chez eux. L’intervention des forces de l’ordre, à l’hôtel Laïco, permettait d’éviter de justesse un affrontement entre les militants CDP pro putsch et ceux des autres organisations anti-putsch.
Outre la constance des faits, les nombreux témoignages et les déclarations de responsables des structures provinciales du CDP du Kadiogo, mettent en cause l’actuel député SAWADOGO Salifou. Ils soutiennent avoir reçu de lui les instructions pour mobiliser leurs militants des sous-sections et secteurs, les 17 septembre 2015 et jours suivants, à la place des Martyrs à Ouaga 2000.
Au regard de tout ce qui précède, la responsabilité pénale de Monsieur SAWADOGO ne peut qu’être recherchée, à l’instar des autres personnes poursuivies pour les mêmes faits et en rappel, le juge d’instruction instruit à charge et à décharge. .. »

Les diligences souhaitées
« Vu la gravité des faits et les éléments probants du dossier qui pèsent contre le député SAWADOGO Salifou, du droit et l’obligation pour toute personne de s’expliquer et de se défendre, pour une bonne administration de la justice et pour la manifestation de la vérité, j’ai l’honneur de demander … la levée de l’immunité parlementaire ou une autorisation de poursuite de l’honorable député SAWADOGO Salifou, député à l’Assemblée nationale, pour lequel des indices graves et concordants sont réunis dans le dossier Commissaire du Gouvernement C/ DIENDERE Gilbert et plusieurs autres… »


Commenter l'article (0)