Tour du Faso : Alerte rouge

Publié le vendredi 4 novembre 2016

Encore un Tour du Faso. Du 28 octobre au 4 novembre, le Burkina accueille 15 sélections nationales et clubs européens pour l’édition 2016. Comme à l’accoutumée, c’est l’incertitude totale. Pendant que les convives se bousculent pour obtenir une invitation, alors que les médias internationaux réclament à cri et à cor leur carton d’invitation, tandis que le monde entier de la petite reine n’a que les yeux rivés sur le Burkina et sa célèbre compétition il est quasiment impossible à ce jour de dire si le Tour du Faso aura lieu ou pas. Malgré la création d’un secrétariat permanent du Tour du Faso qui a travaillé à anticiper l’organisation, en dépit de la nomination matinale du Comité d’organisation placé sous la présidence du président de la Fédération burkinabè de cyclisme, Alassane Ouangraoua. On ne reprochera pas à l’organisation de s’y prendre tardivement. La première conférence de presse qui annonce l’événement s’est tenue à trois mois de la date de la première pédale du Tour du Faso. Pour autant, l’incertitude ne cesse de grandir autour de la grande boucle nationale. Se tiendra ? Ne se tiendra pas ? Les réunions se multiplient. Mais on la grosse pierre d’achoppement reste immanquablement les finances. L’argent fait défaut. Les organisateurs ne savent où trouver les ressources nécessaires pour faire face à la dépense. Il faut 390 millions de F CFA environ pour loger, nourrir, soigner, déplacer les 350 personnes qui composent la caravane du Tour. Et la part de l’Etat est connue de tous. 140 millions de F CFA. Il manquera 260 millions à mobiliser à travers le sponsoring. La tâche n’est pas un sport de dimanche matin. La levée de fonds auprès des sponsors est si complexe que peu de gens s’y essaient. Or, l’opération est avantageuse. Une ristourne de 25% est reversée à qui réussira la signature d’un contrat de sponsoring avec un partenaire. Et l’opération est ouverte à tous. Il est vrai que l’inoxydable Francis Ducreux semble réussir dans l’exercice au point que dans l’imagerie populaire il y a une sorte de deal qui lui donne l’exclusivité. Que nenni ! Tout le monde peut déployer sa stratégie, mobiliser les fonds et surtout passer à la caisse pour sa commission officielle. Rien d’illégale. On peut épiloguer sur les taux reversés. C’est important. Francis Ducreux encaisse en moyenne 50 millions sur les 200 qu’il fait rentrer. Du coup, il ne reversera à l’organisation que 150 millions quand il se contente de signer un montant global de 200 millions avec les annonceurs. Sa meilleure performance tourne autour de 230 millions. Dans cet exercice, malgré l’alléchante motivation, il est l’unique à faire des résultats probants. Deux ou trois autres initiatives ont pu faire entrer 5 à 10 millions. Mais c’est bien dérisoire. On réalise donc les efforts à faire. En effet, si on applique le meilleur résultat de Ducreux à la réalité financière du présent Tour du Faso, il ressort que 190 millions collectés auprès des sponsors additionnés aux 140 millions de F CFA provenant du Trésor public laisse apparaître nettement un gap de 70 millions de F CFA. A cela s’ajoute le passif du Tour. En effet, les éditions précédentes ont laissées chacune un ardoise. Curieusement, c’est l’édition dite de la transition qui a trouvé des rallonges budgétaires nécessaires pour faire face aux besoins du moment mais également pour éponger une partie de la dette antérieure. Les plaidoyers de l’organisation sont toujours noyés dans des intentions, de vagues encouragements mais surtout une exploitation politicienne de la belle tribune qu’est le tour du Faso. A chaque arrivée, on sort la grosse cravate bien nouée et c’est la bousculade à la tribune officielle. On débite, au moindre micro tendu un verbiage bien rodé du genre « Le Tour du Faso, c’est une fierté nationale » ou encore « le Tour du Faso est une vitrine du Burkina ». Un bla bla bla qui n’engage que ceux qui n’ont pas pitié de leurs oreilles et écoutent. Car la réalité est aux antipodes de ces déclarations. Le Tour, englué dans ses dettes, limité par ses moyens perd, à chacune de ses éditions, son charme. Le Tour du Faso se meurt. Il ne résiste plus que sur la base de sa réputation mais aussi du savoir-faire des organisateurs qui font beaucoup avec peu. Mais la concurrence des Tours d’autres pays africains est de plus en plus grande. La Tropical Amissa Bongo avec son budget d’1 milliard cinq cents millions n’a aucune peine à faire de l’ombre au Tour du Faso. Le jeune Tour de la RDC qui en est à sa 6e édition dépense chaque année également 1 milliard cinq cents millions. Comment avec autant de ressources espère-t-on que notre Tour du Faso continuera d’être la terre promise du vélo africain ? Il est quasiment impossible. Ces Tours rivaux assurent le titre de voyage aux équipes invitées en payant les billets d’avion aux coureurs. Les prix proposés sont alléchants. Pendant ce temps au Burkina, par manque de moyens financiers, le transport jusqu’à Ouaga est laissé à la charge de chaque pays ou équipe participante. Par ces temps où la rareté des ressources est la chose la mieux partagée, entre une participation tout frais payé et une où il faut payer, le choix est vite fait. Il est vrai que le sérieux dans l’organisation et la renommée du Tour du Faso continue de lui donner un crédit que les autres n’ont pas.
Malgré les moyens colossaux, au Tour de la RDC, la restauration ne suffit pas. Les prix promis au départ sont modifiés à la tête du vainqueur. Les tracées sont modifiables au gré du calendrier des autorités politiques, etc. Face à cela, la sincérité du service du Tour du Faso et l’expertise des organisateurs continuent d’être de grands atouts. Mais il faut se mettre à l’évidence. Les équilibres sont fragiles. Le Tour du Faso a besoin d’une cure de jouvence. La gymnastique à laquelle s’adonnent les organisateurs, à chaque édition ne lui garantit pas une sérénité dans un monde de plus en plus concurrentiel. Chaque édition laisse des écueils. Les griefs des convives deviennent importants. Il faut une volonté politique pour modifier la donne. La Transition si fortement critiquée avait compris l’enjeu. Elle avait dégagé des moyens supplémentaires qui ont permis au Tour du Faso de se dérouler dans des conditions assez bien. Il appartient aux nouvelles autorités d’installer le rendez-vous de Ouaga dans la pérennisation. A défaut, que le Burkina renonce à son Tour. Car comme disait les révolutionnaires, mieux vaut mourir que de vivre à genou.

J J Traoré


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