Dr. Lydia Rouamba écrit sur « le plus vieux métier du monde »

Publié le vendredi 4 novembre 2016

Cette appellation en titre, Dr Rouamba ne l’apprécie pas du tout et ce, à juste titre. Car cela participe de la banalisation d’un phénomène certes très répandu dans le monde, mais qui survit à cause de l’hypocrisie du descendant de « l’homo sapiens sapiens », pour paraphraser l’émérite savant Cheick Anta Diop. La sociologue burkinabè, chercheure à l’Institut des sciences des sociétés (INSS) a décidé à travers un écrit de 95 pages au titre direct et sans faux fuyant de parler du sujet. La prostitution féminine au Burkina Faso. Nous sommes tous et toutes coupables.
Le sous titre accusateur de cette œuvre limpide et facile à lire, publiée à compte d’auteur aux éditions du CNRST courant 3e trimestre 2016, en dit long sur le sérieux du contenu. C’est après moult lectures sur le sujet et des enquêtes approfondies sur le terrain, que la chercheure se permet de faire certaines affirmations. Il ne s’agit donc pas d’un roman, mais d’une réalité peinte en chiffres et en lettres. Des histoires vraies, relatées par les acteurs eux-mêmes. Le récit est poignant et plein de sens. Chacun en prend pour son grade. Car qui dit commerce dit vendeur et acheteur. Ce dernier, comme tous ceux qui tirent profit de ce commerce d’un autre âge, l’auteur les appellent les « prostitueurs ». C’est pareil pour la corruption non ?corrupteur et corrompu marchent en binôme. Hommes pusillanimes ! Les conditions sociales et familiales, les chocs mal supportés, tout peut faire basculer une jeune fille, dans ce cercle vicieux (dans tous les sens du mot). A la fin de son mandat en tant que maire de la ville de Ouagadougou, Simon Compaoré ne disait-il pas que ce qu’il avait peiné à anéantir, c’était l’existence « des chambres de passe ». Aveux d’impuissance devant un phénomène aux multiples tentacules. Selon Lydia Rouamba, « le crime » de la prostitution féminine profite aussi bien au mécanicien de Zogona yaar, qu’à l’intellectuel du campus du même quartier. « Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre ! » Difficile d’avoir un jugement purement moral sur cette question où la victime passe très vite pour le coupable. C’est donc à l’Etat, d’imaginer les solutions idoines sur la base des expériences menées dans d’autre pays, pour stopper ce qui tend à être un fléau au Burkina Faso. La chercheure fait des recommandations sur la base de ses propres convictions, sans avoir au préalable montré que la prostitution féminine vit grâce à la politique de l’autruche du décideur et des gens ordinaires.
Lisez plutôt cet extrait de la lettre ouverte du délégué des tenanciers des chambres de passe, publiée dans le journal l’Observateur Paalga du 29 juillet 2009 : « Excellence monsieur le Président du Faso, Ouagadougou compte de nos jours, plus d’une centaine de chambres de passe, et chaque chambre emploie à peu près une quinzaine de personnes qui ont des femmes et des enfants à nourrir, à scolariser. Voyez vous combien de personnes vous allez priver de leur emploi en les envoyant grossir la rue par la fermeture de ces chambres ? » Sans commentaire ! C’est donc à chacun de faire un petit effort à son niveau pour que les choses changent positivement sur ce fait social. A bon entendeur…bonne lecture !

Ludovic O Kibora


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