Elections à la FBF : Quand le numéro 2 se retourne contre le numéro 1

Publié le lundi 17 octobre 2016

La bataille pour le contrôle de la Fédération burkinabè de football est ouverte. En face, un colonel, Sita Sangaré, cible de cinq fantassins, voire plus qui en veulent tous à son fauteuil. Ces challengers s’appellent, Yvon Sawadogo, André Bado, Mory Sanou, Kassoum Ouédraogo alias Zico, Bertrand Kaboré… De tous, le dernier cité, qui ambitionne réussir une révolution de palais, agite le monde du roi-foot national de par la stratégie qu’il a choisie.

Le colonel Sita Sangaré, président de la FBF veut rempiler. Au terme d’un mandat de 4 ans, le patron du foot burkinabè estime avoir encore assez de forces pour poursuivre sa route. Les raisons qui plaident en sa faveur ne manquent pas. L’un des maux qui minent notre football reste l’instabilité des instances dirigeantes. Trop de valses. Conséquences, on n’a pas le temps de construire dans la durée et de renforcer les acquis. Le bilan du président-colonel est également assez positif pour lui donner des ambitions de « rebeloter ». Le Burkina a été vice-champion d’Afrique en Afrique du Sud en 2013 sous son impulsion. Depuis son arrivée aux affaires, notre pays a renoué avec la qualification régulière aux phases finales de CAN. La subvention aux clubs a également connu une amélioration considérable. Sur l’initiative du président de la FBF, une bourse est désormais servie aux 25 footballeurs de chaque club des D1 et aux 25 footballeurs de chaque club de D2. Bref, il y a des acquis. Et le colonel Sangaré, depuis la CAN 2013, a indubitablement acquis une respectabilité au sein de la CAF et de ses décideurs.
Fort de cela, un deuxième mandat peut avoir des perspectives heureuses. Cela dit, le siège de président de la FBF suscite beaucoup de convoitises. Les appétits sont grands et à plusieurs niveau de l’étage. Dès lors, la compétition ne peut que s’installer. Et les compétiteurs ont pour nom, Yvon Sawadogo. Il est venu lui-même annoncer sa candidature au président de la FBF. Cet ancien footballeur vivant en Côte d’Ivoire s’implique depuis une certaine époque dans la vie sportive burkinabè. Il était au côté de l’actuelle première dame pour l’aider à organiser Kimi foot. Yvon a un carnet d’adresse à l’international assez fourni. Mais il ne réside pas au Burkina. Il n’a quasiment pas de connexions avec nos clubs et ne dispose pas une meilleure lisibilité sur le foot national. Tout comme lui, André Bado a également nourri des ambitions pour la FBF. Bado est connu de la famille du foot burkinabè. Il a été un dirigeant de l’ASFA-Y et la FBF sous l’ère Seydou Diakité. Mais Bado s’est mis en marge des affaires du roi-foot depuis 2008. Il a rompu le cordon ombilical avec son club de cœur, l’ASFA-Y, pour se reconvertir en maracanier. En envisageant une candidature à la FBF, c’est un retour à ses anciennes amours sans doute. Mais un drôle de retour car il veut endosser un costume de roi. La question est : avec quels courtisans ? Qui va porter cette candidature ? Car il ne se fait aucun doute, Bado n’a plus une main mise sur la famille du sport-roi depuis sa mise à l’écart.
Identique pour la candidature probable suivante. Il s’agit de celle de l’ex-Directeur général des sports du ministère des sports, Mory Sanou. Tout DG des sports qu’il a été, tout ancien Directeur national technique (DTN) de la fédération burkinabè de football qu’il a été, l’actuel Conseiller technique du ministère des sports a une ambition dont l’accomplissement pourrait achopper à certaines réalités du terrain. Il ne se fait pas de doute. Il connait le terrain. Le poste de DTN lui a permis d’avoir une bonne maîtrise du foot national. Toutefois, il n’a pas une appartenance à un club donné. Qui va porter cette candidature ? Comment arriver à obtenir le vote des patrons des clubs sans être un des leurs ? A l’évidence, cette candidature, qu’une langue fourchue a qualifiée de candidature divine sans doute en faisant allusion à la grande foi religieuse de Mory Sanon comme pour dire si ce n’est son dieu personne ne pourra le sauver, risque d’avoir de la peine à passer.
Kassoum Ouédraogo dit Zico lui a un club. Ancien international, il a su patiemment faire ses armes dans le monde des dirigeants de clubs en présidant aux destinées de l’EFO sa famille d’origine avant de créer lui-même son centre de formation et son club, KOZAF. Autant dire, c’est vraiment un enfant du foot. Mais Zico semble avoir eu du retard à l’allumage. Sa candidature et son contact du terrain ont pris du retard au point que son message a de la peine à passer. Très futé tel qu’il était sur le terrain quand il était joueur, après analyse de la situation, il n’est pas exclu que Zico fusionne son ambition dans celle du président sortant, le col. Sangaré. Le dernier challenger annoncé, c’est Bertrand Kaboré. Il a voulu faire durer le suspense. Mais il a fini par laisser tomber le masque. Car Kaboré n’est autre que le secrétaire général de la FBF actuelle. Longtemps, il a joué à l’araignée qui tient bien sa proie mais qui refuse de la manger car ce n’est qu’une mouche. On le comprend. Etant SG, il lui était difficile d’accepter acter sa candidature contre « son employeur ». Il y a trois mois on en parlait déjà. Partir depuis cette période ne semblait pas non plus une bonne chose car Kaboré allait laisser prématurément derrière lui plusieurs mois de gros salaire et d’avantages liés à sa fonction. Mais il n’est pas resté inactif. Il organisait des rencontres secrètes avec les électeurs, ce qui a courroucé l’employeur, le colonel Sangaré. De deux choses l’une. En procédant ainsi, le désormais ex-SG Bertrand Kaboré, puisse qu’il a rendu sa démission, croyait, telle une torpille, resté tapis dans l’ombre pour finaliser son plan avant de se révéler au grand jour. D’ailleurs, il a nié avoir des ambitions à sa chaque fois que son patron d’antan lui demandait d’expliquer ses agissements. L’autre hypothèse est qu’il voulait pousser l’employeur à le licencier, ce qui allait lui garantir le paiement de ses droits. Une certitude, Kaboré est parti de lui-même. A travers les différents interviews qu’il a donnés ici et là, l’ex SG de la FBF refuse de lier son départ anticipé à sa candidature à l’élection de la FBF. Pour lui, il est parti sur une divergence de vue. Toutefois, sa candidature est suscitée par des personnes qui l’ont approché après son départ et qui voudraient qu’il soit leur champion dans cette course vers le fauteuil de la FBF. Voilà, la tactique revient : Je ne voulais pas, mais vu mes atouts et mon expérience, on me réclame ! Et l’on doit l’accepter. L’élection au poste de la présidence de la FBF se prépare de longue date. Une candidature de dernière minute, certes, est envisageable. Mais elle n’a aucune chance d’aboutir. Bref, on est en précampagne. A chaque candidat son arme. De toute évidence, les jouxtes s’annoncent à la taille des passions qui alimentent le milieu.

J J Traoré


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